QuestionsLa vie a-t-elle un sens ?Une vie sans but final n'est pas possible
La vie a-t-elle un sens ?Un sens donné

Une vie sans but final n'est pas possible

La fin dernière ; tout agent agit pour une fin ; on ne peut remonter à l'infini dans les fins

Thomas d'Aquin 1225 · 1274La foi et la raison ne peuvent se contredire.
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Ce qu'il soutient

Il existe une fin dernière de la vie humaine, que tous désirent. Pour Thomas, c'est elle qui donne leur sens à nos actes : un sens que nous trouvons dans notre nature, et que nous ne créons pas.

Pourquoi

Nous agissons toujours pour une fin, et la chaîne des fins ne peut pas remonter à l'infini : il doit y en avoir une dernière.

La même idée à travers l'histoire
Aristote330 av. J.-C.Éthique à Nicomaque, I, 2 : si chaque chose était voulue en vue d'une autre, à l'infini, notre désir serait « vain et sans objet ». Il faut donc un but voulu pour lui-même, que Thomas appelle fin dernière.
Thomas d'Aquin1271Les questions 2 et 3 de la même Somme cherchent en quoi consiste cette fin dernière (richesses, honneurs, plaisir...) et concluent que c'est voir Dieu. Le présent argument ne fait qu'établir qu'il y en a une.
En bref

« Une vie sans but final n'est pas possible » est un argument de Thomas d'Aquin (Somme théologique, I-II, q. 1, a. 1 à 7 (1271), 1271) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens donné). Sa thèse : Il existe une fin dernière de la vie humaine, que tous désirent. Pour Thomas, c'est elle qui donne leur sens à nos actes : un sens que nous trouvons dans notre nature, et que nous ne créons pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Somme théologique, I-II, q. 1, a. 1 à 7 (1271)
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi fait-on ce que l'on fait ? Pour une raison, qui renvoie à une autre raison, et ainsi de suite. Thomas d'Aquin demande si cette chaîne peut ne jamais finir. Sa réponse est non : si rien ne s'arrêtait quelque part, on ne désirerait rien et on ne commencerait rien. Il existe donc un but final de la vie humaine, voulu pour lui-même, et c'est lui qui donne leur sens à tous les autres buts. Pour Thomas, ce but est inscrit dans notre nature de créature qui veut et qui choisit. Il est donc donné, et non inventé. Cette page présente seulement la preuve qu'un tel but existe et que tous le désirent. En quoi il consiste est une autre question, que Thomas traite ensuite.

P1Les actions proprement humaines viennent d'une volonté délibérée, et l'objet de la volonté est la fin et le bien. Donc toute action humaine est faite pour une fin.
P2Dans une série de fins qui dépendent les unes des autres, on ne peut pas remonter à l'infini. Si le premier terme manque, ceux qui en dépendent manquent aussi.
P3 · prémisse impliciteSi les actions humaines sont faites pour des fins et qu'il n'existait aucune fin dernière, la série des fins irait à l'infini : rien ne la fermerait, et on ne la ferait pas tourner en rond non plus.
P4Tout ce que l'homme veut, il le veut pour sa fin ultime. Tous désirent donc la fin ultime, du moins en tant qu'elle est leur propre accomplissement, même s'ils ne s'accordent pas sur ce qui l'accomplit.
Donc il existe une fin dernière de la vie humaine, que tous désirent. Pour Thomas, c'est elle qui donne leur sens à nos actes : un sens que nous trouvons dans notre nature, et que nous ne créons pas.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où nos actions ont des buts, où la série n'est pas infinie, mais où il n'y a pas de but final : par exemple, plusieurs buts voulus pour eux-mêmes, qui ne se rejoignent pas.
Valide avec P3. P1 dit que nos actes ont des buts. P2 dit que la série des buts ne peut pas être infinie. P3 relie les deux : sans but final, la série serait infinie. On conclut qu'il y a un but final. P4 ajoute que tous le désirent. Sans P3, on peut admettre P1 et P2 et refuser de conclure : rien n'empêche alors une série de buts qui s'arrête sans point final, ou qui tourne en rond. La dernière phrase de la conclusion (que ce but donne leur sens à nos actes) est une lecture de Thomas : la logique établit seulement qu'il existe un but final.
Analogie. Quelqu'un cherche un livre pour le prêter, le prête pour faire plaisir, fait plaisir pour se faire aimer, veut être aimé pour... À un moment, la question « pourquoi ? » s'arrête : parce que c'est bon d'être aimé, sans autre raison derrière. Si elle ne s'arrêtait jamais, personne n'aurait même commencé à chercher le livre.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme 1945 · attaque la conclusion

