QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?La morale est un contrat entre êtres raisonnables : les animaux n'ont pas de droits directs
Les animaux comptent-ils autant que nous ?L'humain d'abord

La morale est un contrat entre êtres raisonnables : les animaux n'ont pas de droits directs

Le contractualisme contre les droits des animaux

Peter Carruthers né en 1952La morale est un accord entre êtres raisonnables : les animaux n'y ont pas de place directe.
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Ce qu'il soutient

Les animaux n'ont pas de statut moral direct. Nous avons envers eux des devoirs seulement indirects : par le respect des sentiments de ceux qui les aiment, et par les qualités ou défauts de caractère qu'ils font naître en nous.

Pourquoi

Si la morale est l'ensemble des règles que des êtres raisonnables accepteraient entre eux, seuls ceux-ci ont des droits directs.

La même idée à travers l'histoire
Kant1797Kant refuse aussi des devoirs directs envers les animaux et garde un devoir indirect de ne pas être cruel. Carruthers part d'ailleurs : non de la raison comme dignité, mais d'un contrat entre agents rationnels, et il traite à part le cas des humains qui ne sont pas rationnels.
Peter Carruthers1992Carruthers (1992) examine l'utilitarisme puis le contractualisme face aux animaux. Il admet des devoirs indirects, par le caractère de celui qui fait souffrir, et défend que les humains non rationnels gardent des droits.
En bref

« La morale est un contrat entre êtres raisonnables : les animaux n'ont pas de droits directs » est un argument de Peter Carruthers (The Animals Issue: Moral Theory in Practice (1992), ch. 5 à 7, 1992) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : l'humain d'abord). Sa thèse : Les animaux n'ont pas de statut moral direct. Nous avons envers eux des devoirs seulement indirects : par le respect des sentiments de ceux qui les aiment, et par les qualités ou défauts de caractère qu'ils font naître en nous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Animals Issue: Moral Theory in Practice (1992), ch. 5 à 7
Valide avec une prémisse implicite

Beaucoup pensent que faire souffrir un animal est mal parce que l'animal souffre. Carruthers demande ce que dit la meilleure théorie morale. Il choisit le contractualisme : la morale serait l'ensemble des règles que des êtres raisonnables choisiraient entre eux, derrière un voile d'ignorance (dans la version de Rawls), selon des désirs largement intéressés. Dans cette image, seuls les êtres raisonnables passent le contrat et reçoivent des droits directs. Les animaux, qui ne sont pas des agents rationnels, n'en ont donc pas. Cela n'autorise pas tout : certains actes sont mauvais à cause de ce qu'ils révèlent du caractère de celui qui les commet. Et les humains qui ne sont pas des agents rationnels (bébés, personnes très âgées) gardent des droits, par un argument de pente glissante et de stabilité sociale.

P1La morale est l'ensemble des règles sur lesquelles des agents rationnels s'accorderaient en choisissant derrière un voile d'ignorance (le contractualisme de Rawls).
P2Dans cette image, la morale est un système de règles pour l'interaction d'agents rationnels dans la société. Seuls les agents rationnels y reçoivent donc des droits directs.
P3Les animaux ne sont pas des agents rationnels au sens où le contractualisme le demande.
P4Certaines actions sont gravement mauvaises, non parce qu'elles causent un tort ou violent des droits, mais à cause de ce qu'elles révèlent du caractère de l'agent. Le contractualisme peut l'expliquer, ce qui donne un sens indirect à la cruauté envers les animaux.
P5Les humains qui ne sont pas des agents rationnels (bébés, personnes très âgées) gardent des droits, par une pente glissante et par l'intérêt de la stabilité sociale, et non parce qu'ils feraient partie du contrat.
P6 · prémisse implicitePour la morale contractualiste, avoir un statut moral direct, c'est avoir des droits directs dans le contrat. Il n'y en a pas d'autre.
Donc les animaux n'ont pas de statut moral direct. Nous avons envers eux des devoirs seulement indirects : par le respect des sentiments de ceux qui les aiment, et par les qualités ou défauts de caractère qu'ils font naître en nous.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où les animaux n'ont pas de droits dans le contrat, et où ils ont pourtant un statut moral direct, parce que leur capacité à souffrir compte pour elle-même en dehors du contrat.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P6. Si la morale est un contrat (P1) où seuls les agents rationnels ont des droits directs (P2), et si les animaux n'en sont pas (P3), ils n'ont pas de droits directs. Avec P6, ils n'ont pas non plus de statut moral direct. P4 donne le versant « devoirs indirects », et P5 répond à l'objection des cas limites. Les objections visent P3 et P5 : les animaux sont-ils vraiment non rationnels ? et pourquoi les humains non rationnels seraient-ils protégés, et pas les animaux ?
Analogie. Dans un club, les règles sont décidées par les membres, qui promettent de les respecter. Un visiteur n'a pas voté, mais on peut être poli avec lui, par habitude ou par égard pour ceux qui l'ont invité. Carruthers voit les animaux comme des visiteurs, que le club traite avec égard sans leur donner de droits de membre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Peter Singer 1974 · attaque la prémisse 5

