QuestionsL'esprit est-il le cerveau ?Il n'y a pas de qualia : les pompes à intuition de Dennett
L'esprit est-il le cerveau ?La question est mal posée

Il n'y a pas de qualia : les pompes à intuition de Dennett

Contre les qualia

Daniel Dennett 1942 · 2024La conscience n'a rien de magique : c'est le travail du cerveau, que la science peut expliquer.
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Ce qu'il soutient

Rien ne correspond à ce que les philosophes appellent « qualia » : on trouve à la place des propriétés relatives et publiques, très difficiles à décrire en pratique, que nous repérons grâce à nos détecteurs privés (privés au sens d'idiosyncratiques). Il n'y a pas de qualia au sens des philosophes.

Pourquoi

Des expériences de pensée montrent qu'aucune propriété de l'expérience ne peut être à la fois intrinsèque et connue directement.

La même idée à travers l'histoire
Ludwig Wittgenstein1953Le scarabée dans la boîte : ce qui est dans la boîte, si c'est un objet privé, ne joue aucun rôle dans le langage. Dennett le cite et veut aller plus loin.
Daniel Dennett1988Les qualia au sens des philosophes n'existent pas ; ce qui existe, ce sont des propriétés publiques et des jugements.
En bref

« Il n'y a pas de qualia : les pompes à intuition de Dennett » est un argument de Daniel Dennett (« Quining Qualia », 1988 ; Consciousness Explained, 1991, 1988) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : la question est mal posée). Sa thèse : Rien ne correspond à ce que les philosophes appellent « qualia » : on trouve à la place des propriétés relatives et publiques, très difficiles à décrire en pratique, que nous repérons grâce à nos détecteurs privés (privés au sens d'idiosyncratiques). Il n'y a pas de qualia au sens des philosophes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 2 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Quining Qualia », 1988 ; Consciousness Explained, 1991
Valide

Quand tu goûtes un café, il y a une certaine saveur que tu ressens. Beaucoup de philosophes appellent « qualia » ces qualités vécues du rouge, du goût du café, de la douleur, et pensent qu'elles échappent à la science du cerveau : on aurait beau tout savoir des neurones, on n'aurait pas la saveur. Daniel Dennett répond que le mot « qualia », tel que les philosophes l'emploient, ne désigne rien. Il ne nie pas que tu sentes quelque chose ; il nie qu'il existe des propriétés à la fois indescriptibles, intrinsèques, privées et connues directement. Si c'est vrai, la question « le cerveau explique-t-il l'esprit ? » est mal posée, car elle suppose ces qualia.

P1Au sens des philosophes, les qualia sont des propriétés des états mentaux d'une personne qui seraient (1) ineffables, (2) intrinsèques, (3) privées et (4) connues directement ou immédiatement dans la conscience.
P2Les « pompes à intuition » montrent qu'aucune propriété de l'expérience ne peut être à la fois intrinsèque et connue directement avec autorité par celui qui l'a. Exemple : Chase et Sanborn goûtent le même café depuis six ans ; Chase dit que la saveur n'a pas changé mais qu'il n'aime plus, Sanborn qu'elle a changé. Les deux ne peuvent comparer qu'avec leur mémoire : rien, vu de l'intérieur, ne distingue une saveur qui a changé d'un jugement qui a changé.
Donc rien ne correspond à ce que les philosophes appellent « qualia » : on trouve à la place des propriétés relatives et publiques, très difficiles à décrire en pratique, que nous repérons grâce à nos détecteurs privés (privés au sens d'idiosyncratiques). Il n'y a pas de qualia au sens des philosophes.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide : si les qualia doivent être intrinsèques et connus directement (P1), et si rien ne peut être les deux à la fois (P2), alors il n'y a pas de qualia. Dennett prévient qu'il ne présente pas un argument formel : il dit qu'il veut détruire une idée intuitive, et que les bons outils pour cela sont des « pompes à intuition », pas des arguments formels. Notre reconstruction rend explicite la forme que prend, selon nous, son raisonnement ; ce n'est pas le texte de Dennett.
Analogie. Un test de goût à l'aveugle : tu dis que ce soda a toujours eu le même goût pour toi. Mais comment le sais-tu ? Tu compares avec un souvenir, et ton souvenir a pu changer en même temps que ton goût. Rien ne te permet de séparer, de l'intérieur, « le goût a changé » de « mon jugement a changé ».

