L'histoire est la lutte de deux cités, nées de deux amours
Les deux cités
L'histoire a un sens, voulu par Dieu, mais il ne se lit pas dans la fortune des empires : il se joue entre les deux amours et ne sera pleinement visible qu'à la fin.
Deux amours bâtissent deux cités mêlées ici-bas ; Dieu règle le cours des royaumes selon un ordre qu'il est seul à connaître.
« L'histoire est la lutte de deux cités, nées de deux amours » est un argument d'Augustin (La Cité de Dieu, XIV, 28 ; I, 35 ; IV, 33 ; V, 15 (413-426), 420) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : un plan divin). Sa thèse : L'histoire a un sens, voulu par Dieu, mais il ne se lit pas dans la fortune des empires : il se joue entre les deux amours et ne sera pleinement visible qu'à la fin. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 410, Rome est prise et pillée par les Goths. Des païens accusent les chrétiens : les anciens dieux, qu'on ne priait plus, auraient abandonné la ville. Augustin répond par un livre immense. Son idée : l'histoire des hommes n'est pas d'abord celle des empires, mais celle de deux amours. L'amour de soi, jusqu'au mépris de Dieu, bâtit la cité terrestre ; l'amour de Dieu, jusqu'au mépris de soi, bâtit la cité céleste. Elles sont mêlées dans ce monde et ne seront séparées qu'à la fin. Dieu conduit le tout, mais on ne peut pas lire son plan dans le succès ou le malheur des royaumes : il les donne aux bons comme aux méchants.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les hommes aiment soit eux-mêmes soit Dieu, où des royaumes montent et tombent, et où rien ne dirige l'ensemble : une histoire vraie, mais sans sens voulu.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Voltaire 1756 · attaque la prémisse 3Si un Dieu bon règle le cours du monde, comment expliquer le tremblement de terre de Lisbonne et ses milliers de victimes ? On ne peut pas dire que les victimes payaient leurs crimes : quelle faute ont commise les enfants écrasés sur le sein de leur mère ? Un « plan » qui passe par de telles souffrances ne justifie rien.
Augustin répond
Si un Dieu bon règle le cours du monde, comment expliquer le tremblement de terre de Lisbonne et ses milliers de victimes ? On ne peut pas dire que les victimes payaient leurs crimes : quelle faute ont commise les enfants écrasés sur le sein de leur mère ? Un « plan » qui passe par de telles souffrances ne justifie rien.
Karl Popper 1945 · attaque la prémisse 3Voir Dieu comme l'auteur de la pièce jouée sur la scène de l'histoire, c'est une forme d'historicisme. Il n'y a pas une histoire de l'humanité, seulement beaucoup d'histoires. Celle qu'on élève au rang d'histoire du monde est celle du pouvoir politique, qui est en grande partie une histoire de crimes et de massacres : y chercher un plan revient à adorer la puissance. L'histoire n'a pas de sens à découvrir ; c'est nous qui pouvons lui en donner un par nos choix.
Augustin répond
Voir Dieu comme l'auteur de la pièce jouée sur la scène de l'histoire, c'est une forme d'historicisme. Il n'y a pas une histoire de l'humanité, seulement beaucoup d'histoires. Celle qu'on élève au rang d'histoire du monde est celle du pouvoir politique, qui est en grande partie une histoire de crimes et de massacres : y chercher un plan revient à adorer la puissance. L'histoire n'a pas de sens à découvrir ; c'est nous qui pouvons lui en donner un par nos choix.
Polybe 150 av. J.-C. · attaque la prémisse 3L'essor de Rome s'explique par la forme de sa constitution, qui mêle royauté, aristocratie et démocratie. Rome a grandi par des causes naturelles, et c'est par des causes naturelles qu'elle déclinera : on peut comprendre la grandeur et la chute des États sans faire appel à un ordre caché.
Augustin répond
L'essor de Rome s'explique par la forme de sa constitution, qui mêle royauté, aristocratie et démocratie. Rome a grandi par des causes naturelles, et c'est par des causes naturelles qu'elle déclinera : on peut comprendre la grandeur et la chute des États sans faire appel à un ordre caché.
Hegel 1820 · attaque la prémisse 3Dire que la Providence a un plan, mais que ce plan est pour nous inconnaissable et incompréhensible, laisse l'idée vide. Une Providence dont personne ne peut montrer le dessein n'explique rien de l'histoire : il faut que la raison puisse connaître le sens de l'histoire pour qu'on ait le droit de dire qu'elle en a un.
un défenseur répond
Dire que la Providence a un plan, mais que ce plan est pour nous inconnaissable et incompréhensible, laisse l'idée vide. Une Providence dont personne ne peut montrer le dessein n'explique rien de l'histoire : il faut que la raison puisse connaître le sens de l'histoire pour qu'on ait le droit de dire qu'elle en a un.