Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le néant n'existe pas

Le néant absolu est une pseudo-idée

L'idée de néant ; « il y a plus, et non pas moins, dans l'idée d'un objet qui n'existe pas »

Henri Bergson 1859 · 1941L'acte libre jaillit de toute notre personnalité : la durée vécue ne se découpe pas comme l'espace.
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Ce qu'il soutient

Le néant absolu est une pseudo-idée, et la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » est un pseudo-problème, né d'une illusion.

Pourquoi

Le néant absolu ne peut ni s'imaginer ni se concevoir sans contradiction : penser une absence, c'est penser la présence d'autre chose.

La même idée à travers l'histoire
Parménide480 av. J.-C.Parménide déjà : ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire. Bergson arrive à une conclusion proche par la psychologie (que fait-on quand on essaie d'imaginer le rien ?) et non par la logique de l'être.
Henri Bergson1907Dans L'Évolution créatrice, Bergson prend l'idée de néant pour l'examiner, parce qu'elle sert de point de départ aux grands systèmes (Spinoza, Leibniz) : si elle est une illusion, les problèmes bâtis dessus tombent avec elle.
En bref

« Le néant absolu est une pseudo-idée » est un argument de Henri Bergson (L'Évolution créatrice, 1907, chapitre IV, 1907) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le néant n'existe pas). Sa thèse : Le néant absolu est une pseudo-idée, et la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » est un pseudo-problème, né d'une illusion. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5, P6). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'Évolution créatrice, 1907, chapitre IV
Valide avec une prémisse implicite

Ferme les yeux et bouche-toi les oreilles. Fais disparaître le monde, puis ton corps, puis tes souvenirs. Que reste-t-il ? Toi, qui fais l'exercice. Bergson part de cette expérience simple pour soutenir que personne n'a jamais pensé le néant absolu : on a seulement l'impression de le penser. Et si le néant absolu n'est pas une vraie idée, la question « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » perd son point de départ : elle oppose l'être à un « rien » qui n'existe que comme mot.

P1Se représenter le néant, c'est ou bien l'imaginer, ou bien le concevoir.
P2On ne peut pas l'imaginer. Si je supprime tout, il reste quelqu'un qui assiste à la disparition : « je ne me vois anéanti que si, par un acte positif, je me suis déjà ressuscité moi-même ». L'image du « rien » est toujours pleine de quelque chose.
P3On ne peut pas non plus le concevoir. Penser l'absence d'une chose, c'est penser la présence d'une autre qui la remplace ; supprimer, c'est remplacer. Une « abolition de tout » serait donc aussi absurde qu'un cercle carré.
P4L'idée d'un objet « qui n'existe pas » contient plus, et non pas moins, que celle du même objet existant : c'est l'idée de l'objet, plus celle de son exclusion par la réalité.
P5 · prémisse impliciteUne idée qui ne peut ni s'imaginer ni se concevoir sans contradiction n'est pas une vraie idée, seulement un mot.
P6 · prémisse impliciteLa question « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » suppose que le néant absolu soit une vraie idée, un état qu'on peut opposer à l'existence.
Donc le néant absolu est une pseudo-idée, et la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » est un pseudo-problème, né d'une illusion.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on peut accepter P1 à P3 et dire que l'idée du néant est quand même légitime, comme une idée limite que l'on atteint sans pouvoir se la représenter (on ne peut pas non plus imaginer l'infini). Sans P6, on peut accepter que le néant soit une pseudo-idée et garder une version de la question : pourquoi ce monde existe-t-il, et pas aucun ?
L'argument est valide avec les prémisses cachées P5 et P6. P1 à P3 montrent que le néant ne peut ni s'imaginer ni se concevoir ; P5 en tire que ce n'est pas une vraie idée ; P6 relie cette idée à la question « pourquoi plutôt que rien ? ». La prémisse P4 explique pourquoi l'illusion est tenace, sans être nécessaire à la validité. Le point faible discuté est P3 : « concevoir un monde vide » est-il contradictoire, ou seulement contraire à nos habitudes ?
Analogie. Essaie de photographier le silence : tu enregistres toujours un son très faible, ou le bruit de ta pièce. Le « silence absolu » est une idée limite qu'on obtient en enlevant toujours plus de bruit ; mais ce qu'on écoute est toujours le dernier bruit qui reste. De même, on enlève les choses une à une, et on croit avoir pensé « rien », alors qu'on a seulement pensé « de moins en moins de choses, et soi-même qui les enlève ».

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Leibniz 1714 · attaque la conclusion

Pour Leibniz, la première question qu'on a le droit de poser est : « Pourquoi y a-t-il plutôt quelque chose que rien ? », car « le rien est plus simple et plus facile que quelque chose ». Le rien est donc une possibilité réelle, plus simple que le monde, et l'existence demande une raison.

Bergson répond
Henri Bergson
Bergson répond que l'on oppose ici du plein à du plein : le « rien » dont on parle n'est que l'image de réalités qui se chassent les unes les autres. La question « pourquoi quelque chose existe ? » serait donc dépourvue de sens, un pseudo-problème soulevé autour d'une pseudo-idée.
T
Thomas Baldwin 1996
Résumé : Baldwin répond qu'on n'a pas besoin d'imaginer le rien pour le trouver possible. Il suffit de raisonner par soustraction : chaque être concret (une pierre, une étoile) pourrait ne pas exister ; si l'on retire ainsi tous les êtres, rien ne montre qu'il faille un dernier être qu'on ne puisse retirer. Le monde vide serait alors un monde possible, décrit de l'extérieur, sans que personne ait à l'imaginer.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : la possibilité du rien absolu est-elle une question de représentation (Bergson) ou de logique, qui n'a pas besoin d'image (argument de la soustraction) ? Aucun camp n'a emporté l'autre.
Martin Heidegger 1929 · attaque la prémisse 3

Heidegger refuse d'obtenir le rien en supprimant les choses. Dans l'angoisse, dit-il, l'étant n'est pas anéanti pour laisser le rien : l'étant « glisse » dans son ensemble, et le rien se montre en même temps que lui, sans être un objet. Ce rien-là ne se pense pas par addition de suppressions : il se vit comme une expérience où tout devient étranger.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Bergson dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Bergson n'a pas pu répondre (il est mort en 1941, le texte de Heidegger date de 1929, et il ne le discute pas). Un bergsonien noterait que Heidegger confirme une partie de la thèse : le rien ne se montre jamais « à part », mais toujours avec l'étant ; et que ce qu'il décrit est un sentiment, pas une idée du néant absolu.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : Heidegger parle d'une expérience, Bergson d'une idée. Il n'est pas établi qu'il s'agisse du même « rien ».