La morale est un contrat entre êtres raisonnables : les animaux n'ont pas de droits directs
Le contractualisme contre les droits des animaux
Les animaux n'ont pas de statut moral direct. Nous avons envers eux des devoirs seulement indirects : par le respect des sentiments de ceux qui les aiment, et par les qualités ou défauts de caractère qu'ils font naître en nous.
Si la morale est l'ensemble des règles que des êtres raisonnables accepteraient entre eux, seuls ceux-ci ont des droits directs.
« La morale est un contrat entre êtres raisonnables : les animaux n'ont pas de droits directs » est un argument de Peter Carruthers (The Animals Issue: Moral Theory in Practice (1992), ch. 5 à 7, 1992) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : l'humain d'abord). Sa thèse : Les animaux n'ont pas de statut moral direct. Nous avons envers eux des devoirs seulement indirects : par le respect des sentiments de ceux qui les aiment, et par les qualités ou défauts de caractère qu'ils font naître en nous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Beaucoup pensent que faire souffrir un animal est mal parce que l'animal souffre. Carruthers demande ce que dit la meilleure théorie morale. Il choisit le contractualisme : la morale serait l'ensemble des règles que des êtres raisonnables choisiraient entre eux, derrière un voile d'ignorance (dans la version de Rawls), selon des désirs largement intéressés. Dans cette image, seuls les êtres raisonnables passent le contrat et reçoivent des droits directs. Les animaux, qui ne sont pas des agents rationnels, n'en ont donc pas. Cela n'autorise pas tout : certains actes sont mauvais à cause de ce qu'ils révèlent du caractère de celui qui les commet. Et les humains qui ne sont pas des agents rationnels (bébés, personnes très âgées) gardent des droits, par un argument de pente glissante et de stabilité sociale.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où les animaux n'ont pas de droits dans le contrat, et où ils ont pourtant un statut moral direct, parce que leur capacité à souffrir compte pour elle-même en dehors du contrat.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Peter Singer 1974 · attaque la prémisse 5Il ne semble y avoir aucune caractéristique pertinente que les nourrissons humains possèdent et que les mammifères adultes n'aient pas au même degré ou à un degré supérieur. Si les droits viennent de la raison, les nourrissons n'en ont pas plus que les animaux. Si on les leur donne quand même, on ne peut pas refuser le même égard à des animaux aux capacités égales.
un défenseur répond
Il ne semble y avoir aucune caractéristique pertinente que les nourrissons humains possèdent et que les mammifères adultes n'aient pas au même degré ou à un degré supérieur. Si les droits viennent de la raison, les nourrissons n'en ont pas plus que les animaux. Si on les leur donne quand même, on ne peut pas refuser le même égard à des animaux aux capacités égales.
Martha Nussbaum 2006 · attaque la prémisse 1La tradition du contrat social ne peut pas rendre justice aux animaux, car elle suppose que les contractants sont à peu près égaux en pouvoir et en capacité. Les animaux ne sont pas seulement l'objet de compassion et d'humanité : on leur doit aussi la justice. Nussbaum propose, à la place, d'étendre l'approche par les capacités à toutes les espèces, selon ce que chacune peut faire et être.
sans réponse
La tradition du contrat social ne peut pas rendre justice aux animaux, car elle suppose que les contractants sont à peu près égaux en pouvoir et en capacité. Les animaux ne sont pas seulement l'objet de compassion et d'humanité : on leur doit aussi la justice. Nussbaum propose, à la place, d'étendre l'approche par les capacités à toutes les espèces, selon ce que chacune peut faire et être.
Tom Regan 1983 · attaque la prémisse 2Pourquoi les contractants placés derrière le voile d'ignorance auraient-ils le droit de savoir à quelle espèce ils appartiendront ? S'ils l'ignoraient, ils auraient des raisons de protéger aussi les animaux, et le contrat ne réserverait plus les droits directs aux agents rationnels.
sans réponse
Pourquoi les contractants placés derrière le voile d'ignorance auraient-ils le droit de savoir à quelle espèce ils appartiendront ? S'ils l'ignoraient, ils auraient des raisons de protéger aussi les animaux, et le contrat ne réserverait plus les droits directs aux agents rationnels.