Ce n'est pas comment est le monde qui est mystique, mais qu'il soit
Le mystique du Tractatus ; « que le monde soit »
L'existence du monde n'est pas un problème que la science peut résoudre : c'est ce qui se montre et devant quoi on s'étonne, sans pouvoir le dire par une explication.
L'existence du monde n'est pas un fait de plus dans le monde, donc aucune explication scientifique ne peut y répondre.
« Ce n'est pas comment est le monde qui est mystique, mais qu'il soit » est un argument de Ludwig Wittgenstein (Tractatus logico-philosophicus, 1921, 6.44-6.522 ; Conférence sur l'éthique, 1929, 1921) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le mystère premier). Sa thèse : L'existence du monde n'est pas un problème que la science peut résoudre : c'est ce qui se montre et devant quoi on s'étonne, sans pouvoir le dire par une explication. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
La science explique comment est le monde : pourquoi les planètes tournent, comment naissent les étoiles. Wittgenstein ajoute que même si toutes les questions scientifiques recevaient une réponse, « nos problèmes de vie » ne seraient pas touchés. Et il isole un fait que la science ne peut pas expliquer, parce qu'il n'est pas un fait de plus dans le monde : qu'il y ait un monde. C'est cela, écrit-il, qui est « le mystique ». Il ne propose pas de réponse à « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » : il dit que cette question nous renvoie à ce qui se montre, qu'on ne peut que contempler en silence.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, on peut accepter P1 à P4 et soutenir qu'une théorie physique expliquera un jour l'existence de l'univers : l'étonnement serait alors une étape avant la science, non un rappel de ses limites. P5 interdit cette réponse en posant que l'existence n'est pas un fait explicable par d'autres faits.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Wittgenstein lui-même (Tractatus 6.5) 1921 · attaque la conclusionQuelques lignes avant, Wittgenstein écrit : « D'une réponse qu'on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question. Il n'y a pas d'énigme. » Si la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse dicible, on ne peut même pas la formuler : il n'y a donc pas de mystère à résoudre, seulement un étonnement.
Wittgenstein répond
Quelques lignes avant, Wittgenstein écrit : « D'une réponse qu'on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question. Il n'y a pas d'énigme. » Si la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse dicible, on ne peut même pas la formuler : il n'y a donc pas de mystère à résoudre, seulement un étonnement.
Bertrand Russell 1922 · attaque la prémisse 3Russell, qui présente le livre, trouve « un sentiment d'inconfort intellectuel » : Wittgenstein parle beaucoup de ce dont il dit qu'on ne peut pas parler. Il se demande s'il n'existerait pas une hiérarchie de langages, chacun disant la structure du précédent, et si, dans ce cas, le domaine « mystique » ne disparaîtrait pas : il ne serait qu'une fiction.
sans réponse
Russell, qui présente le livre, trouve « un sentiment d'inconfort intellectuel » : Wittgenstein parle beaucoup de ce dont il dit qu'on ne peut pas parler. Il se demande s'il n'existerait pas une hiérarchie de langages, chacun disant la structure du précédent, et si, dans ce cas, le domaine « mystique » ne disparaîtrait pas : il ne serait qu'une fiction.
Rudolf Carnap et le Cercle de Vienne 1932 · attaque la conclusionCarnap et le Cercle de Vienne reprennent du Tractatus l'idée que ce qui n'est ni vérifiable ni une règle de logique n'a pas de sens, mais ils en tirent la conséquence inverse : les phrases de la métaphysique sont des pseudo-énoncés. Elles n'expriment pas de savoir, mais un sentiment devant la vie, comme le fait l'art. Pour eux, « que le monde soit » n'est donc pas un mystère : c'est un sentiment qui s'exprime mal dans le langage de la connaissance.
Wittgenstein répond
Carnap et le Cercle de Vienne reprennent du Tractatus l'idée que ce qui n'est ni vérifiable ni une règle de logique n'a pas de sens, mais ils en tirent la conséquence inverse : les phrases de la métaphysique sont des pseudo-énoncés. Elles n'expriment pas de savoir, mais un sentiment devant la vie, comme le fait l'art. Pour eux, « que le monde soit » n'est donc pas un mystère : c'est un sentiment qui s'exprime mal dans le langage de la connaissance.