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Chalmers (« Facing Up to the Problem of Consciousness ») 1995 · attaque la conclusion

Chalmers range Dennett parmi ceux qui prennent le parti de « nier le phénomène » : une fois les fonctions expliquées (accès, rapport verbal), il ne resterait aucune « expérience » à expliquer. Pour lui, c'est insoutenable : l'expérience est « l'aspect le plus central et le plus manifeste » de notre vie mentale, et il est « indéniable » que certains êtres en font l'expérience.

Dennett répond
Dennett (« Quining Qualia », 1988, avant Chalmers) Réponse de Dennett : je ne nie pas l'expérience
Dennett répond d'avance : tout ce qui est réel a des propriétés, et comme il ne nie pas la réalité de l'expérience consciente, il accorde que l'expérience consciente a des propriétés. Ce qu'il refuse, c'est qu'elles soient ineffables, intrinsèques, privées et connues directement.
Le débat continue (notre résumé) Chalmers répond que le problème est justement qu'il y a « quelque chose que cela fait » d'être dans un état, et que ce fait n'est pas expliqué par des propriétés fonctionnelles ou relationnelles. Pour lui, Dennett garde le mot « expérience » mais lui retire ce qui posait problème. Cette idée du « quelque chose que cela fait » vient de Thomas Nagel (1974, « Quel effet cela fait d'être une chauve-souris ? »), la référence classique de l'idée que Dennett conteste. Le désaccord porte sur ce qui compte comme « expliquer ».
John Searle (réponse à Dennett, New York Review of Books) 1995 · attaque la prémisse 2

Searle soutient que, pour l'existence des états conscients, on ne peut pas distinguer l'apparence de la réalité, « parce que l'existence de l'apparence est la réalité en question ». Si je me sens consciemment douloureux, alors je le suis. La possibilité d'une erreur sur ses propres états, que l'exemple de Chase et Sanborn semble utiliser, n'a donc pas lieu ici.

Dennett répond
Dennett (lettre à la New York Review of Books) Réponse de Dennett : la science de la conscience en troisième personne
Dennett répond qu'il montre comment une science objective de la conscience est possible malgré tout, et que sa méthode (qu'il appelle l'hétérophénoménologie) est celle que tous les scientifiques de la conscience emploient, tandis que l'autre solution, la « première personne » de Searle, mène à des paradoxes. Il tient l'idée de contenu « intrinsèque » pour l'intuition à abattre.
Le débat continue (notre résumé) Searle estime que Dennett nie ce qui est évident ; Dennett estime que Searle défend des « intuitions » plutôt qu'une théorie. Le débat est resté ouvert : l'« intuition » que Dennett veut abattre est justement celle que Searle présente comme un fait. Notre source pour Searle est l'échange publié dans la New York Review of Books ; il a repris ses critiques dans The Mystery of Consciousness (1997), que nous n'avons pas pu lire.
Frank Jackson (« Epiphenomenal Qualia ») 1982 · attaque la conclusion

Jackson imagine Marie, une scientifique qui connaît tout de la physique de la vision des couleurs mais n'a jamais vu de couleur. Quand elle voit du rouge pour la première fois, elle apprend quelque chose de nouveau. Donc il y a des faits sur l'expérience (comment est le rouge) qui ne sont pas des faits physiques, et les qualia existent.

sans réponse
Dennett a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Dennett discute le cas de Marie dans Consciousness Explained (1991, ch. 12, « Qualia Disqualified »), mais nous n'avons pas lu ce passage et ne le résumons pas. Le cas de Marie a un article propre sur ce site, rédigé par un autre lot.