QuestionsLa science peut-elle tout expliquer ?Sans réalisme, le succès de la science serait un miracle
La science peut-elle tout expliquer ?Vraie, mais pas tout

Sans réalisme, le succès de la science serait un miracle

L'argument du non-miracle

Hilary Putnam 1926 · 2016Un même état mental peut être réalisé par des cerveaux très différents : l'esprit est une fonction, pas une matière.
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Ce qu'il soutient

Nos meilleures théories scientifiques sont à peu près vraies, et les entités qu'elles décrivent existent probablement.

Pourquoi

Le succès extraordinaire de nos théories n'a qu'une explication qui ne soit pas un miracle : elles sont à peu près vraies.

La même idée à travers l'histoire
J. J. C. Smart1963J. J. C. Smart pose le problème dans Philosophy and Scientific Realism : si les électrons et les autres entités invisibles n'existaient pas, il faudrait croire à une coïncidence extraordinaire pour que les théories qui en parlent prédisent si bien les phénomènes observés. Il a l'idée, mais pas encore la formule.
Hilary Putnam1975Putnam donne la formule : le réalisme est la seule philosophie qui ne fasse pas du succès de la science un miracle. Il en fait un argument scientifique : le réalisme serait la meilleure explication de ce succès.
Richard Boyd1983Richard Boyd développe l'argument : les méthodes qui ont produit nos théories dépendent elles-mêmes de théories à peu près vraies, et c'est ce qui explique que ces méthodes réussissent. Le réalisme explique donc aussi la fiabilité de la méthode scientifique.
En bref

« Sans réalisme, le succès de la science serait un miracle » est un argument de Hilary Putnam (Mathematics, Matter and Method, 1975, p. 73 (l'« argument du non-miracle »), 1975) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : vraie, mais pas tout). Sa thèse : Nos meilleures théories scientifiques sont à peu près vraies, et les entités qu'elles décrivent existent probablement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 2 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Mathematics, Matter and Method, 1975, p. 73 (l'« argument du non-miracle »)
Valide

Les théories de la physique prédisent des éclipses, guident des sondes jusqu'à Mars et ont permis les téléphones portables. Comment expliquer un tel succès ? Pour Hilary Putnam, la réponse la plus simple est qu'elles disent à peu près vrai sur le monde, y compris sur ce que l'on ne voit pas à l'œil nu (atomes, champs, gènes). Si elles étaient fausses de bout en bout, leurs prédictions justes seraient une coïncidence incroyable. Voilà pourquoi il écrit en 1975 que le réalisme est « la seule philosophie qui ne fasse pas du succès de la science un miracle ». Nous rangeons cet argument dans « Vraie, mais pas tout » parce qu'il défend la vérité (au moins approchée) de la science, sans dire qu'elle répond à toutes les questions. Putnam lui-même a ensuite pris ses distances avec le réalisme scientifique tel qu'on le décrit ici ; il s'agit de l'argument de 1975.

P1Nos meilleures théories scientifiques mûres réussissent de façon extraordinaire : elles prédisent des phénomènes nouveaux avec précision et permettent d'agir sur le monde.
P2Ce succès a une seule explication non miraculeuse : ces théories sont à peu près vraies (y compris sur les entités qu'elles posent, comme les atomes). Sinon, leur succès serait un miracle.
P3 · prémisse impliciteQuand une explication ordinaire existe, il ne faut pas préférer une explication par le miracle (une pure coïncidence).
Donc nos meilleures théories scientifiques sont à peu près vraies, et les entités qu'elles décrivent existent probablement.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, on pourrait accepter P1 et P2 et dire : « Tant pis, c'est peut-être un miracle, ou une coïncidence que la science n'a pas à expliquer. » L'argument demande donc de refuser la coïncidence pure, comme on le fait dans la vie courante.
L'argument est valide. P1 dit qu'il y a un succès à expliquer. P2 dit que, pour l'expliquer, il n'y a que deux issues : la vérité approchée ou le miracle. P3 écarte le miracle. Il reste la vérité approchée. Le débat porte sur P2 (n'y a-t-il vraiment que ces deux explications ?) et sur P1 (le succès passé garantit-il la vérité, vu les théories qui ont réussi puis ont été abandonnées ?).
Analogie. Un joueur de fléchettes touche dix fois de suite le centre de la cible les yeux bandés. On peut dire « quelle chance ! », mais l'explication simple est qu'il sait où est la cible. De même, une théorie qui touche juste dix fois de suite a sans doute « su » quelque chose du monde.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L
Larry Laudan 1981 · attaque la prémisse 2

