Rien que des représentations : on perçoit sans objet extérieur
Vijñaptimātra (« rien que des représentations ») ; les Vingt vers ; l'idéalisme bouddhiste ; le Yogācāra
Ce que nous percevons n'est que représentation (vijñaptimātra) : il n'y a pas d'objet extérieur derrière nos perceptions.
On perçoit parfois sans objet extérieur, comme en rêve, et l'idée d'un objet fait d'atomes se contredit elle-même.
« Rien que des représentations : on perçoit sans objet extérieur » est un argument de Vasubandhu (Vasubandhu, Viṃśatikā (Vingt vers sur la représentation seule), IVe-Ve siècle, 400) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : tout est dans l'esprit). Sa thèse : Ce que nous percevons n'est que représentation (vijñaptimātra) : il n'y a pas d'objet extérieur derrière nos perceptions. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6, P7). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu rêves que tu marches dans une forêt. Tu vois les arbres à un endroit précis, à un moment précis, tu entends des oiseaux, tu as peur d'un loup. Pourtant, il n'y a ni forêt, ni loup, seulement ton esprit. Vasubandhu, un moine et penseur indien du IVe ou Ve siècle, en tire une thèse radicale : tout ce que nous percevons n'est que « représentation » (vijñapti), même éveillés. On lui objecte que nos perceptions sont ordonnées (dans un lieu, à un moment), partagées (plusieurs personnes voient la même chose) et efficaces (les objets agissent). Il répond que le rêve et surtout l'enfer prouvent le contraire : tous les damnés voient les mêmes gardiens, qui n'existent pas. Il ajoute que l'atome, la brique de la matière des réalistes, est contradictoire. Attention : les spécialistes discutent de ce que Vasubandhu affirme au juste (voir le débat plus bas). Et sa visée est religieuse : comprendre que nos objets sont des projections pour s'en libérer.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6 et P7, on peut accepter les rêves, les damnés et l'atome incohérent, et pourtant croire qu'il existe des objets extérieurs, composés autrement que par des atomes indivisibles. Rien dans P1 à P5 ne l'interdit.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
LLes réalistes de l'Abhidharma 400 · attaque la prémisse 5Les réalistes bouddhistes (l'école Vaibhāṣika) tiennent que le monde est fait d'éléments réels. Le texte de Vasubandhu prête à l'adversaire l'objection suivante : pourquoi ne pas dire que ce sont les assemblages d'atomes, et non les atomes isolés, qui peuvent être éclairés ou cachés ? Un assemblage est un tout, pas un simple tas d'atomes.
Vasubandhu répond
Les réalistes bouddhistes (l'école Vaibhāṣika) tiennent que le monde est fait d'éléments réels. Le texte de Vasubandhu prête à l'adversaire l'objection suivante : pourquoi ne pas dire que ce sont les assemblages d'atomes, et non les atomes isolés, qui peuvent être éclairés ou cachés ? Un assemblage est un tout, pas un simple tas d'atomes.
Un adversaire réaliste (objection posée par Vasubandhu lui-même) 400 · attaque la prémisse 2Il y a une grande différence entre l'état de veille et le rêve. Tout le monde reconnaît que les objets du rêve ne sont pas réels, mais produits par l'esprit. Ce n'est pas le cas des objets de l'état de veille.
Vasubandhu répond
Il y a une grande différence entre l'état de veille et le rêve. Tout le monde reconnaît que les objets du rêve ne sont pas réels, mais produits par l'esprit. Ce n'est pas le cas des objets de l'état de veille.
KKumārila Bhaṭṭa (école Mīmāṃsā) 640 · attaque la conclusionKumārila, philosophe de l'école Mīmāṃsā (vers 600-660), consacre un chapitre de son Ślokavārttika, le Nirālambanavāda, à réfuter la thèse d'une connaissance sans objet extérieur. Selon les résumés que nous avons, il soutient que celui qui nie l'objet extérieur à partir de l'analogie du rêve ne peut rendre compte ni de l'action tournée vers un but ni de l'erreur de perception. Il soutient aussi que la thèse se contredit : sa preuve est, ou bien intérieure à l'esprit (donc non objective), ou bien extérieure (et alors elle contredit la thèse).
sans réponse
Kumārila, philosophe de l'école Mīmāṃsā (vers 600-660), consacre un chapitre de son Ślokavārttika, le Nirālambanavāda, à réfuter la thèse d'une connaissance sans objet extérieur. Selon les résumés que nous avons, il soutient que celui qui nie l'objet extérieur à partir de l'analogie du rêve ne peut rendre compte ni de l'action tournée vers un but ni de l'erreur de perception. Il soutient aussi que la thèse se contredit : sa preuve est, ou bien intérieure à l'esprit (donc non objective), ou bien extérieure (et alors elle contredit la thèse).