QuestionsLa beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Les belles choses le sont par le Beau en soi
La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?La beauté est dans les choses

Les belles choses le sont par le Beau en soi

Le Beau en soi

Platon v. 428 av. J.-C. · v. 348 av. J.-C.Au-delà des apparences, les Idées éternelles.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

La beauté est réelle et objective : les belles choses le sont en recevant leur beauté d'un Beau en soi, et non parce qu'elles plaisent à celui qui les regarde.

Pourquoi

Les belles choses changent et disparaissent ; elles ne sont belles qu'en participant d'un Beau qui, lui, ne change pas.

La même idée à travers l'histoire
Platon385 av. J.-C.Banquet 210e-211b : au sommet de l'initiation d'amour, on voit soudain un Beau éternel, qui ne dépend ni du moment, ni du lieu, ni de celui qui regarde. C'est cette version qui est présentée ici.
Platon360 av. J.-C.Phédon 100c-d : même thèse, plus sèche. Une chose est belle parce qu'elle participe au beau, non à cause de sa couleur ou de sa forme.
Platon380 av. J.-C.L'échelle de Diotime, qui mène du beau corps au Beau en soi.Plotin253Plotin reprend l'idée : le beau d'ici-bas est la présence de la forme dans la matière. Il refuse en plus que la beauté soit une affaire de proportion.
En bref

« Les belles choses le sont par le Beau en soi » est un argument de Platon (Banquet 210e-211b, Phédon 100c-d, 385 av. J.-C.) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : la beauté est dans les choses). Sa thèse : La beauté est réelle et objective : les belles choses le sont en recevant leur beauté d'un Beau en soi, et non parce qu'elles plaisent à celui qui les regarde. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Banquet 210e-211b, Phédon 100c-d
Valide avec une prémisse implicite

Un visage, un poème, une loi juste : tout cela est beau, mais cela change, vieillit, disparaît, et plaît aux uns plus qu'aux autres. Platon pense que cela ne peut pas être le fin mot de la beauté. Si ces choses sont belles, c'est qu'elles reçoivent quelque chose d'un Beau qui, lui, ne change pas et ne dépend de personne : le Beau en soi. Dans cette vue, la beauté n'est pas dans l'œil de celui qui regarde : l'œil la découvre.

P1Si une chose est belle en dehors du Beau en soi, elle n'est belle pour aucune autre raison que parce qu'elle participe à ce Beau.
P2Ce qui rend une chose belle n'est ni sa couleur éclatante ni sa forme : c'est seulement la présence ou la communauté du Beau en soi.
P3Le Beau en soi est toujours : il ne naît pas, ne périt pas, ne croît pas et ne décroît pas.
P4Il n'est pas beau en un sens et laid en un autre, ni beau à tel moment et pas à tel autre, ni beau pour les uns et laid pour les autres.
P5Toutes les autres belles choses participent de lui, de sorte que leur naissance et leur destruction ne lui font rien perdre ni gagner.
P6 · prémisse impliciteCe qui est la cause de la beauté des choses existe par soi, indépendamment de ces choses et des jugements qu'on porte sur elles : un beau qui dépendrait de nos regards n'expliquerait pas pourquoi les choses sont belles.
Donc la beauté est réelle et objective : les belles choses le sont en recevant leur beauté d'un Beau en soi, et non parce qu'elles plaisent à celui qui les regarde.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où tout est vrai (cause unique, stable, partagée par les choses) et où pourtant cette « cause » n'est qu'une manière de sentir de celui qui regarde : la beauté ne serait pas objective.
Sans P6, les prémisses disent que le Beau en soi est stable et que les choses y participent. Il faut ajouter que cette cause existe indépendamment de nous pour conclure que la beauté est objective. Platon le suppose partout : le Beau en soi est « en soi, avec soi », sans dépendre d'un corps ni d'un regard.
Analogie. La mesure d'un mètre étalon ne change pas quand les règles qui s'y réfèrent se cassent. Pour Platon, le Beau est l'étalon : les belles choses en sont des copies plus ou moins fidèles, qui naissent et périssent sans l'affecter.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Hume 1757 · attaque la conclusion

La beauté et la laideur ne sont pas des qualités des objets : elles appartiennent entièrement au sentiment, comme le doux et l'amer. Il n'y a donc pas de Beau qui existerait hors de l'esprit qui sent.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1757, après sa mort (-348).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume n'a pas répondu à Platon. Dans le même texte, il ajoute que certaines qualités des objets sont « faites par la nature » pour produire ces sentiments, et qu'il existe une norme du goût (voir son argument). Il ne revient donc pas à « tout se vaut ».
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : la beauté est-elle une propriété que l'on découvre, ou une réponse de l'esprit à certaines propriétés ? Point ouvert : les deux camps ont aujourd'hui des défenseurs sérieux.
Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Les plus grandes formes du beau sont l'ordre, la symétrie et le défini. Ce sont des propriétés des choses ordonnées elles-mêmes, que les mathématiques peuvent démontrer.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en -330, après sa mort (-348).
Plotin défenseur de l'argument · 253
La théorie de la symétrie doit exclure du beau tout ce qui est simple : les couleurs, la lumière du soleil, qui n'ont pas de parties et ne sont donc pas belles par la proportion. Or elles sont belles. La proportion ne peut donc pas être la source dernière de la beauté.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : dans ce passage Aristote ne parle pas du Beau en soi de Platon. Il montre seulement que le beau peut se décrire par des propriétés des choses (ordre, symétrie, défini), ce qui rend moins nécessaire une Forme séparée. Il ne tire pas cette conclusion lui-même ici.
Où en est le débat (notre résumé)Aristote et Platon sont tous deux « objectivistes » : la beauté est dans les choses ou derrière elles, pas dans le regard. Ils divergent sur le lieu de la beauté : dans l'ordre même des choses, ou dans une Forme à part. Plotin tente de montrer que l'ordre seul ne suffit pas.
Friedrich Nietzsche 1888 · attaque la conclusion

Le « beau en soi » n'est qu'un mot, pas même un concept. L'homme se pose comme mesure de la perfection dans le beau : il oublie qu'il est la cause de la beauté qu'il croit trouver dans le monde.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1888, après sa mort (-348).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Nietzsche explique pourquoi on croit à un beau objectif (on projette sa propre image dans les choses). Cela ne prouve pas à lui seul que le Beau en soi n'existe pas : un défenseur de Platon dirait que l'on peut se tromper sur la cause d'une chose sans que la chose soit illusoire.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : la projection humaine explique-t-elle toute la beauté, ou y a-t-il quelque chose à reconnaître au-delà de nous ? Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.