Arthur Schopenhauer
La vie oscille entre la souffrance et l'ennui.
Le génie de l'espèce
L'amoureux croit poursuivre son propre bonheur, mais il sert l'espèce. Une fois le grand œuvre accompli, il se découvre trompé : l'illusion qui faisait de lui la dupe de l'espèce a disparu.
L'amour n'est qu'un instinct sexuel précisé, qui nous trompe par une illusion au service de l'espèce.
Pour Schopenhauer, les poètes ont raison de parler d'amour sans cesse : c'est une passion immense. Mais ils se trompent sur sa cause. Derrière l'amour le plus éthéré, il n'y a que l'instinct sexuel, devenu plus précis. Et cet instinct ne travaille pas pour toi : il travaille pour la génération suivante. Celui que Schopenhauer appelle le « génie de l'espèce » examine, à travers tes yeux, quel enfant pourrait naître de deux personnes données. Pour que tu t'y prêtes, il te fait croire que cette personne-là, et nulle autre, te rendra heureux. Quand le but est atteint, l'illusion tombe, et l'amoureux se sent trompé.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'amour n'est qu'un instinct sexuel précisé, qui vise l'enfant à venir par une illusion, et où pourtant l'amoureux n'est pas trompé : le bonheur promis est bien au rendez-vous.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Platon 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Dans le Banquet, Socrate rapporte la leçon de Diotime. L'amour commence par l'attrait d'un beau corps, mais il n'en reste pas là : il monte de la beauté d'un seul corps à celle de tous les corps, puis à celle des âmes, des activités et des connaissances, jusqu'au beau lui-même. L'amour n'est donc pas seulement un instinct sexuel plus précis : il peut devenir désir de la beauté en elle-même.
Schopenhauer répond
Dans le Banquet, Socrate rapporte la leçon de Diotime. L'amour commence par l'attrait d'un beau corps, mais il n'en reste pas là : il monte de la beauté d'un seul corps à celle de tous les corps, puis à celle des âmes, des activités et des connaissances, jusqu'au beau lui-même. L'amour n'est donc pas seulement un instinct sexuel plus précis : il peut devenir désir de la beauté en elle-même.
DDavid Buss 1989 · attaque la prémisse 2Le psychologue David Buss teste dans 37 échantillons, venus de 33 pays, des prédictions tirées de la théorie de l'évolution. Résultat : les femmes accordent plus de valeur aux signes de ressources chez un partenaire, et les hommes aux signes de capacité de reproduction. Cela donne en partie raison à Schopenhauer : le choix amoureux n'est pas arbitraire, il suit des pressions liées à la reproduction. Mais Buss l'explique par des stratégies de reproduction propres à chaque sexe, façonnées par la sélection, et non par un génie de l'espèce qui penserait à la génération future.
sans réponse
Le psychologue David Buss teste dans 37 échantillons, venus de 33 pays, des prédictions tirées de la théorie de l'évolution. Résultat : les femmes accordent plus de valeur aux signes de ressources chez un partenaire, et les hommes aux signes de capacité de reproduction. Cela donne en partie raison à Schopenhauer : le choix amoureux n'est pas arbitraire, il suit des pressions liées à la reproduction. Mais Buss l'explique par des stratégies de reproduction propres à chaque sexe, façonnées par la sélection, et non par un génie de l'espèce qui penserait à la génération future.
Søren Kierkegaard 1847 · attaque la prémisse 1Dans Les Œuvres de l'amour, Kierkegaard écrit que l'amour que chantent les poètes est, caché, un amour de soi. Mais il n'en conclut pas que tout amour est de l'instinct : au-dessus de cet amour d'inclination, il place l'amour du prochain, qui est un devoir (« tu aimeras ») et ne dépend d'aucun penchant, donc d'aucun instinct sexuel.
sans réponse
Dans Les Œuvres de l'amour, Kierkegaard écrit que l'amour que chantent les poètes est, caché, un amour de soi. Mais il n'en conclut pas que tout amour est de l'instinct : au-dessus de cet amour d'inclination, il place l'amour du prochain, qui est un devoir (« tu aimeras ») et ne dépend d'aucun penchant, donc d'aucun instinct sexuel.