L'histoire des sciences contredit le lien entre succès et vérité. Laudan dresse la liste de théories qui ont eu beaucoup de succès, comme celles de l'éther optique ou du phlogistique, puis ont été abandonnées parce que leurs termes principaux ne désignaient rien de réel. Si le succès passé n'a pas garanti la vérité, le succès présent ne la garantit pas non plus : c'est la « méta-induction pessimiste ».

un défenseur répond
J
John Worrall défenseur de l'argument · 1989
Quand une théorie est remplacée, tout n'est pas perdu : ce qui se conserve, c'est la structure mathématique. Les équations de Fresnel pour la lumière se retrouvent dans la théorie de Maxwell, alors que l'éther de Fresnel a disparu. Worrall propose donc un réalisme « structural » : le succès s'explique parce que les théories ont la bonne structure, pas parce que chacune de leurs entités existe.
Le débat continue (notre résumé) Les laudaniens répondent que la liste de Laudan montre justement que la partie qui a produit les prédictions réussies a souvent disparu, et que « structure » est difficile à définir en dehors des équations. Les réalistes répondent qu'il faut compter seulement les théories mûres. Voir aussi l'opposition de Kuhn plus bas.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les réalistes ont affiné leur position (réalisme structural, réalisme « sélectif ») pour répondre à Laudan ; ses partisans jugent que ces versions affaiblies abandonnent ce que le réalisme promettait au départ.
B
Bas van Fraassen 1980 · attaque la prémisse 2

Le succès des théories n'est pas un miracle, et il n'est même pas surprenant : c'est un effet de sélection. Les théories vivent dans une concurrence féroce, comme les êtres vivants dans la nature, et seules survivent celles qui s'accordent avec les régularités observées. Une théorie peut donc réussir sans être vraie sur l'invisible : il suffit qu'elle soit adéquate à ce que l'on observe (empirisme constructif).

un défenseur répond
S
Stathis Psillos défenseur de l'argument · 1999
La sélection explique pourquoi nous avons des théories qui réussissent, mais pas pourquoi une théorie donnée réussit. Une souris qui échappe au renard est « sélectionnée », mais la question reste de savoir ce qui, dans ses traits, la fait échapper. De même, il reste à dire ce qui, dans le contenu de la théorie, fait ses prédictions justes. Le réalisme répond : elle a décrit quelque chose de vrai.
Le débat continue (notre résumé) Les empiristes répondent que cette demande d'explication va trop loin : une théorie qui s'accorde avec les phénomènes n'a pas besoin d'une explication de plus.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord de fond porte sur ce qu'il faut expliquer. Pour van Fraassen, l'accord avec l'observable suffit ; pour les réalistes, il faut dire pourquoi les théories sont adéquates. Il n'y a pas de consensus.
Thomas Kuhn 1970 · attaque la conclusion

Kuhn ne voit pas, dans la succession des théories, une marche vers une description de plus en plus fidèle de ce qui existe vraiment. Les théories successives résolvent de mieux en mieux des problèmes, mais l'ontologie (ce qu'il y a dans le monde selon la théorie) change d'une révolution à l'autre sans direction cohérente. Pour lui, la science progresse comme résolution d'énigmes, pas nécessairement comme un rapprochement de la vérité.

sans réponse
voir l'argument
Putnam n'a pas répondu à cette objection.
Le débat continue (notre résumé) Kuhn précise qu'il n'est pas relativiste et qu'il croit au progrès scientifique (voir l'argument de Kuhn). La discussion porte sur le mot « vrai » : peut-on dire qu'une théorie est à peu près vraie si ses entités changent à chaque révolution ? Les réalistes disent que oui pour ce qui est conservé ; Kuhn ne voit pas de lien clair.