QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?L'argument de la simulation : trois possibilités, dont l'une est vraie
Le monde existe-t-il vraiment ?Sans doute une simulation

L'argument de la simulation : trois possibilités, dont l'une est vraie

L'argument de la simulation (Bostrom) ; le trilemme de la simulation ; sommes-nous dans la Matrice ?

Nick Bostrom né en 1973Un des trois cas est vrai : nous disparaissons avant d'être « posthumains », ou les posthumains ne simulent jamais leurs ancêtres, ou nous vivons presque sûrement dans une simulation.
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Ce qu'il soutient

L'une au moins de ces trois choses est vraie : (1) presque aucune civilisation n'atteint le stade posthumain ; (2) presque aucune civilisation posthumaine ne lance de telles simulations ; (3) nous sommes presque certainement dans une simulation. Bostrom ne choisit pas entre les trois, et conseille de répartir sa confiance à peu près également entre elles.

Pourquoi

Si beaucoup de civilisations avancées simulent des histoires humaines, presque toutes les expériences comme la nôtre seraient simulées.

La même idée à travers l'histoire
Descartes1641Dans la première Méditation, Descartes imagine un « mauvais génie » tout-puissant qui le trompe sur le ciel, la terre et son propre corps. C'est l'ancêtre du doute sur le monde extérieur. Bostrom affirme pourtant que son argument est d'une autre nature : il ne part pas du doute, il part d'un fait technique (voir l'objection de principe plus bas).Hilary Putnam1981Putnam raconte le cerveau dans une cuve, relié à un ordinateur qui lui envoie des sensations. Bostrom répond sur son site que son argument est « fondamentalement différent » de cette histoire : il ne sert pas à poser un problème de scepticisme, mais à tirer une conclusion sur le monde à partir de ce que la technologie pourrait un jour faire.
Nick Bostrom2003La version présentée ici : les trois possibilités et le raisonnement sur le nombre d'esprits simulés. Bostrom ne défend pas la troisième à elle seule : il défend la disjonction. Il dit lui-même qu'il donne à la simulation une « probabilité substantielle ».
Elon Musk2016En juin 2016, devant un public de la conférence Code, Elon Musk résume l'idée de façon populaire : si les jeux vidéo deviennent indiscernables du réel et sont joués partout, il y a une chance sur des milliards que nous soyons dans le monde de base. Cette version « on vit probablement dans une simulation » est celle que retient le grand public, et c'est elle qui justifie le classement de cette page dans le camp « Sans doute une simulation » : Bostrom lui-même n'en dit pas tant.
En bref

« L'argument de la simulation : trois possibilités, dont l'une est vraie » est un argument de Nick Bostrom (« Are You Living in a Computer Simulation? », Philosophical Quarterly, 2003, 2003) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : sans doute une simulation). Sa thèse : L'une au moins de ces trois choses est vraie : (1) presque aucune civilisation n'atteint le stade posthumain ; (2) presque aucune civilisation posthumaine ne lance de telles simulations ; (3) nous sommes presque certainement dans une simulation. Bostrom ne choisit pas entre les trois, et conseille de répartir sa confiance à peu près également entre elles. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Are You Living in a Computer Simulation? », Philosophical Quarterly, 2003
Valide

Imagine que nos descendants deviennent si puissants en informatique qu'ils puissent simuler, dans leurs ordinateurs, des millions d'histoires humaines complètes, avec des personnes simulées qui pensent et ressentent. Alors les esprits simulés seraient bien plus nombreux que les esprits « d'origine ». En 2003, Nick Bostrom en tire non pas une, mais trois possibilités, dont au moins une est vraie : ou presque aucune civilisation n'atteint ce stade (elle s'éteint avant), ou presque aucune de celles qui l'atteignent ne lance de telles simulations, ou nous sommes presque sûrement dans une simulation. Attention : Bostrom ne dit pas que la troisième est vraie. Il défend la disjonction, et dit qu'il faut répartir sa confiance entre les trois. Ce que le grand public retient (« nous sommes probablement dans la Matrice ») est une version simplifiée, et c'est pour cela que l'argument figure dans ce camp.

P1Un ordinateur qui fait tourner le bon programme aurait de vraies expériences conscientes : la conscience ne dépend pas de la matière dont on est fait (neurones ou puces), mais de l'organisation que l'on réalise. Bostrom reconnaît que ce point n'est pas incontesté, mais il le prend comme donné.
P2Une civilisation « posthumaine » (très avancée techniquement) aurait assez de puissance de calcul pour simuler un grand nombre d'histoires humaines, en n'utilisant qu'une toute petite part de ses ressources.
P3Donc, si une part non négligeable des civilisations atteint ce stade, et si une part non négligeable d'entre elles lance de telles simulations, alors presque toutes les personnes qui ont des expériences comme les nôtres sont des personnes simulées.
P4Principe d'indifférence « faible » : si nous savons qu'une part x des gens qui ont des expériences comme les nôtres sont simulés, et que rien dans nos expériences ne nous dit si nous sommes de ceux-là ou non, alors notre degré de confiance d'être simulés doit être x.
Donc l'une au moins de ces trois choses est vraie : (1) presque aucune civilisation n'atteint le stade posthumain ; (2) presque aucune civilisation posthumaine ne lance de telles simulations ; (3) nous sommes presque certainement dans une simulation. Bostrom ne choisit pas entre les trois, et conseille de répartir sa confiance à peu près également entre elles.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
P2 et P3 disent : si les deux premières possibilités sont fausses (des civilisations arrivent au stade posthumain, et certaines simulent), alors presque tous les gens comme nous sont simulés. P4 fait passer de cette proportion à notre cas personnel : puisque rien ne nous distingue, nous sommes très probablement parmi les simulés. P1 est nécessaire pour que les personnes simulées comptent comme des gens « comme nous ». Donc : ou (1), ou (2), ou (3). Le raisonnement est valide ; ce qui se discute, ce sont les prémisses, surtout P1 (la conscience simulée) et P4 (l'indifférence).
Analogie. Dans une ville où 999 personnes sur 1000 portent un déguisement de super-héros, et si tu ne peux pas voir ton propre costume, la meilleure estimation est que tu es probablement déguisé toi aussi. Le raisonnement de Bostrom est le même, avec « personnes simulées » à la place de « personnes déguisées ». Mais il faut d'abord savoir qu'il y a bien tant de déguisés : c'est là que les trois possibilités entrent en jeu.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

