QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Ce qui est ne naît pas et ne passe pas : le devenir n'est qu'un nom
Le temps existe-t-il vraiment ?Le passage est une illusion

Ce qui est ne naît pas et ne passe pas : le devenir n'est qu'un nom

La voie de la vérité ; l'être immobile ; « il est maintenant, tout entier »

Parménide v. 515 av. J.-C. · v. 450 av. J.-C.Ce qui est, est ; ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire : l'être n'a ni naissance ni fin.
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Ce qu'il soutient

Ce qui est n'a ni passé ni futur : il « n'a pas été et ne sera pas », il est maintenant, tout entier, un, continu. Le devenir et le passage du temps ne sont que des noms que les mortels ont posés en les croyant vrais.

Pourquoi

Ce qui est ne peut venir de ce qui n'est pas, ni y retourner : il n'y a donc ni naissance ni fin, et le devenir n'est qu'un nom.

La même idée à travers l'histoire
Parménide480 av. J.-C.Dans son poème, une déesse apprend à Parménide que ce qui est « n'a pas été et ne sera pas », mais est « maintenant tout entier ». Naître, périr, changer de lieu ou de couleur sont, dit-elle, des noms que les mortels donnent à ce qui ne peut pas arriver.
J. M. E. McTaggart1908McTaggart conclut lui aussi que le changement et le temps qui passe sont irréels, mais par une autre voie : une preuve logique sur le passé, le présent et le futur, sans passer par l'interdit du non-être.
En bref

« Ce qui est ne naît pas et ne passe pas : le devenir n'est qu'un nom » est un argument de Parménide (Sur la nature, fragments B7 et B8 (vers 480 av. J.-C.), 480 av. J.-C.) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le passage est une illusion). Sa thèse : Ce qui est n'a ni passé ni futur : il « n'a pas été et ne sera pas », il est maintenant, tout entier, un, continu. Le devenir et le passage du temps ne sont que des noms que les mortels ont posés en les croyant vrais. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4, P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Sur la nature, fragments B7 et B8 (vers 480 av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Une chose naît, change, disparaît : cela nous paraît évident. Parménide d'Élée, il y a près de 2 500 ans, soutient que la raison l'interdit. Pour qu'une chose naisse, il faudrait qu'elle sorte de ce qui n'est pas ; pour qu'elle périsse, qu'elle y retourne. Or ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire. Donc ce qui est n'a ni commencement ni fin, il n'a ni passé ni avenir, il est « maintenant, tout entier ». Le temps qui passe, avec ses naissances et ses morts, ne serait qu'un ensemble de noms. Le raisonnement nous est connu par des fragments de son poème, cités par des auteurs plus tardifs ; la traduction française que nous citons est celle de Tannery (1887), ancienne et libre, l'anglaise celle de Burnet (1920). C'est la thèse la plus radicale du site sur le temps : elle ne dit pas seulement que le passé et le futur existent autant que le présent, elle nie qu'il y ait un passé et un futur de ce qui est.

