PhilosophesThomas d'Aquin

Thomas d'Aquin

La foi et la raison ne peuvent se contredire.

Thomisme (scolastique) · Aristotélisme1225 – 1274 ItalieThéologienAristotélicien chrétienPenseur de la loi naturelleFrère dominicain
Somme théologique, I-II, q. 26, art. 4

Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un

Ce qu'il soutient

L'amour au sens plein est l'amour d'amitié : vouloir du bien à quelqu'un pour lui-même.

Pourquoi

Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un ; aimer une chose pour soi dépend de l'amour d'une personne pour elle-même.

Valide avec une prémisse implicite

Quand on dit « j'aime ce plat » et « j'aime ma sœur », on parle de deux choses très différentes. Thomas d'Aquin le montre à partir d'une phrase d'Aristote : aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un. L'amour a donc deux termes : le bien qu'on veut, et celui à qui on le veut. Quand on aime quelqu'un pour lui-même, c'est l'amour d'amitié. Quand on aime une chose pour un autre, par exemple le vin pour le plaisir qu'on en tire, c'est l'amour de convoitise. Le second dépend du premier, comme ce qui existe en autre chose dépend de ce qui existe par soi. L'amour au sens plein est donc de vouloir le bien de quelqu'un pour lui.

P1Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un (Aristote).
P2L'amour tend donc vers deux termes : le bien qu'on veut à quelqu'un (soi ou un autre), et celui à qui on veut ce bien.
P3Ce qu'on aime d'un amour d'amitié est aimé purement et pour lui-même ; ce qu'on aime d'un amour de convoitise est aimé pour un autre. Le second dépend du premier, comme l'être relatif dépend de l'être pur et simple.
P4 · prémisse impliciteL'amour qui n'est pas relatif à un autre amour est l'amour au sens propre : celui qui veut le bien de quelqu'un pour lui-même.
L'amour au sens plein est l'amour d'amitié : vouloir du bien à quelqu'un pour lui-même.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les deux amours existent, l'amitié dépendant de la convoitise, et où l'amour au sens plein est le désir de posséder. Les autres prémisses sont vraies, la conclusion est fausse.
Valide avec P4. Sans elle, on distingue deux sortes d'amour dont l'une dépend de l'autre, mais on ne dit pas laquelle mérite le nom d'amour. P4 reprend l'idée de Thomas : ce qui est premier et ne dépend de rien est le sens propre du mot, les autres sens étant dérivés. C'est la prémisse que contestent ceux qui font du manque ou du désir le cœur de l'amour.
Analogie. On aime le miel pour son goût, et on aime l'apicultrice pour elle-même. Dans le premier cas, la personne qui profite du miel est le vrai but ; dans le second, c'est elle qui est le but. Thomas dit : le premier amour est une voie pour atteindre un bien, le second est ce bien. Ses critiques répondent qu'on ne désire souvent quelqu'un que parce qu'il nous manque.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Dans le Banquet, Diotime dit que celui qui désire désire ce qu'il n'a pas et ce dont il manque. L'amour est donc d'abord un manque, le désir de posséder le bien pour toujours, et non le don de soi à un autre.

Thomas d'Aquin répond
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Thomas d'Aquin 1271 · Thomas d'Aquin (q. 26, art. 4, texte sans lien direct avec Platon)
Thomas ne nie pas ce mouvement : il l'appelle amour de convoitise, par lequel on aime une chose pour qu'elle soit le bien d'un autre ou de soi. Mais cet amour est un amour relatif : celui par lequel on aime quelqu'un pour qu'il ait du bien est l'amour pur et simple.
Le débat continue (notre résumé) Ce passage ne répond pas à Platon, que Thomas ne cite pas ici. Un platonicien répond que l'amour de l'autre pour lui-même suppose déjà que l'on soit attiré par ce qu'il a de bon, donc un manque. Un thomiste répond que le manque explique comment l'amour commence, pas ce qu'il est quand il est achevé.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur l'ordre : l'amour naît-il d'un manque (Platon) ou d'une volonté de bien (Thomas) ? Les deux reconnaissent des deux mouvements ; ils ne s'accordent pas sur celui qui définit l'amour.
François de La Rochefoucauld 1665 · attaque la prémisse 1

Pour La Rochefoucauld, l'amour-propre est « l'amour de soi-même, et de toutes choses pour soi ». Il ne se repose jamais hors de soi et ne s'arrête sur les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Ce qu'on prend pour le désir du bien d'autrui serait un intérêt déguisé.

un défenseur répond
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Joseph Butler défenseur de l'argument · 1726
Butler soutient, dans ses Sermons (1726), que l'amour de soi et la bienveillance sont deux affections distinctes : nous pouvons vouloir le bien d'autrui en lui-même, et la satisfaction que nous en tirons suppose que nous l'ayons d'abord voulu.
Où en est le débat (notre résumé)Ce débat sur l'égoïsme psychologique n'est pas tranché : les philosophes et les psychologues discutent encore de ce que prouvent les expériences d'empathie et d'altruisme. Thomas pose seulement qu'on peut vouloir le bien d'un autre ; il ne prouve pas que chacun le fasse.
Jean-Paul Sartre 1943 · attaque la prémisse 4

Pour Sartre, l'amour est par essence une duperie : aimer, c'est vouloir qu'on m'aime, donc vouloir que l'autre veuille que je l'aime. L'amant veut posséder une liberté comme liberté. Il ne veut donc pas le bien de l'autre pour lui-même, il veut être aimé par lui.

sans réponse
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1943, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Un thomiste peut répondre que Sartre décrit l'amour-passion et ses pièges, non l'amour d'amitié où l'on veut que l'autre soit et se développe pour lui-même. Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, admet qu'un amour authentique reste possible, fondé sur la reconnaissance réciproque de deux libertés. Sartre répondrait que cet amour reste à construire au-delà de la description.
Où en est le débat (notre résumé)Le débat reste ouvert : le désir d'être aimé est-il au cœur de tout amour (Sartre), ou seulement de l'amour-passion, l'amitié le dépassant (Thomas) ? Sartre lui-même laisse la porte ouverte à une morale du salut, sans la décrire.