QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?Le monde est ma représentation
Le monde existe-t-il vraiment ?Tout est dans l'esprit

Le monde est ma représentation

« Le monde est ma représentation » ; pas d'objet sans sujet ; l'idéalisme de Schopenhauer

Arthur Schopenhauer 1788 · 1860La vie oscille entre la souffrance et l'ennui.
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Ce qu'il soutient

Le monde tel que nous le connaissons est ma représentation : sans sujet pour le percevoir, il n'y a pas de monde-objet, et il est faux de dire que la matière existerait d'abord et produirait ensuite la connaissance.

Pourquoi

Tout ce que je connais, je le connais comme objet pour un sujet : le monde entier n'existe que pour un être qui le perçoit.

En bref

« Le monde est ma représentation » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, livre I, 1819, § 1 et 5-7) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : tout est dans l'esprit). Sa thèse : Le monde tel que nous le connaissons est ma représentation : sans sujet pour le percevoir, il n'y a pas de monde-objet, et il est faux de dire que la matière existerait d'abord et produirait ensuite la connaissance. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Monde comme volonté et comme représentation, livre I, 1819, § 1 et 5-7
Valide avec une prémisse implicite

Regarde le soleil. Que sais-tu vraiment de lui ? Seulement ce que ton œil en voit. Regarde la terre : seulement ce que ta main en touche. Pour Schopenhauer, c'est la vérité la plus certaine qui soit : tout ce que nous connaissons est un objet pour un sujet qui connaît. Le monde tel que nous le connaissons n'est donc que « représentation », et il n'y a pas d'objet sans quelqu'un à qui il apparaît. Attention : il ne dit pas que le monde est un rêve ou que la matière n'existe pas pour la science. Il dit que la matière existe comme objet, donc pour un sujet. Et il ajoute que ce n'est que la moitié de la vérité : ce qu'est le monde en lui-même (en soi), ce n'est pas de la matière, c'est ce qu'il appelle la volonté, une force aveugle que nous connaissons de l'intérieur par notre propre corps. Cette fiche ne traite que la première moitié, « le monde est ma représentation ».

P1Tout ce qui existe pour la connaissance, donc le monde entier, n'est objet que par rapport à un sujet : c'est la perception d'un être qui perçoit. Cela vaut du passé et du futur comme du présent, du plus lointain comme du plus proche, car cela vaut du temps et de l'espace eux-mêmes.
P2Sujet et objet vont toujours ensemble : l'objet suppose toujours le sujet. Aucun des deux n'est la cause de l'autre. Le monde extérieur n'est donc ni la cause de nos représentations, ni leur effet.
P3 · prémisse impliciteLa matière, le corps et tout ce que la science étudie font partie du monde connu : ce sont des objets, pas des réalités qui se tiendraient hors de toute connaissance possible.
Donc le monde tel que nous le connaissons est ma représentation : sans sujet pour le percevoir, il n'y a pas de monde-objet, et il est faux de dire que la matière existerait d'abord et produirait ensuite la connaissance.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où tout ce qui est connu est objet pour un sujet, mais où la matière serait autre chose qu'une chose connue : elle serait cachée derrière les représentations, et la conclusion ne la concernerait pas.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P3. Si tout ce qui est connu est objet pour un sujet (P1), si l'objet suppose toujours le sujet (P2), et si la matière et le corps appartiennent au monde connu (P3), alors le monde connu est représentation. Les objections visent P1 (être connu n'est pas être dans l'esprit) et la conclusion (le bon sens dit que le monde existe sans nous).
Analogie. Un film n'existe, comme image, que sur un écran et pour des spectateurs. Sans écran ni spectateur, il reste de la pellicule, mais plus d'image. Schopenhauer dit : le monde que nous voyons est comme l'image, il suppose toujours quelqu'un qui le voit.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Bertrand Russell (acte et objet de connaissance) 1912 · attaque la prémisse 1

Russell critique ce type de raisonnement chez Berkeley. Il faut distinguer l'acte de percevoir (qui est dans l'esprit) et la chose perçue (qui n'a aucune raison d'y être). De « je ne connais la couleur que si je la perçois », on ne peut pas conclure « la couleur est dans mon esprit ». Dire que les choses connues sont « dans l'esprit » mélange les deux sens.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1912, après sa mort (1860).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Russell écrit presque un siècle après Schopenhauer et vise Berkeley, pas lui. Schopenhauer pourrait répondre qu'il ne dit pas que le monde est « dans » l'esprit comme une idée, mais qu'il est toujours « pour » un sujet (objet en relation avec un sujet). Reste à savoir si cette relation est elle aussi une affirmation trop forte.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les idéalistes disent que « être connu » n'a de sens que pour un sujet. Les réalistes disent que la chose connue existait avant et existe sans la connaissance.
Bertrand Russell (l'hypothèse la plus simple) 1912 · attaque la conclusion

Si le chat n'existait que quand je le vois, il surgirait de nulle part à chaque apparition et sa faim serait inexplicable. Il est bien plus simple de supposer qu'il existe aussi quand je ne regarde pas. Tous les principes de simplicité poussent à croire qu'il existe des objets indépendants de nos perceptions.

un défenseur répond
voir l'argument
Schopenhauer (réalité empirique, idéalité transcendantale) défenseur de l'argument · 1819 · Réponse de Schopenhauer
Schopenhauer ne nie pas le chat ni la matière : nier leur solidité serait de la folie. Il corrige seulement l'idée qu'ils existeraient hors de tout sujet possible. Le chat, ses déplacements et sa faim sont réels dans l'expérience, et cette réalité est celle d'un objet pour un sujet. Il cite la formule de la tradition indienne du Vedanta : « existence et perceptibilité sont des termes équivalents ».
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'accord porte sur le fait que le chat existe dans l'expérience. Le désaccord porte sur ce que veut dire « exister quand personne ne regarde » : une existence sans aucun sujet possible, ou seulement une perception possible.
Objection de la science (que Schopenhauer se fait lui-même) 1819 · attaque la conclusion

Les sciences de la nature montrent que la matière inerte a existé avant les plantes, les plantes avant les animaux, les animaux avant l'homme : le monde a dû traverser une longue suite de changements avant que le premier œil puisse s'ouvrir. Comment le monde dépendrait-il d'un sujet, s'il a existé avant tout sujet ?

un défenseur répond
Schopenhauer défenseur de l'argument · 1819 · Réponse de Schopenhauer
Schopenhauer accepte ce résultat de la science, mais il répond que cette longue suite de siècles n'est elle-même pensable que dans une conscience : le temps est la forme de sa connaissance, et hors d'elle il n'est rien. L'existence du monde entier dépend donc encore du premier œil qui s'ouvrit, fût-ce celui d'un insecte.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Schopenhauer appelle lui-même ce conflit une « antinomie » de notre faculté de connaître : le monde dépend du premier être qui connaît, et ce premier être dépend d'une longue chaîne de causes. Pour les réalistes, c'est le signe que la thèse va trop loin ; pour lui, c'est la preuve que le temps n'appartient qu'à la représentation, et que l'en-soi du monde est ailleurs.