Pour Sartre, le but de la vie humaine n'est pas donné d'avance, parce que l'homme n'a pas de nature fixe. Il écrit : « il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir ». L'homme existe d'abord, se définit ensuite, et c'est à chacun de donner un sens à sa vie. Si c'est vrai, la fin dernière de Thomas n'est qu'un préjugé hérité de l'idée que Dieu a pensé l'homme comme un artisan pense un couteau.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1945, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Thomas est mort en 1274 : il ne peut pas répondre à Sartre. Notre résumé : l'argument de la q. 1 ne part pas d'un concept divin de l'homme, mais de ce qu'est une action voulue (a. 1, P1). Sartre ne nie d'ailleurs pas que chaque acte ait un but : il écrit que l'homme est « tel qu'il se veut » (§8) et que « c'est à vous de lui donner un sens » à la vie (§25). Le désaccord porte donc sur deux points : y a-t-il un seul but dernier commun à tous (Thomas) ou chacun fait-il son projet (Sartre) ? Et ce but est-il découvert dans la nature humaine ou choisi ? Voir l'argument « sartre-sens-a-creer ».
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe 1942 · attaque la conclusion

Désirer une fin dernière ne prouve pas qu'elle existe. Camus écrit : « L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde. » Nous avons soif de sens, et le monde ne répond pas. Que tous les hommes désirent un accomplissement (P4) ne montre pas que le monde le leur offre.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1942, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : l'argument de Thomas n'infère pas l'existence de la fin dernière du seul fait qu'on la désire. Il part de la structure de l'action (a. 4) : « s'il n'y avait pas de fin dernière, on ne désirerait rien ». Mais il montre seulement qu'une fin dernière est nécessaire pour qu'il y ait un désir, pas que le désir sera comblé : c'est à la question suivante (q. 2-3) que Thomas affirme que Dieu seul peut l'accomplir. Camus, lui, accepte qu'un appel existe et refuse qu'on lui invente une réponse. Voir l'argument « camus-absurde-refus-suicide ».
Baruch Spinoza, Éthique I, appendice 1677 · attaque la conclusion

Spinoza accorde que les hommes agissent toujours en vue d'une fin, celle de leur utilité. Mais il nie que la nature, elle, ait un but : il écrit que « la Nature n'a aucune fin à elle prescrite » et que « toutes les causes finales ne sont rien que des fictions des hommes ». Nous prêtons à l'univers les buts que nous avons nous-mêmes, parce que nous ignorons les vraies causes. Un « sens donné » serait alors une projection de notre désir.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1677, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Spinoza naît en 1632 et Thomas meurt en 1274 : le débat n'a pas eu lieu. Notre résumé : Spinoza ne conteste pas P1 (nos actes ont des fins), seulement qu'on en conclue à un but inscrit dans la nature ou voulu par Dieu. Thomas lie au contraire la fin dernière de l'homme à un Dieu qui l'ordonne (q. 2-3), ce que Spinoza rejette comme préjugé. La question reste ouverte : un but que tous désirent suffit-il à faire un sens « donné », ou n'est-ce qu'un fait sur notre psychologie ?
Thomas Hobbes, Léviathan, chap. 11 1651 · attaque la prémisse 3

Hobbes nie qu'il existe un but final : « ce finis ultimus (fin dernière) et ce summum bonum (souverain bien) dont on parle dans les livres des anciens moralistes n'existent pas ». Pour lui, « la félicité est une continuelle marche en avant du désir d'un objet à un autre ». Le désir ne s'arrête jamais : avoir atteint une chose n'est que le chemin vers la suivante.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1651, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Hobbes vise justement les « anciens moralistes » dont Thomas fait partie, mais Thomas est mort 377 ans plus tôt. Dans son texte, Thomas écrit que s'il n'y avait pas de fin dernière, « l'intention de l'agent ne pourrait se reposer » (a. 4) : il tient donc que l'absence de repos final rendrait l'action impossible, ce que Hobbes accepte comme description de la vie. Le désaccord est net : un désir sans terme est-il une vie réussie (Hobbes) ou un désir « vain » (Aristote, Thomas) ?