Ludwig Wittgenstein
Les limites de mon langage sont les limites de mon monde.
Ludwig Wittgenstein (1889 – 1951, Autriche, Royaume-Uni) : philosophie analytique. Beaucoup de problèmes de philosophie viennent d'un malentendu sur la façon dont fonctionne notre langage. Le jeune Wittgenstein (Tractatus, 1921) trace la frontière de ce qui peut se dire : les faits du monde. Sur AskPhilosophy : 6 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 4 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Deux Wittgenstein
Le Tractatus, écrit pendant la Première Guerre mondiale : une phrase est une image d'un fait ; ce qui n'est pas un fait ne peut pas se dire. Il pense alors avoir résolu les problèmes « pour l'essentiel ». Les Recherches philosophiques, achevées vers 1945-1946 et publiées après sa mort : le langage est une boîte à outils, fait de jeux variés liés à nos activités. Dans leur préface, il écrit avoir dû reconnaître de « graves erreurs » dans son premier livre, et souhaite que les deux soient publiés ensemble : les nouvelles pensées ne prennent leur sens que par contraste avec les anciennes.
Pourquoi il compte
Il a inspiré deux grands courants opposés du XXe siècle : le Cercle de Vienne lisait le Tractatus comme une machine contre la métaphysique ; la philosophie du « langage ordinaire » d'Oxford est partie des Recherches. Ses images sont devenues des outils de pensée : l'échelle qu'on jette après y être monté, les jeux de langage, les airs de famille, le scarabée dans la boîte, la mouche dans la bouteille.
Son époque
Né dans l'une des familles les plus riches de Vienne, il étudie l'ingénierie, puis rejoint Russell à Cambridge en 1911. Volontaire dans l'armée autrichienne en 1914, il écrit le Tractatus pendant la guerre et en envoie le manuscrit à Russell depuis un camp de prisonniers en Italie. Il donne ensuite sa fortune et devient instituteur dans des villages autrichiens. Revenu à Cambridge en 1929, il y enseigne jusqu'en 1947, mais ne publie plus aucun livre de son vivant.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveIl ne se dit ni croyant ni athée. Pour lui, « Dieu ne se révèle pas dans le monde » et le langage religieux, comme le langage éthique, essaie de dire ce qui ne peut pas se dire. Mais il refuse de s'en moquer : c'est une tendance de l'esprit humain qu'il « respecte profondément ».
Ni empiriste ni rationaliste au sens classique. La logique est connue sans l'expérience, mais elle ne dit rien du monde : ce sont des tautologies. Tout ce qui dit quelque chose du monde relève des sciences de la nature.
Il ne réfute pas le scepticisme radical : il le juge « dépourvu de sens », car on ne peut douter que là où une question peut se poser. En 1918, il tient même la vérité de son livre pour « intangible et définitive », avant de la remettre en cause.
Ni dualiste ni matérialiste : il veut dissoudre la question plutôt que la trancher. Il nie l'existence d'un « sujet pensant » dans le monde (Tractatus), puis critique l'idée que nos mots de sensation désignent des objets intérieurs privés (Recherches), tout en refusant d'être un « béhavioriste déguisé ».
Une position à part. Dans le Tractatus, croire au lien de cause à effet est une « superstition », et le libre arbitre consiste en ceci que nos actions futures ne peuvent pas être connues maintenant. Mais le monde, lui, est indépendant de notre volonté.
Ni réaliste ni relativiste. Aucun fait du monde n'a de valeur absolue, donc il n'y a pas de « propositions éthiques ». Mais il refuse aussi la formule de Hamlet (« c'est la pensée qui rend bon ou mauvais ») : un état d'esprit, en tant que fait, n'est pas non plus bon ou mauvais. La valeur est hors du monde.
La raison scientifique ne peut ni prouver ni réfuter l'éthique et la religion : même si toutes les questions scientifiques étaient résolues, les problèmes de la vie ne seraient pas touchés. Ce ne sont pas des affaires de preuve.
Le sens du monde existe peut-être, mais il est « hors du monde » et ne peut pas se dire. Ceux qui l'ont trouvé « n'ont pu dire en quoi ce sens consistait » : le problème de la vie se résout en disparaissant.
Il ne traite pas cette question dans nos textes.
Il n'a pas écrit de philosophie politique.
Ni morale du devoir ni morale des conséquences : l'éthique « n'a rien à voir avec le châtiment et la récompense au sens usuel ». Elle tient à une manière de voir le monde comme un tout : « le monde de l'homme heureux est un autre monde que celui de l'homme malheureux ».