QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Ce n'est pas comment est le monde qui est mystique, mais qu'il soit
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le mystère premier

Ce n'est pas comment est le monde qui est mystique, mais qu'il soit

Le mystique du Tractatus ; « que le monde soit »

Ludwig Wittgenstein 1889 · 1951Les limites de mon langage sont les limites de mon monde.
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Ce qu'il soutient

L'existence du monde n'est pas un problème que la science peut résoudre : c'est ce qui se montre et devant quoi on s'étonne, sans pouvoir le dire par une explication.

Pourquoi

L'existence du monde n'est pas un fait de plus dans le monde, donc aucune explication scientifique ne peut y répondre.

La même idée à travers l'histoire
Ludwig Wittgenstein1921Dans le Tractatus, à la fin du livre, Wittgenstein sépare ce que la science peut dire (comment est le monde) de ce qui se montre (qu'il soit). Ce second point est « le mystique ».
Ludwig Wittgenstein1929Dans une conférence à Cambridge, Wittgenstein décrit l'expérience qui fonde ce passage : s'étonner de l'existence du monde, tout en voyant que les mots pour le dire sont mal employés.
Martin Heidegger1935Heidegger pose lui aussi l'existence de l'étant comme ce devant quoi on s'étonne, dans un langage très différent. Ce rapprochement est de notre fait : ni l'un ni l'autre ne cite son vis-à-vis dans ces textes.
En bref

« Ce n'est pas comment est le monde qui est mystique, mais qu'il soit » est un argument de Ludwig Wittgenstein (Tractatus logico-philosophicus, 1921, 6.44-6.522 ; Conférence sur l'éthique, 1929, 1921) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le mystère premier). Sa thèse : L'existence du monde n'est pas un problème que la science peut résoudre : c'est ce qui se montre et devant quoi on s'étonne, sans pouvoir le dire par une explication. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Tractatus logico-philosophicus, 1921, 6.44-6.522 ; Conférence sur l'éthique, 1929
Valide avec une prémisse implicite

La science explique comment est le monde : pourquoi les planètes tournent, comment naissent les étoiles. Wittgenstein ajoute que même si toutes les questions scientifiques recevaient une réponse, « nos problèmes de vie » ne seraient pas touchés. Et il isole un fait que la science ne peut pas expliquer, parce qu'il n'est pas un fait de plus dans le monde : qu'il y ait un monde. C'est cela, écrit-il, qui est « le mystique ». Il ne propose pas de réponse à « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » : il dit que cette question nous renvoie à ce qui se montre, qu'on ne peut que contempler en silence.

P1Ce n'est pas comment est le monde qui est le mystique, mais qu'il soit.
P2Même si toutes les questions scientifiques possibles recevaient une réponse, les problèmes de notre vie ne seraient pas touchés.
P3Il y a de l'indicible : cela se montre, c'est le mystique.
P4L'expérience existe : on peut s'étonner de l'existence du monde et dire « comme c'est extraordinaire que quoi que ce soit existe ».
P5 · prémisse impliciteLe fait qu'il y ait un monde n'est pas un fait de plus à l'intérieur du monde : aucune réponse scientifique, qui explique un fait par d'autres faits, ne peut le rendre compte.
Donc l'existence du monde n'est pas un problème que la science peut résoudre : c'est ce qui se montre et devant quoi on s'étonne, sans pouvoir le dire par une explication.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on peut accepter P1 à P4 et soutenir qu'une théorie physique expliquera un jour l'existence de l'univers : l'étonnement serait alors une étape avant la science, non un rappel de ses limites. P5 interdit cette réponse en posant que l'existence n'est pas un fait explicable par d'autres faits.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. P1 situe le mystique dans l'existence du monde ; P2 dit que la science ne touche pas aux problèmes de la vie ; P5 relie ces deux points : l'existence du monde n'est pas un fait comme les autres, donc la science ne l'explique pas ; P3 ajoute que ce qui reste se montre ; P4 donne l'expérience qui sert de point de départ. La prémisse la plus discutée est P5.
Analogie. Une carte du monde peut montrer toutes les routes, toutes les villes, tous les fleuves. Elle ne dit pas pourquoi la carte existe, ni ce que c'est que « être sur la terre ». Le monde est la carte entière ; qu'il y ait une carte n'est pas une route de plus qu'on y trouverait.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Wittgenstein lui-même (Tractatus 6.5) 1921 · attaque la conclusion

Quelques lignes avant, Wittgenstein écrit : « D'une réponse qu'on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question. Il n'y a pas d'énigme. » Si la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse dicible, on ne peut même pas la formuler : il n'y a donc pas de mystère à résoudre, seulement un étonnement.

Wittgenstein répond
Ludwig Wittgenstein
Wittgenstein maintient pourtant qu'il y a de l'indicible : cela se montre, et c'est le mystique.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord d'interprétation : « il n'y a pas d'énigme » nie-t-il le mystère (la question est vide) ou le déplace-t-il (elle n'a pas de réponse dicible, mais on s'en étonne) ? Les lecteurs du Tractatus se partagent.
Bertrand Russell 1922 · attaque la prémisse 3

Russell, qui présente le livre, trouve « un sentiment d'inconfort intellectuel » : Wittgenstein parle beaucoup de ce dont il dit qu'on ne peut pas parler. Il se demande s'il n'existerait pas une hiérarchie de langages, chacun disant la structure du précédent, et si, dans ce cas, le domaine « mystique » ne disparaîtrait pas : il ne serait qu'une fiction.

sans réponse
Wittgenstein a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Russell note lui-même la défense de Wittgenstein : ce qu'il appelle le mystique peut être montré, bien qu'on ne puisse pas le dire. Il reconnaît que cette défense peut être suffisante, tout en gardant son malaise. La réponse de Wittgenstein ne figure pas dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : montrer sans dire est-il une position tenable, ou un contournement ? Il n'y a pas de réponse largement acceptée.
Rudolf Carnap et le Cercle de Vienne 1932 · attaque la conclusion

Carnap et le Cercle de Vienne reprennent du Tractatus l'idée que ce qui n'est ni vérifiable ni une règle de logique n'a pas de sens, mais ils en tirent la conséquence inverse : les phrases de la métaphysique sont des pseudo-énoncés. Elles n'expriment pas de savoir, mais un sentiment devant la vie, comme le fait l'art. Pour eux, « que le monde soit » n'est donc pas un mystère : c'est un sentiment qui s'exprime mal dans le langage de la connaissance.

Wittgenstein répond
Ludwig Wittgenstein 1929 · Réponse anticipée (1929)
Dans la Conférence sur l'éthique, Wittgenstein admet lui-même que dire « je m'étonne de l'existence du monde » est un abus du langage. Mais il juge que cette tendance de l'esprit humain mérite un profond respect et qu'il ne la ridiculiserait pour rien au monde.
Le débat continue (notre résumé) Les deux positions se recoupent plus qu'elles ne s'opposent : les deux disent que la phrase est mal formée. Elles divergent sur la valeur : pour Carnap, c'est un sentiment qu'on peut exprimer par l'art sans prétendre au savoir ; pour Wittgenstein, c'est ce qui compte le plus et qu'il faut garder en silence. Notre résumé de Carnap n'a pas été vérifié sur le texte.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond sur la valeur de ce qui ne se dit pas : simple sentiment (Carnap) ou ce qui importe le plus (Wittgenstein). Aucun camp n'a convaincu l'autre.