Il ne semble y avoir aucune caractéristique pertinente que les nourrissons humains possèdent et que les mammifères adultes n'aient pas au même degré ou à un degré supérieur. Si les droits viennent de la raison, les nourrissons n'en ont pas plus que les animaux. Si on les leur donne quand même, on ne peut pas refuser le même égard à des animaux aux capacités égales.

un défenseur répond
voir l'argument
Peter Carruthers défenseur de l'argument · 1992
Carruthers répond que la position n'est pas ébranlée par le fait de ne pas donner de droits directs aux humains qui ne sont pas des agents rationnels : ces droits leur sont accordés par une version d'un argument de pente glissante et par un argument de stabilité sociale.
D
David Boonin 1994
Boonin ne discute pas l'argument de la pente glissante, mais en tire une conséquence. Pour Carruthers, il suffit que les contractants aient une raison de vouloir qu'on accorde un statut direct aux humains non rationnels pour qu'ils l'aient. Or Carruthers admet aussi que les contractants voudraient des gens qui ont de la compassion pour les animaux « pour eux-mêmes ». La même stratégie donne donc aux animaux un statut moral direct.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Singer écrit dix-huit ans avant Carruthers, qui répond dans son propre livre à l'argument des cas limites. La réponse de Carruthers s'appuie sur la stabilité sociale, c'est-à-dire sur des raisons pratiques et non sur une propriété que ces humains auraient.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. L'argument des cas limites est l'objection majeure au contractualisme appliqué aux animaux ; ses défenseurs jugent la réponse par la stabilité sociale suffisante, ses critiques non.
Martha Nussbaum 2006 · attaque la prémisse 1

La tradition du contrat social ne peut pas rendre justice aux animaux, car elle suppose que les contractants sont à peu près égaux en pouvoir et en capacité. Les animaux ne sont pas seulement l'objet de compassion et d'humanité : on leur doit aussi la justice. Nussbaum propose, à la place, d'étendre l'approche par les capacités à toutes les espèces, selon ce que chacune peut faire et être.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Carruthers dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Nussbaum écrit quatorze ans après Carruthers et vise la tradition du contrat plus largement. Nous n'avons pas relu de réponse de Carruthers à cette objection.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond sur le point de départ de la morale : un accord entre égaux (contrat) ou ce que chaque être vivant peut faire et être (capacités).
Tom Regan 1983 · attaque la prémisse 2

Pourquoi les contractants placés derrière le voile d'ignorance auraient-ils le droit de savoir à quelle espèce ils appartiendront ? S'ils l'ignoraient, ils auraient des raisons de protéger aussi les animaux, et le contrat ne réserverait plus les droits directs aux agents rationnels.

sans réponse
Carruthers a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Carruthers répond à cette difficulté dans The Animals Issue (p. 101-103, d'après Boonin), passage que nous n'avons pas lu. L'objection a été reprise depuis, notamment par Mark Rowlands.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Le débat porte sur ce que choisiraient des contractants qui ne savent pas à quelle espèce ils appartiennent.