Sans réalisme, le succès de la science serait un miracle
L'argument du non-miracle
Nos meilleures théories scientifiques sont à peu près vraies, et les entités qu'elles décrivent existent probablement.
Le succès extraordinaire de nos théories n'a qu'une explication qui ne soit pas un miracle : elles sont à peu près vraies.
« Sans réalisme, le succès de la science serait un miracle » est un argument de Hilary Putnam (Mathematics, Matter and Method, 1975, p. 73 (l'« argument du non-miracle »), 1975) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : vraie, mais pas tout). Sa thèse : Nos meilleures théories scientifiques sont à peu près vraies, et les entités qu'elles décrivent existent probablement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 2 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les théories de la physique prédisent des éclipses, guident des sondes jusqu'à Mars et ont permis les téléphones portables. Comment expliquer un tel succès ? Pour Hilary Putnam, la réponse la plus simple est qu'elles disent à peu près vrai sur le monde, y compris sur ce que l'on ne voit pas à l'œil nu (atomes, champs, gènes). Si elles étaient fausses de bout en bout, leurs prédictions justes seraient une coïncidence incroyable. Voilà pourquoi il écrit en 1975 que le réalisme est « la seule philosophie qui ne fasse pas du succès de la science un miracle ». Nous rangeons cet argument dans « Vraie, mais pas tout » parce qu'il défend la vérité (au moins approchée) de la science, sans dire qu'elle répond à toutes les questions. Putnam lui-même a ensuite pris ses distances avec le réalisme scientifique tel qu'on le décrit ici ; il s'agit de l'argument de 1975.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P3, on pourrait accepter P1 et P2 et dire : « Tant pis, c'est peut-être un miracle, ou une coïncidence que la science n'a pas à expliquer. » L'argument demande donc de refuser la coïncidence pure, comme on le fait dans la vie courante.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
LLarry Laudan 1981 · attaque la prémisse 2L'histoire des sciences contredit le lien entre succès et vérité. Laudan dresse la liste de théories qui ont eu beaucoup de succès, comme celles de l'éther optique ou du phlogistique, puis ont été abandonnées parce que leurs termes principaux ne désignaient rien de réel. Si le succès passé n'a pas garanti la vérité, le succès présent ne la garantit pas non plus : c'est la « méta-induction pessimiste ».
un défenseur répond
L'histoire des sciences contredit le lien entre succès et vérité. Laudan dresse la liste de théories qui ont eu beaucoup de succès, comme celles de l'éther optique ou du phlogistique, puis ont été abandonnées parce que leurs termes principaux ne désignaient rien de réel. Si le succès passé n'a pas garanti la vérité, le succès présent ne la garantit pas non plus : c'est la « méta-induction pessimiste ».
BBas van Fraassen 1980 · attaque la prémisse 2Le succès des théories n'est pas un miracle, et il n'est même pas surprenant : c'est un effet de sélection. Les théories vivent dans une concurrence féroce, comme les êtres vivants dans la nature, et seules survivent celles qui s'accordent avec les régularités observées. Une théorie peut donc réussir sans être vraie sur l'invisible : il suffit qu'elle soit adéquate à ce que l'on observe (empirisme constructif).
un défenseur répond
Le succès des théories n'est pas un miracle, et il n'est même pas surprenant : c'est un effet de sélection. Les théories vivent dans une concurrence féroce, comme les êtres vivants dans la nature, et seules survivent celles qui s'accordent avec les régularités observées. Une théorie peut donc réussir sans être vraie sur l'invisible : il suffit qu'elle soit adéquate à ce que l'on observe (empirisme constructif).
Thomas Kuhn 1970 · attaque la conclusionKuhn ne voit pas, dans la succession des théories, une marche vers une description de plus en plus fidèle de ce qui existe vraiment. Les théories successives résolvent de mieux en mieux des problèmes, mais l'ontologie (ce qu'il y a dans le monde selon la théorie) change d'une révolution à l'autre sans direction cohérente. Pour lui, la science progresse comme résolution d'énigmes, pas nécessairement comme un rapprochement de la vérité.
sans réponse
Kuhn ne voit pas, dans la succession des théories, une marche vers une description de plus en plus fidèle de ce qui existe vraiment. Les théories successives résolvent de mieux en mieux des problèmes, mais l'ontologie (ce qu'il y a dans le monde selon la théorie) change d'une révolution à l'autre sans direction cohérente. Pour lui, la science progresse comme résolution d'énigmes, pas nécessairement comme un rapprochement de la vérité.