B
Brian Weatherson 2003 · attaque la prémisse 4

Weatherson accepte le raisonnement jusqu'à l'avant-dernière étape, mais refuse le principe d'indifférence. Il note que nos preuves ne se limitent peut-être pas à ce que nous ressentons : si l'on voit une vraie dague, on n'a pas la même preuve que si l'on « voit » une fausse dague simulée. Alors on ne peut pas dire que rien ne distingue un humain d'un simulé, et la proportion x ne donne plus notre degré de confiance.

Bostrom répond
Nick Bostrom 2005 · Réponse de Bostrom (2005)
Résumé : Bostrom répond que les meilleures réponses au sceptique évitent de faire de l'apparence perçue une preuve absolue. Il y a des cas (comme une salle de miroirs déformants) où nous aurions de bonnes raisons de nous méfier de nos sens. Il consacre aussi des sections à l'interprétation exacte du principe et à un objection fondée sur des prédicats du type « vleu » (grue).
Où en est le débat (notre résumé)Weatherson et Bostrom s'accordent sur la logique des premières étapes. Le désaccord porte sur l'étape finale : peut-on passer d'une proportion de personnes simulées à une confiance personnelle, quand nos preuves peuvent être plus que nos seules sensations ? Point ouvert : aucun des deux n'a convaincu l'autre (notre résumé).
John Searle 1980 · attaque la prémisse 1

Searle soutient qu'une simulation n'est pas une copie conforme : personne ne croit qu'une simulation d'incendie brûle le quartier, ni qu'une simulation d'orage nous mouille. Pourquoi une simulation de la compréhension comprendrait-elle quelque chose ? Si Searle a raison, les personnes « simulées » de Bostrom n'auraient aucune conscience, et elles ne compteraient pas parmi les gens comme nous.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1980, après sa mort (null).
David Chalmers défenseur de l'argument · 1995
Résumé : Chalmers défend que ce qui compte pour la conscience est l'organisation, pas la matière. Si l'on remplaçait peu à peu des neurones par des puces qui font le même travail, l'expérience ne devrait ni s'effacer ni se mettre à danser sans que la personne le remarque : donc un système de même organisation a la même vie intérieure.
Le débat continue (notre résumé) Searle écrit en 1980, avant l'argument de Bostrom (2003) : il ne pouvait pas y répondre. Bostrom ne répond pas non plus directement à Searle, mais il écrit que sa thèse « n'est pas entièrement incontestée » et qu'elle ne suppose pas une forme forte de fonctionnalisme (notre résumé de son texte).
Où en est le débat (notre résumé)Point de désaccord de fond : la conscience dépend-elle seulement de l'organisation d'un système (Chalmers, fonctionnalistes) ou aussi de la matière dont il est fait (Searle) ? Point ouvert : aucune position n'est largement acceptée. Si Searle a raison, la première branche de la chaîne tombe, et avec elle la troisième possibilité.
J
Jonathan Birch 2013 · attaque la prémisse 2

Birch relève une contradiction : l'argument de Bostrom suppose que nous avons de bonnes preuves sur les limites physiques du calcul (pour dire que des posthumains pourraient simuler), tout en supposant que nous pourrions ne pas avoir de bonnes preuves sur notre propre constitution (puisque nous serions peut-être simulés). Si nous étions simulés, les preuves sur lesquelles repose P2 seraient suspectes. Birch appelle cela un « scepticisme sélectif ».

Bostrom répond
Nick Bostrom Réponse de Bostrom (FAQ du site)
Résumé : Bostrom répond qu'il est faux que, dans une simulation, on ne puisse rien savoir de la réalité de dessous. Deux propositions conditionnelles restent connues : si nous sommes simulés, la réalité de dessous permet les simulations ; si nous ne le sommes pas, nos preuves sur la technologie valent telles quelles. Dans les deux cas, la disjonction des trois possibilités reste vraie.
J
Jonathan Birch 2013
Résumé : Birch examine les variantes de l'argument qui cherchent à éviter ce problème, dont une proche de celle de la FAQ de Bostrom. Il soutient qu'elles ne conservent pas la conclusion d'origine : l'argument y perd soit sa force, soit son caractère empirique.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps s'accordent qu'il faut se demander ce que valent nos preuves si nous sommes simulés. Le désaccord de fond : la version conditionnelle de Bostrom suffit-elle à garder la conclusion, ou fait-elle perdre à l'argument ce qui le distingue d'un simple scénario sceptique ? Point disputé, sans consensus (notre résumé).
Ce qu'en disent les voix d'aujourd'hui