QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Pourquoi quelque chose ? Pourquoi ceci ? Une question sans réponse causale, mais pas sans sens
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le mystère premier

Pourquoi quelque chose ? Pourquoi ceci ? Une question sans réponse causale, mais pas sans sens

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ; la possibilité nulle ; le sélecteur cosmique

Derek Parfit 1942 · 2017Cherche ce qui compte vraiment, et veut réconcilier Kant, le contrat et les conséquences.
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Ce qu'il soutient

La question « pourquoi quelque chose ? » a un sens et pourrait avoir une réponse d'un genre nouveau (un « sélecteur », non causal), mais elle reste ouverte.

Pourquoi

Le rien serait la possibilité la plus simple et la moins arbitraire, et pourtant ce n'est pas ce qui est : cela demande une explication.

La même idée à travers l'histoire
Gottfried Wilhelm Leibniz1714Leibniz pose la question (« pourquoi y a-t-il plutôt quelque chose que rien ? ») et remarque que le rien serait plus simple et plus facile que quelque chose. Parfit reprend ce point.
Derek Parfit1998Parfit range les « possibilités cosmiques » (rien, tout, le meilleur, le plus simple...) et se demande si l'une d'elles pourrait être réelle à cause d'un trait particulier.
En bref

« Pourquoi quelque chose ? Pourquoi ceci ? Une question sans réponse causale, mais pas sans sens » est un argument de Derek Parfit (Parfit, « Why Anything? Why This? », London Review of Books, 1998, 1998) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le mystère premier). Sa thèse : La question « pourquoi quelque chose ? » a un sens et pourrait avoir une réponse d'un genre nouveau (un « sélecteur », non causal), mais elle reste ouverte. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Parfit, « Why Anything? Why This? », London Review of Books, 1998
Valide avec une prémisse implicite

Parfit refuse deux réponses toutes faites : « la science finira par l'expliquer » et « la question n'a pas de sens ». Il imagine toutes les façons dont la réalité aurait pu être : rien du tout, tout ce qui est possible, le meilleur monde, un seul monde... Le rien serait la plus simple de ces possibilités, et pourtant ce n'est pas elle qui est réelle. Peut-être qu'une de ces possibilités est réelle précisément à cause d'un trait spécial, comme si quelque chose la « sélectionnait ». Parfit ne dit pas que c'est vrai : il dit que la question reste ouverte, et qu'elle mérite qu'on s'y arrête.

P1La question « pourquoi y a-t-il un univers plutôt que rien ? » a un sens, même si elle n'a pas de réponse causale : une cause ne peut pas expliquer pourquoi l'ensemble de tout ce qui existe existe.
P2Parmi toutes les possibilités cosmiques, le rien serait la plus simple et la moins arbitraire, celle qui demanderait le moins d'explication. Pourtant la réalité n'a pas cette forme : la simplicité seule n'a donc pas décidé de ce qui existe.
P3Si, parmi les possibilités, celle qui est réelle a un trait très spécial (être la meilleure, la plus pleine, la plus simple...), ce n'est probablement pas un hasard : elle est réelle parce qu'elle a ce trait.
P4 · prémisse impliciteNous ne savons pas si la possibilité réelle a un tel trait, ni lequel : l'hypothèse n'est pas établie.
Donc la question « pourquoi quelque chose ? » a un sens et pourrait avoir une réponse d'un genre nouveau (un « sélecteur », non causal), mais elle reste ouverte.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait conclure trop vite qu'un sélecteur existe. Avec P4, on s'en tient à : la question est légitime et une explication non causale est pensable.
Valide avec P4. P1 dit que la question a un sens, P2 que la simplicité n'explique pas le réel, P3 qu'un trait spécial pourrait l'expliquer, P4 que rien n'est établi. La conclusion est volontairement modeste : « sensée mais ouverte ». Elle ne dit pas qu'un sélecteur existe.
Analogie. Un jeu de mille pailles : si le geôlier tire la seule paille qui te sauve, tu ne te contentes pas de dire « tous les résultats étaient aussi probables ». Parfit voit dans l'existence de l'univers un résultat qui appelle, lui aussi, une explication, même si on ne sait pas laquelle.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Bertrand Russell 1948 · attaque la conclusion

Russell, dans son débat radiophonique avec le père Copleston (BBC, 1948), refuse de poser la question pour l'univers entier : on explique les choses dans l'univers, mais l'ensemble n'a pas à être expliqué. L'univers est là, c'est un fait brut, et chercher sa « raison » est un mauvais usage de l'idée d'explication.

Parfit répond
voir l'argument
Derek Parfit 1998
Parfit décrit cette attitude : puisque ces questions n'ont pas de réponse causale, certains concluent qu'elles n'ont aucune réponse, ou qu'elles n'ont pas de sens. Il pense que c'est une erreur : même sans réponse, elles ont un sens et valent la peine d'être posées.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : faut-il une raison pour l'ensemble de ce qui existe ? Russell dit non, Parfit dit que la question a un sens, sans promettre de réponse. Aucun des deux ne peut le prouver (notre résumé).
Henri Bergson 1907 · attaque la prémisse 2

Bergson soutient que l'idée de « rien » est une pseudo-idée : quand on croit penser le néant absolu, on pense en réalité la disparition de quelque chose ou le vide d'un certain contenu. Si l'idée de néant est vide, parler de la « possibilité nulle » et de sa simplicité n'a pas de sens, et la question perd son point de départ (L'Évolution créatrice, 1907, chap. IV).

sans réponse
voir l'argument
Parfit n'a pas répondu à cette objection.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Parfit propose d'imaginer qu'aucun être vivant, étoile ou atome n'ait jamais existé, et pense que cela a un sens ; Bergson dirait que cette image suppose encore quelque chose. Nous n'avons pas trouvé de réponse de Parfit à Bergson (notre résumé).
A
Adolf Grünbaum 2004 · attaque la prémisse 2

Grünbaum soutient que rien ne montre que l'absence de tout soit l'état « naturel » ou le plus probable des choses, dont l'existence aurait besoin d'une explication particulière. Sans raison de penser que le rien est la norme, on n'a pas de raison de s'étonner que quelque chose existe (« The Poverty of Theistic Cosmology », 2004).

sans réponse
Parfit n'a pas répondu à cette objection.
Où en est le débat (notre résumé)Parfit lui-même ne dit pas que le rien est le plus probable : il dit qu'il serait le plus simple. Reste à savoir si la simplicité fait de lui une norme dont l'existence serait un écart. Point ouvert (notre résumé).