La justice, c'est que chaque partie de la cité et de l'âme fasse sa tâche
La justice dans la cité et dans l'âme
La justice est l'harmonie intérieure, la santé de l'âme ; et celui qui est injuste a une âme malade.
Une cité est juste quand chaque groupe fait sa propre tâche ; l'âme, qui a trois parties, est juste de la même façon.
« La justice, c'est que chaque partie de la cité et de l'âme fasse sa tâche » est un argument de Platon (République IV, 433a-444e (vers -375)) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la vertu et l'harmonie). Sa thèse : La justice est l'harmonie intérieure, la santé de l'âme ; et celui qui est injuste a une âme malade. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Au livre II, Glaucon défie Socrate : la justice n'est-elle qu'une convention qu'on subit par peur (voir l'anneau de Gygès et Thrasymaque), ou un bien en soi ? Pour répondre, Socrate cherche la justice « en grand », dans une cité imaginaire, parce qu'elle est plus facile à lire que dans une seule âme. Il distingue trois groupes (ceux qui produisent, ceux qui défendent, ceux qui gouvernent) et trouve que la cité est juste quand chacun fait sa propre tâche. Puis il retrouve les mêmes trois niveaux dans l'âme : le désir, le cœur et la raison. Pour Platon, la justice est donc une harmonie, dans la cité comme dans l'âme, et l'injustice un désordre qui rend malade. C'est pour cela que cet argument est rangé dans le camp « harmonie » : la justice n'est ni un contrat, ni un droit, ni l'égalité, mais le bon ordre du tout. La forme P1..P6 → C est notre reconstruction du livre IV.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où l'âme est en harmonie sans être juste (un chef de bande, parfaitement organisé et sûr de lui) et où, n'étant pas juste, elle n'est pourtant pas malade.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Karl Popper 1945 · attaque la prémisse 1Pour Popper, la « justice » de Platon n'est pas l'égalité devant la loi : c'est le maintien de chacun à sa place dans sa classe, au service de la stabilité de l'État. Il y lit un programme « totalitaire » : l'individu est subordonné à la cité, et les gouvernés n'ont aucun droit face à ceux qui gouvernent (La société ouverte et ses ennemis, tome I, chap. 6, « La justice totalitaire »).
un défenseur répond
Pour Popper, la « justice » de Platon n'est pas l'égalité devant la loi : c'est le maintien de chacun à sa place dans sa classe, au service de la stabilité de l'État. Il y lit un programme « totalitaire » : l'individu est subordonné à la cité, et les gouvernés n'ont aucun droit face à ceux qui gouvernent (La société ouverte et ses ennemis, tome I, chap. 6, « La justice totalitaire »).
Aristote (critique de l'unité de la cité) 335 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Aristote reproche à Socrate de vouloir rendre la cité aussi une que possible. Si l'on pousse l'unité trop loin, la cité cesse d'être une cité : elle est faite par nature d'une multitude, et elle deviendrait une famille, puis un seul individu. Même si un législateur y parvenait, il ne devrait pas le faire, car il la détruirait (Politique II, 2). Il vise surtout la mise en commun des femmes, des enfants et des biens chez les gardiens (République V), mais l'idéal d'une cité aussi une qu'un seul homme est celui sur lequel repose la comparaison de P2.
sans réponse
Aristote reproche à Socrate de vouloir rendre la cité aussi une que possible. Si l'on pousse l'unité trop loin, la cité cesse d'être une cité : elle est faite par nature d'une multitude, et elle deviendrait une famille, puis un seul individu. Même si un législateur y parvenait, il ne devrait pas le faire, car il la détruirait (Politique II, 2). Il vise surtout la mise en commun des femmes, des enfants et des biens chez les gardiens (République V), mais l'idéal d'une cité aussi une qu'un seul homme est celui sur lequel repose la comparaison de P2.
John Rawls 1971 · attaque la prémisse 1Chez Platon, la place de chacun dépend de sa « nature », donc de ses talents. Pour Rawls, les talents naturels sont répartis par hasard : d'un point de vue moral, personne ne mérite d'être né doué, ni de naître dans un milieu favorable. Une société juste doit donc donner à tous des chances égales d'accéder aux positions, et organiser ses règles pour qu'elles profitent aussi aux plus défavorisés (Théorie de la justice, § 12 et § 17).
sans réponse
Chez Platon, la place de chacun dépend de sa « nature », donc de ses talents. Pour Rawls, les talents naturels sont répartis par hasard : d'un point de vue moral, personne ne mérite d'être né doué, ni de naître dans un milieu favorable. Une société juste doit donc donner à tous des chances égales d'accéder aux positions, et organiser ses règles pour qu'elles profitent aussi aux plus défavorisés (Théorie de la justice, § 12 et § 17).