Ludwig Wittgenstein
Les limites de mon langage sont les limites de mon monde.
Le langage privé et le scarabée dans la boîte
Un langage strictement privé est impossible. Le mot « douleur » ne tire pas son sens d'un objet caché dans une boîte : il remplace le cri, il s'apprend et s'emploie en public.
Un mot a besoin d'un critère d'emploi correct indépendant de l'impression de celui qui parle, ce qui manque à un langage privé.
Une idée très répandue, chez Descartes, Locke et bien d'autres : ce que je ressens, moi seul le connais vraiment, et mes mots pour le dire tirent leur sens de ce que je vois en moi. Wittgenstein imagine un langage dont les mots ne désigneraient que mes sensations privées, et montre qu'un tel langage ne peut pas fonctionner. Ces paragraphes sont parmi les plus commentés du XXe siècle, et on ne s'accorde pas sur leur structure exacte : ce qui suit est une reconstruction.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P1, l'ordinateur trouve un signe privé qui a un sens sans aucun critère de correction : un mot qu'on ne pourrait jamais mal employer, mais qui voudrait quand même dire quelque chose.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Descartes (Méditations, II) 1641 · attaque la prémisse 3Ce que je ressens, je le connais avec une certitude que rien n'égale. Même si je rêve, « il me semble que je vois de la lumière, que j'entends du bruit, et que je sens de la chaleur ; cela ne peut être faux ». L'accès à mes propres sensations n'est pas une simple impression : c'est le contrôle le plus sûr qui soit.
Wittgenstein répond
Ce que je ressens, je le connais avec une certitude que rien n'égale. Même si je rêve, « il me semble que je vois de la lumière, que j'entends du bruit, et que je sens de la chaleur ; cela ne peut être faux ». L'accès à mes propres sensations n'est pas une simple impression : c'est le contrôle le plus sûr qui soit.
A. J. Ayer (« Un langage privé est-il possible ? ») 1954 · attaque la prémisse 2Toute vérification finit par reposer sur la mémoire ou les impressions de quelqu'un, même en public : pour consulter un horaire, je dois me fier à ce que je vois et à ce dont je me souviens. Si la mémoire ne suffit jamais, aucun langage n'est possible ; si elle suffit, un Robinson isolé depuis sa naissance pourrait nommer ses propres sensations.
sans réponse
Toute vérification finit par reposer sur la mémoire ou les impressions de quelqu'un, même en public : pour consulter un horaire, je dois me fier à ce que je vois et à ce dont je me souviens. Si la mémoire ne suffit jamais, aucun langage n'est possible ; si elle suffit, un Robinson isolé depuis sa naissance pourrait nommer ses propres sensations.
Objection anticipée par Wittgenstein attaque la conclusionSi le mot « douleur » ne désigne pas un objet intérieur, alors la sensation elle-même n'est rien. Tu es un béhavioriste déguisé : pour toi, tout est fiction sauf le comportement.
Wittgenstein répond
Si le mot « douleur » ne désigne pas un objet intérieur, alors la sensation elle-même n'est rien. Tu es un béhavioriste déguisé : pour toi, tout est fiction sauf le comportement.