QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?Il y a une chance sur des milliards que nous soyons dans la réalité de base
Le monde existe-t-il vraiment ?Sans doute une simulation

Il y a une chance sur des milliards que nous soyons dans la réalité de base

L'argument des jeux vidéo (Musk) ; « une chance sur des milliards »

Elon Musk né en 1971Entrepreneur qui a rendu l'hypothèse de la simulation célèbre auprès du grand public, en 2016.
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Ce qu'il soutient

La probabilité que nous soyons dans la réalité de base est d'une sur des milliards : nous sommes presque certainement dans une simulation.

Pourquoi

Les jeux vidéo vont devenir indiscernables du réel et tourner partout : les mondes simulés seraient bien plus nombreux que le réel.

La même idée à travers l'histoire
Nick Bostrom2003Bostrom en donne la version rigoureuse : trois possibilités, dont l'une est que nous sommes presque sûrement simulés. Il refuse de choisir entre elles.
Elon Musk2016En juin 2016, Musk choisit la troisième possibilité et la résume par l'image des jeux vidéo : « une chance sur des milliards » d'être dans la réalité de base.
En bref

« Il y a une chance sur des milliards que nous soyons dans la réalité de base » est un argument d'Elon Musk (Elon Musk, Code Conference, 2016, 2016) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : sans doute une simulation). Sa thèse : La probabilité que nous soyons dans la réalité de base est d'une sur des milliards : nous sommes presque certainement dans une simulation. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Elon Musk, Code Conference, 2016
Valide avec une prémisse implicite

En juin 2016, à la Code Conference, on demande à Elon Musk si nous vivons dans une simulation. Il répond par ce qu'il appelle le meilleur argument en ce sens. Il y a quarante ans, les jeux vidéo, c'étaient deux rectangles et un point ; aujourd'hui, ce sont des simulations en 3D quasi photographiques jouées par des millions de personnes, et cela progresse chaque année. Même si le rythme ralentissait beaucoup, dans 10 000 ans, un instant à l'échelle de l'évolution, ces jeux seraient indiscernables du réel, et il y aurait des milliards d'appareils pour les faire tourner. Il en conclut qu'il y a une chance sur des milliards que nous soyons dans la réalité de base. Précision : Musk reprend en version populaire le raisonnement de Nick Bostrom (2003) ; la page de Bostrom en donne la version complète.

P1Il y a quarante ans, les jeux vidéo se réduisaient à deux rectangles et un point. Aujourd'hui ils sont des simulations 3D quasi photographiques jouées par des millions de personnes à la fois, et ils s'améliorent chaque année.
P2Si les jeux continuent de s'améliorer à un rythme quelconque, même mille fois plus lent qu'aujourd'hui, ils deviendront indiscernables du réel. Dix mille ans, c'est peu de chose à l'échelle de l'évolution.
P3Ces jeux pourraient tourner sur n'importe quel boîtier ou ordinateur, et il y aurait probablement des milliards de tels appareils.
P4 · prémisse impliciteSi des milliards de mondes simulés, indiscernables du réel, existent pour un seul monde de base, alors un observateur qui n'a aucun moyen de les distinguer est très probablement dans un monde simulé.
Donc la probabilité que nous soyons dans la réalité de base est d'une sur des milliards : nous sommes presque certainement dans une simulation.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où des milliards de simulations existent, mais où leurs habitants n'ont aucune expérience : être « dans une simulation » ne nous concernerait pas.
Valide avec P4. Cette prémisse cachée contient deux choses : que des êtres simulés auraient des expériences comme les nôtres, et que l'on doit répartir sa confiance à égalité entre tous les observateurs possibles. Les objections visent ces deux points, et aussi l'hypothèse que l'humanité (ou d'autres civilisations) arrive jusque-là.
Analogie. Une loterie où un billet gagnant est mélangé à des milliards de billets perdants, et où tu ne peux pas lire le tien : il est presque sûr que tu tiens un billet perdant. Le « billet gagnant » est ici la réalité de base. L'image est la nôtre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Nick Bostrom 2003 · attaque la conclusion

Bostrom, dont Musk reprend le raisonnement, n'a pas cette confiance. Il dit ne voir aucun moyen évident de choisir entre ses trois possibilités (la civilisation s'éteint, ou elle ne simule jamais, ou nous sommes simulés) et trouve raisonnable de répartir sa confiance à peu près également entre elles.

Musk répond
voir l'argument
Elon Musk 2016 · Musk, dans la même réponse (2016)
Musk ajoute, juste après, qu'on devrait presque espérer que ce soit une simulation : si la civilisation cesse de progresser, cela peut venir d'une catastrophe qui l'efface. Autrement, dit-il, soit nous créerons des simulations indiscernables du réel, soit la civilisation disparaît.
Le débat continue (notre résumé) Ce passage ne dit pas pourquoi la deuxième possibilité de Bostrom (aucune civilisation ne simule) serait écartée : il parle de ce qu'il faudrait espérer, pas de probabilité (notre résumé).
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur la façon de répartir la confiance. Musk choisit la troisième possibilité de Bostrom ; Bostrom, lui, défend la disjonction des trois. Aucun argument décisif n'a départagé les possibilités (notre résumé).
E
Ezra Klein 2016 · attaque la prémisse 4

Le journaliste Ezra Klein, qui rapporte l'échange pour Vox, estime que les trois possibilités de Bostrom ne sont pas exhaustives. Il ne voit pas de raison de croire que même une civilisation très avancée parviendra aisément à simuler la conscience.

un défenseur répond
Nick Bostrom défenseur de l'argument · 2003
Bostrom pose en hypothèse, et ne démontre pas, que les états mentaux peuvent survenir sur une large classe de supports physiques, et pas seulement dans un cerveau biologique. Son argument dépend de cette « indépendance du substrat » ; ce texte, écrit treize ans plus tôt, ne répond pas directement à Klein.
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé : une simulation peut-elle produire de la conscience ? Les partisans de la simulation disent oui par l'indépendance du substrat ; leurs critiques demandent une raison de le croire. Aucune preuve ne tranche aujourd'hui (notre résumé).
David Chalmers 2003 · attaque la conclusion

Bien avant Musk, Chalmers soutient que, même si nous étions simulés, cela ne ruinerait pas notre savoir. Vivre dans une simulation n'est pas une hypothèse sceptique mais une hypothèse sur la nature profonde de la réalité : notre monde serait réel, fait de processus informatiques.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Musk dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Chalmers n'attaque pas la probabilité avancée par Musk : il en discute la portée. Un camp pense que « simulé » veut dire « pas vraiment réel » ; l'autre que la réalité est la même qu'il y ait un programme derrière ou non. Aucun consensus (notre résumé).