La propriété, c'est le vol
« La propriété, c'est le vol »
La propriété (le droit d'aubaine) est un vol ; la possession par le travail ne l'est pas.
Le propriétaire tire un revenu d'une chose sans travailler ni rien produire : il reçoit des produits en échange de rien.
« La propriété, c'est le vol » est un argument de Pierre-Joseph Proudhon (Qu'est-ce que la propriété ?, 1840, ch. I-IV, 1840) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : La propriété (le droit d'aubaine) est un vol ; la possession par le travail ne l'est pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
« Qu'est-ce que la propriété ? C'est le vol. » En 1840, Proudhon lance la formule pour choquer, mais il la défend par un raisonnement. Il ne dit pas que chaque propriétaire est un voleur dans sa vie de tous les jours, et il ne condamne pas la possession : celui qui cultive un champ ou habite une maison a le droit de s'en servir. Il vise ce qu'il appelle le droit d'aubaine : percevoir un revenu (fermage, loyer, intérêt) sur une chose qu'on ne travaille pas soi-même. Son argument : ce droit se contredit, car il réclame pour un seul ce que le même titre donne à tous, et qu'il refuse donc aux autres.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le revenu du propriétaire est sans contrepartie et où le droit se contredit, mais où ce n'est pas un vol : par exemple si la loi, même injuste, accorde ce privilège à quelques-uns. Rien dans les autres prémisses ne dit que prendre sans contrepartie soit un vol.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection anticipée par Proudhon (J.-B. Say) attaque la prémisse 6Sans propriété, on ne peut pas s'en passer : un laboureur se battrait contre un autre pour cultiver un champ qui n'aurait pas de propriétaire, et le champ resterait en friche. Le propriétaire met de l'ordre.
Proudhon répond
Sans propriété, on ne peut pas s'en passer : un laboureur se battrait contre un autre pour cultiver un champ qui n'aurait pas de propriétaire, et le champ resterait en friche. Le propriétaire met de l'ordre.
John Locke 1690 · attaque la prémisse 3Le titre n'est pas égal pour tous : il appartient à celui qui travaille. Chacun est propriétaire de sa personne, donc de son travail. En joignant son travail à ce qu'il tire de l'état de nature, il y joint quelque chose qui est à lui, et personne d'autre n'a droit sur ce qu'il a ainsi acquis, du moins s'il en reste assez et d'aussi bon pour les autres. Ce n'est pas un vol.
Proudhon répond
Le titre n'est pas égal pour tous : il appartient à celui qui travaille. Chacun est propriétaire de sa personne, donc de son travail. En joignant son travail à ce qu'il tire de l'état de nature, il y joint quelque chose qui est à lui, et personne d'autre n'a droit sur ce qu'il a ainsi acquis, du moins s'il en reste assez et d'aussi bon pour les autres. Ce n'est pas un vol.
Karl Marx 1847 · attaque la prémisse 1Proudhon se trompe de méthode. Vouloir définir la propriété comme un rapport indépendant, une catégorie à part, une idée abstraite et éternelle, ce ne peut être qu'une illusion de métaphysique ou de jurisprudence. Définir la propriété bourgeoise, c'est exposer tous les rapports sociaux de la production bourgeoise. Marx vise ici surtout le Système des contradictions économiques (1846), mais sa critique de méthode touche aussi le livre de 1840.
sans réponse
Proudhon se trompe de méthode. Vouloir définir la propriété comme un rapport indépendant, une catégorie à part, une idée abstraite et éternelle, ce ne peut être qu'une illusion de métaphysique ou de jurisprudence. Définir la propriété bourgeoise, c'est exposer tous les rapports sociaux de la production bourgeoise. Marx vise ici surtout le Système des contradictions économiques (1846), mais sa critique de méthode touche aussi le livre de 1840.
Proudhon lui-même, vingt-cinq ans plus tard 1866 · attaque la conclusionNotre résumé : dans la Théorie de la propriété, publiée après sa mort, Proudhon n'abandonne pas sa critique du droit d'aubaine, mais il y voit aussi une force qui peut faire contrepoids à l'État et protéger l'individu contre lui. Il ne demande plus de la supprimer : il veut la corriger et la mettre au service de la liberté.
sans réponse
Notre résumé : dans la Théorie de la propriété, publiée après sa mort, Proudhon n'abandonne pas sa critique du droit d'aubaine, mais il y voit aussi une force qui peut faire contrepoids à l'État et protéger l'individu contre lui. Il ne demande plus de la supprimer : il veut la corriger et la mettre au service de la liberté.