QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?La première de toutes les questions : pourquoi l'étant et non plutôt rien ?
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le mystère premier

La première de toutes les questions : pourquoi l'étant et non plutôt rien ?

La question fondamentale de la métaphysique ; « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Martin Heidegger 1889 · 1976Qu'est-ce qu'être ? Nous l'avons oublié.
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Ce qu'il soutient

La bonne attitude n'est pas de répondre par une cause, mais de poser la question jusqu'au bout : « philosopher, c'est demander : pourquoi y a-t-il de l'étant et non plutôt rien ? »

Pourquoi

C'est la plus vaste, la plus profonde et la plus originaire des questions ; y répondre d'avance par une doctrine, c'est cesser de la poser.

La même idée à travers l'histoire
Gottfried Wilhelm Leibniz1714Leibniz pose la même question en 1714 (« Pourquoi il y a plutôt quelque chose que rien ? ») mais pour y répondre par un être nécessaire. Heidegger garde la question et refuse ce genre de réponse. Ce rapprochement est de notre fait.
Martin Heidegger1929Dans la conférence « Qu'est-ce que la métaphysique ? », la question est la dernière phrase : elle est amenée par l'étude du rien, et le texte la présente comme celle que « le rien lui-même force ».
Martin Heidegger1935Dans le cours d'introduction donné à Fribourg, la question ouvre tout le propos : première en rang (la plus vaste, la plus profonde, la plus originaire), pas première dans le temps.
Martin Heidegger1929L'étude du rien dans l'angoisse est la voie par laquelle la conférence de 1929 arrive à cette question : voir l'argument sur le néant et l'angoisse.
En bref

« La première de toutes les questions : pourquoi l'étant et non plutôt rien ? » est un argument de Martin Heidegger (Introduction à la métaphysique, 1935 (publiée en 1953), ch. 1 ; Qu'est-ce que la métaphysique ?, 1929, 1929) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le mystère premier). Sa thèse : La bonne attitude n'est pas de répondre par une cause, mais de poser la question jusqu'au bout : « philosopher, c'est demander : pourquoi y a-t-il de l'étant et non plutôt rien ? ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Introduction à la métaphysique, 1935 (publiée en 1953), ch. 1 ; Qu'est-ce que la métaphysique ?, 1929
Valide avec une prémisse implicite

On peut répondre à « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » par Dieu, par une cause première, ou par « parce que ». Pour Heidegger, toutes ces réponses passent à côté. Cette question est, dit-il, « la première de toutes les questions » : non pas dans le temps, mais en rang, parce qu'elle est la plus vaste (elle embrasse tout ce qui est), la plus profonde et la plus originaire. Elle ne demande pas une cause de plus : elle demande de se laisser saisir par l'étrangeté qu'il y ait de l'étant. Ici, la question est une réponse en elle-même : philosopher, c'est la poser vraiment, jusqu'au bout.

P1La question « Pourquoi y a-t-il de l'étant et non plutôt rien ? » est la première de toutes, par son rang : la plus vaste (elle ne s'arrête devant aucun étant), la plus profonde (elle cherche le fond) et la plus originaire.
P2Répondre d'avance par une doctrine, par exemple « Dieu a créé tout ce qui est », c'est ne pas poser la question : celui qui a déjà la réponse « ne peut pas questionner authentiquement sans renoncer à sa foi ».
P3Poser vraiment la question suppose de se laisser saisir par l'étrangeté de l'étant : c'est l'étonnement qui fait jaillir le « pourquoi ? », et la question met en question celui qui la pose.
P4 · prémisse impliciteUne question la plus vaste et la plus profonde ne peut pas être épuisée par une réponse qui désigne un étant (Dieu, une cause) : cet étant relèverait lui-même de la question.
Donc la bonne attitude n'est pas de répondre par une cause, mais de poser la question jusqu'au bout : « philosopher, c'est demander : pourquoi y a-t-il de l'étant et non plutôt rien ? »

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on peut accepter que la question soit première en rang, que la foi dispense de la poser, et pourtant soutenir qu'une explication cosmologique donne la réponse : la question serait première et résolue. P4 écarte cette possibilité en excluant toute réponse qui part d'un étant.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. P1 dit que la question est la première en rang ; P2 que la réponse par une doctrine ne la pose pas ; P4 que, la question étant la plus vaste, aucun étant ne peut la clore ; la conclusion suit : il faut la poser sans la clore. Le point discuté est P4 : pourquoi la plus vaste question ne pourrait-elle pas avoir une réponse, même une réponse qui ne désigne pas un étant, par exemple une explication de la physique ?
Analogie. Quand un enfant regarde le ciel étoilé et dit : « Mais pourquoi il y a tout ça ? », il n'attend pas un nom de coupable. Si on répond « c'est le Big Bang » ou « c'est Dieu », il dit souvent : « Oui, mais avant ? » ou « Mais pourquoi lui ? ». Il garde la question ouverte. Heidegger dit que cet enfant fait déjà de la philosophie, et que le métier du philosophe est de ne pas lui répondre trop vite.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Rudolf Carnap 1932 · attaque la prémisse 3

Dans « Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage », Carnap prend pour cible le discours de Heidegger sur le rien (« Qu'est-ce que la métaphysique ? »), dont la phrase « le rien néantit ». Selon lui, « rien » y est traité comme un nom, alors que c'est une façon de nier ; la phrase est donc une pseudo-proposition, correcte en apparence et vide de sens. Ce que Heidegger prend pour une expérience, l'étonnement devant le rien, ne s'exprime que par des phrases sans sens.

Heidegger répond
Martin Heidegger 1929 · Réponse anticipée (1929)
Heidegger prévoit cette objection dans la conférence même : la logique écarte la question du rien, parce que penser le rien contredirait la nature de la pensée. Mais il demande aussitôt si le règne de la « logique » peut être contesté, et si l'entendement est vraiment le maître dans cette question.
Le débat continue (notre résumé) Heidegger pose la question sans y répondre, et la conférence ne donne pas de critère de sens qui remplace celui de la logique. Carnap répondrait que si on abandonne ce critère, on ne peut plus distinguer une phrase profonde d'un non-sens ; Heidegger, que c'est le critère qui est en cause. Les deux parlent de ce que « comprendre » veut dire.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond sur ce qui rend une phrase pleine de sens. Chaque camp refuse le critère de l'autre ; aucune réponse largement acceptée.
Henri Bergson 1907 · attaque la prémisse 1

Bergson soutient que la question « pourquoi quelque chose existe ? » n'a pas de sens : opposer l'existence au néant, c'est opposer du plein à du plein, car le « rien » absolu est une pseudo-idée qu'on ne peut ni imaginer ni concevoir. Si c'est vrai, la question n'est pas « la plus profonde » ; elle repose sur une illusion.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Heidegger dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Heidegger n'a pas répondu à Bergson (le texte de 1907 est plus ancien et il ne le discute pas). Un heideggérien dirait que Bergson réfute le rien comme représentation, alors que Heidegger ne cherche pas à le représenter : il décrit l'effet de l'étrangeté de l'étant. Un bergsonien répondrait que cette étrangeté est un sentiment, et non une raison de dire que la question est profonde.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : la question est-elle un étonnement fondé, ou une illusion du langage ? Chaque camp traite l'argument de l'autre comme portant sur autre chose.