Même dans une simulation, le monde serait réel
La Matrice comme métaphysique (Chalmers) ; le virtuel est réel ; le réalisme virtuel
L'hypothèse que nous sommes dans une Matrice n'est pas une hypothèse sceptique : c'est une hypothèse métaphysique sur ce qui réalise notre monde. Même simulés, nous aurions de vraies mains, faites de bits.
Ce qui compte, c'est ce que font les calculs de la simulation, pas pourquoi on les a faits : tables et corps y existent, en bits.
« Même dans une simulation, le monde serait réel » est un argument de David Chalmers (« The Matrix as Metaphysics », 2003 ; Reality+, 2022, 2003) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le virtuel est réel aussi). Sa thèse : L'hypothèse que nous sommes dans une Matrice n'est pas une hypothèse sceptique : c'est une hypothèse métaphysique sur ce qui réalise notre monde. Même simulés, nous aurions de vraies mains, faites de bits. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans le film Matrix, les humains vivent dans une simulation et croient que tout est réel. On en conclut d'habitude : si nous étions dans une telle Matrice, nos arbres, nos tables et nos corps seraient de simples illusions. David Chalmers dit non. Pour lui, l'hypothèse « nous sommes dans une Matrice » ne dit pas que le monde n'existe pas : elle dit de quoi il est fait. Comme la physique nous apprend que les chaises sont faites d'atomes, cette hypothèse nous apprendrait qu'elles sont faites de bits. Les chaises existeraient donc toujours. C'est ce qu'il appelle une hypothèse métaphysique (sur ce qui réalise le monde) et non une hypothèse sceptique (qui nous retirerait la connaissance du monde). Ce n'est pas une preuve que nous ne sommes pas simulés : c'est une thèse sur ce que cela changerait.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, rien n'empêche un monde où les chaises existent bien (faites de bits) mais où presque toutes nos croyances sont tout de même fausses, par exemple parce que les créateurs nous montrent des choses qui n'ont aucun rapport avec ce que nous croyons voir. Le « réel » ne suffirait pas à rendre le doute impossible.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
René Descartes 1641 · attaque la conclusionDescartes juge qu'un être puissant et rusé, qui m'a fait croire en un ciel, une terre et un corps, pourrait m'avoir trompé sur tout. Dans ce cas, mes croyances sur le monde seraient fausses : une hypothèse de ce genre est donc sceptique, et il faut chercher une certitude qui lui résiste.
Chalmers répond
Descartes juge qu'un être puissant et rusé, qui m'a fait croire en un ciel, une terre et un corps, pourrait m'avoir trompé sur tout. Dans ce cas, mes croyances sur le monde seraient fausses : une hypothèse de ce genre est donc sceptique, et il faut chercher une certitude qui lui résiste.
Robert Nozick 1974 · attaque la conclusionNozick propose une machine qui donnerait à vie toutes les expériences agréables voulues. Beaucoup refusent d'y entrer : ils veulent faire des choses et être quelqu'un, pas seulement en avoir l'impression. Pour lui, quelqu'un qui flotte dans un bac est « une masse indéterminée ». On peut en tirer une objection ici : même si le monde simulé est « réel », ce qui compte pour nous est peut-être de toucher une réalité qui ne soit pas construite par d'autres.
sans réponse
Nozick propose une machine qui donnerait à vie toutes les expériences agréables voulues. Beaucoup refusent d'y entrer : ils veulent faire des choses et être quelqu'un, pas seulement en avoir l'impression. Pour lui, quelqu'un qui flotte dans un bac est « une masse indéterminée ». On peut en tirer une objection ici : même si le monde simulé est « réel », ce qui compte pour nous est peut-être de toucher une réalité qui ne soit pas construite par d'autres.
George Berkeley 1710 · attaque la conclusionBerkeley soutient que les corps et les objets du monde n'existent que s'ils sont perçus : leur être est d'être perçus ou connus. Pour lui il n'y a pas de matière cachée derrière nos idées, et pourtant le monde n'est pas une illusion. Si Berkeley a raison, la question « et s'il y avait un ordinateur derrière ? » ne se pose même pas, et on retrouve la conclusion de Chalmers par un chemin plus court.
Chalmers répond
Berkeley soutient que les corps et les objets du monde n'existent que s'ils sont perçus : leur être est d'être perçus ou connus. Pour lui il n'y a pas de matière cachée derrière nos idées, et pourtant le monde n'est pas une illusion. Si Berkeley a raison, la question « et s'il y avait un ordinateur derrière ? » ne se pose même pas, et on retrouve la conclusion de Chalmers par un chemin plus court.