QuestionsQui suis-je vraiment ?Le soi change de corps comme on change de vêtements
Qui suis-je vraiment ?Une âme

Le soi change de corps comme on change de vêtements

L'enseignement de Krishna à Arjuna sur le soi (ātman)

Bhagavad-Gītā (texte anonyme, attribué à Vyāsa) v. 200 av. J.-C. · v. 200Le soi ne naît ni ne meurt : il quitte les corps usés comme on quitte de vieux vêtements.
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Ce qu'il soutient

Ce que je suis vraiment, c'est le soi qui reste le même sous tous les changements, et non mon corps.

Pourquoi

Le corps change sans cesse, de l'enfance à la mort, mais le soi qui l'habite ne naît ni ne meurt : c'est lui qui est vraiment « moi ».

La même idée à travers l'histoire
Bhagavad-Gītā (texte anonyme, attribué à Vyāsa)200 av. J.-C.La Gītā est un chapitre du Mahābhārata, poème sanskrit de l'Inde. Elle est attribuée par la tradition au sage Vyāsa, mais elle a sans doute été composée par plusieurs mains. Les savants la datent le plus souvent entre le IIe siècle avant et le IIe siècle de notre ère ; l'année -200 n'est qu'une valeur ronde.
En bref

« Le soi change de corps comme on change de vêtements » est un argument de Bhagavad-Gītā (texte anonyme, attribué à Vyāsa) (Bhagavad-Gītā, chap. 2, v. 12-13, 20, 22-24, 200 av. J.-C.) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : Ce que je suis vraiment, c'est le soi qui reste le même sous tous les changements, et non mon corps. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Bhagavad-Gītā, chap. 2, v. 12-13, 20, 22-24
Valide avec une prémisse implicite

Sur un champ de bataille, le guerrier Arjuna refuse de combattre : en face de lui se trouvent ses proches. Son conseiller, Krishna, commence par lui parler du soi. Ce qui est vraiment nous, dit-il, n'est pas le corps. Le corps passe de l'enfance à la jeunesse, puis à la vieillesse ; à la mort, le soi (l'ātman) passe dans un autre corps, comme on quitte des vêtements usés pour en prendre de neufs. Le soi lui-même ne naît ni ne meurt, et aucune arme ne l'atteint. C'est l'une des formulations les plus célèbres de l'idée d'une âme qui reste la même sous tous les changements (le vers 20 reprend presque mot pour mot une Upaniṣad plus ancienne, la Kaṭha). Le texte est aussi un conseil donné pour un combat, et cet usage fait lui-même débat (Gandhi, par exemple, lisait la bataille comme l'image d'un combat intérieur). Nous citons la traduction anglaise de Telang (1882), qui est du domaine public.

P1Le soi (ātman) n'est pas né et ne meurt pas ; il est durable et stable. Il n'est pas tué quand le corps est tué, et aucune arme, aucun feu, aucune eau ne l'atteint.
P2Le corps, lui, ne reste pas le même : il passe de l'enfance à la jeunesse et à la vieillesse, puis il est quitté à la mort, comme un vêtement usé que l'on change contre un neuf.
P3 · prémisse impliciteJe reste le même à travers ces changements : celui qui a été enfant, qui est vieux, et qui, selon la Gītā, aura un autre corps, c'est « moi ».
P4 · prémisse impliciteCe que je suis, c'est ce qui reste le même à travers les changements du corps, et non ce qui change.
Donc ce que je suis vraiment, c'est le soi qui reste le même sous tous les changements, et non mon corps.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le soi dure, le corps change, je reste moi-même, et pourtant je ne suis pas ce soi (par exemple si je suis un ensemble de souvenirs ou une suite d'états, qui dure sans être une substance à part).
L'argument est valide avec les prémisses cachées P3 et P4. Si je reste le même à travers les changements du corps (P3), si le soi reste le même (P1) et le corps non (P2), et si je suis ce qui reste le même (P4), alors je suis le soi. Les objections visent P1 (existe-t-il un soi distinct du corps ?), P3 (y a-t-il un « moi » qui dure ?) et P4 (ce qui dure est-il ce que je suis ?).
Analogie. Un conducteur change de voiture au fil des années : la voiture est usée, remplacée, vendue. Celui qui conduit est toujours le même. Pour la Gītā, nous sommes le conducteur, pas la voiture.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Le Bouddha (le non-soi, anattā) 450 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

Selon le Bouddha, rien dans une personne ne dure ni ne nous obéit : ni le corps, ni les sensations, ni les perceptions, ni les dispositions, ni la conscience. Aucun de ces éléments n'est « mon soi ». Il n'y a pas de soi durable derrière eux. Ce que nous prenons pour un soi n'est que cet ensemble d'éléments qui changent.

un défenseur répond
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L
L'école Nyāya (Gautama, Nyāya-sūtra, III.1) défenseur de l'argument · 150
Les logiciens de Nyāya répondent que la mémoire et la reconnaissance supposent un même sujet : on se souvient de ce qu'on a vu, et on reconnaît un objet vu hier. Un flux de moments qui changent ne pourrait pas relier hier et aujourd'hui. Il faut donc un soi distinct du corps et de l'esprit, qui dure.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord est ancien et toujours ouvert. Les deux camps acceptent que le corps change ; ils se disputent sur ce qui relie les moments de la vie.
John Locke 1694 · attaque la prémisse 4

Même s'il existait un soi immatériel qui passe d'un corps à l'autre, ce ne serait pas lui qui fait que je suis la même personne. Ce qui fait la personne, c'est la conscience que j'ai de mes actions passées. Un soi qui passerait dans un autre corps sans aucun souvenir ne serait pas « moi » pour autant.

un défenseur répond
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Thomas Reid défenseur de l'argument · 1785
Reid répond que la mémoire suppose l'identité au lieu de la faire. Si le général se souvient d'avoir été l'officier, et l'officier d'avoir été l'enfant, mais que le général ne se souvient pas de l'enfance, la thèse de Locke dit que le général est et n'est pas l'enfant. L'identité de la personne est donc autre chose que la mémoire.
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Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le débat entre mémoire et substance reste ouvert. Reid défend une identité simple, comme celle que décrit la Gītā ; mais il ne dit pas qu'elle passe d'un corps à l'autre après la mort.
L
Les Cārvāka, matérialistes indiens (d'après le résumé de Mādhava) 1350 · attaque la prémisse 1

Pour cette école, seuls existent la terre, l'eau, le feu et l'air. La conscience naît de leur mélange dans le corps, comme l'ivresse naît du mélange de certains ingrédients, et elle disparaît avec lui. Le soi n'est que le corps doué de conscience : on dit d'ailleurs « je suis gros », « je suis maigre ». Rien ne prouve un soi distinct du corps, qui passerait dans un autre.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Vyāsa) dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : la Gītā n'argumente pas contre cette école, elle affirme le soi. Les écoles qui défendent le soi (Nyāya, Vedānta) ont répondu plus tard qu'un corps mort garde sa forme et ses éléments mais n'a plus de conscience : la conscience ne serait donc pas une simple qualité du corps. Les textes des Cārvāka eux-mêmes sont perdus ; on les connaît surtout par leurs adversaires.