P1Il n'y a que deux routes pour le discours : « il est » ou « il n'est pas ». La seconde est impraticable, car ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire : seule la première est une voie vraie.
P2Si ce qui est avait commencé, il serait sorti de ce qui n'est pas. Mais on ne peut ni le dire ni le penser, et aucune nécessité n'expliquerait pourquoi il aurait commencé plus tard plutôt que plus tôt.
P3Ce qui est ne peut pas non plus « devoir être un jour » : s'il est devenu, il n'est pas, et il n'est pas non plus s'il doit être un jour. Naissance et mort sont donc écartées.
P4 · prémisse impliciteTout devenir, naître, périr, changer de lieu ou de couleur, consiste à passer de ce qui n'est pas à ce qui est, ou de ce qui est à ce qui n'est pas.
P5 · prémisse impliciteLe temps qui passe n'existerait que s'il y avait du devenir : un futur qui devient présent, un présent qui devient passé.
P6Nos yeux, nos oreilles et l'habitude nous montrent des naissances et des changements, mais il ne faut pas les croire : il faut juger par la raison.
Donc ce qui est n'a ni passé ni futur : il « n'a pas été et ne sera pas », il est maintenant, tout entier, un, continu. Le devenir et le passage du temps ne sont que des noms que les mortels ont posés en les croyant vrais.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on peut accepter P1 à P3 et dire pourtant que les choses changent : une branche passe du vert au jaune sans rien tirer du néant, elle devient autre en restant ce qu'elle est. Sans P5, on peut admettre qu'il n'y a pas de devenir et garder un temps qui passe, comme une suite d'états qui se remplacent.
L'argument est valide avec les prémisses cachées P4 et P5. P1 écarte le non-être ; P2 et P3 en tirent que ce qui est ne naît ni ne périt ; P4 fait du devenir en général une forme de naissance ou de mort (c'est le pas que Parménide franchit en citant aussi le changement de lieu et de couleur) ; P5 dit que le passage du temps suppose du devenir. P6 donne la méthode : la raison l'emporte sur les sens. Attention à la portée : Parménide ne dit pas que le passé et le futur existent comme le présent (c'est la thèse de l'univers-bloc), il dit que ce qui est n'a ni passé ni futur. Les débats portent surtout sur P1 (les sens de « est » et de « n'est pas ») et sur P2 (tout commencement vient-il du rien absolu ?).
Analogie. Un film sur une bobine : tous les photogrammes sont là, entiers, en même temps ; le mouvement n'est que l'effet de leur défilement dans l'œil. Parménide va plus loin que l'image : pour lui, même le défilement est un nom, et la bobine seule est vraie.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon 360 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Dans le Sophiste, l'Étranger d'Élée reprend l'interdit de Parménide et dit qu'on est allé plus loin que lui : on a montré que le non-être est, mais comme « autre » et non comme contraire de l'être. Dire qu'une chose « n'est pas » telle ou telle, c'est dire qu'elle est autre que cela. Le mot « n'est pas » a donc un sens qui n'a rien d'impensable, et la seconde route n'est pas une impasse.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -360, après sa mort (-450).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Parménide est mort bien avant. Ses défenseurs notent que le « non-être » de Platon est une différence (« n'est pas grand »), pas le rien absolu d'où ce qui est devrait sortir pour naître. Si c'est vrai, l'argument sur la naissance et la mort n'est pas touché, mais il est précisé : il vise le non-être absolu seulement.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : presque tout le monde admet que Platon distingue deux sens de « ne pas être ». Reste ouvert : le non-être absolu est-il vraiment impensable, ou seulement difficile à dire ? Voir aussi l'argument sur le rien, qui reprend ce débat (parmenide-neant).
Aristote 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Dans la Physique, Aristote expose le raisonnement des premiers penseurs : ce qui naît doit venir de ce qui est ou de ce qui n'est pas, et les deux sont impossibles. Il l'accepte en partie : rien ne vient du non-être absolument. Mais il soutient qu'une chose peut venir du non-être « en un sens restreint » : elle vient de la privation, par exemple le bronze qui n'a pas encore la forme de la statue, et la matière reste présente dans le résultat. Le changement n'est donc pas un surgissement hors du rien.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -350, après sa mort (-450).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé (réponse reconstruite) : un parménidien dirait que le problème est seulement déplacé. Le bronze reste, mais la forme de la statue, elle, n'était pas : la privation est encore un « n'est pas ». Aristote répond que la forme était déjà là « en puissance », ce qui oblige à admettre un troisième terme entre être et ne pas être. Si on l'accepte, P4 perd sa force : tout devenir n'est pas un passage du non-être absolu à l'être.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond. Pour Aristote, le substrat rend le changement pensable ; pour un parménidien, il faut encore dire d'où viennent les formes qui arrivent. Le débat n'a pas de vainqueur reconnu, mais la solution d'Aristote a été retenue par la plupart des traditions ultérieures.
Aristote 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 6

Un physicien ne peut pas se laisser arrêter par un raisonnement qui nie le mouvement. Nous devons admettre que les choses de la nature sont en mouvement, toutes ou certaines, et l'induction, c'est-à-dire l'observation répétée, le rend évident. Il dit aussi, quelques lignes plus haut, que chez Mélissos et Parménide « les prémisses sont fausses et les conclusions ne suivent pas ».

Parménide répond
Parménide 480 av. J.-C. · Parménide (texte plus ancien)
Le poème prévient ce genre d'objection : la déesse défend à Parménide de se laisser entraîner par l'habitude sur le chemin battu, avec l'œil sans but, l'oreille assourdie et la langue, et lui ordonne de juger par la raison.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : ce passage d'Aristote écarte la discussion avec les Éléates plus qu'il ne la mène, et la réponse de Parménide est écrite avant l'objection. Il reste à savoir si l'on peut mettre en doute l'expérience au nom d'un raisonnement ; les modernes l'ont fait, par exemple en physique, quand la raison a corrigé les sens.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de méthode, jamais réglé. Chacun garde sa règle : l'expérience juge le raisonnement, ou le raisonnement juge l'expérience. La physique moderne a donné raison aux deux, selon les cas.
Henri Bergson 1907 · attaque la conclusion

Dans L'Évolution créatrice, Bergson juge que les arguments de Zénon, le disciple de Parménide, contre le mouvement reposent sur une confusion : on applique le mouvement à la ligne parcourue, qu'on peut diviser comme on veut. Cette absurdité disparaît quand on adopte par la pensée la continuité du mouvement réel, celle dont chacun a conscience en levant le bras. La durée vécue n'est pas une suite d'arrêts.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Parménide dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Bergson répond à Zénon, qui défendait Parménide, plus qu'à Parménide lui-même, dont l'argument sur la naissance et la mort ne passe pas par la division de la ligne. Un parménidien dirait que la continuité vécue est justement l'apparence que la raison doit dépasser.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Bergson met l'expérience intérieure du temps au-dessus des arguments logiques ; les héritiers de Parménide répondent que l'expérience ne prouve pas le devenir.