QuestionsDieu existe-t-il ?Le Dieu de Spinoza : l'harmonie des lois, pas un Dieu qui s'occupe des hommes
Dieu existe-t-il ?PanthéismeCe qu'est Dieu

Le Dieu de Spinoza : l'harmonie des lois, pas un Dieu qui s'occupe des hommes

Le Dieu de Spinoza d'Einstein ; le sentiment religieux cosmique

Albert Einstein 1879 · 1955Le physicien de la relativité : la simultanéité dépend de l'observateur, et il n'y a pas de « maintenant » valable pour tout l'univers.
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Ce qu'il soutient

Si l'on veut parler de Dieu, c'est du Dieu de Spinoza, l'ordre des lois du monde devant lequel on s'émerveille, et non d'un Dieu personnel qui s'occupe des hommes.

Pourquoi

Si tout suit des lois, une volonté divine ne peut pas être une cause en plus ; reste l'émerveillement devant l'ordre du monde.

La même idée à travers l'histoire
Baruch Spinoza1677Spinoza identifie Dieu à la Nature : un Dieu sans volonté ni but, dont tout découle nécessairement. C'est le modèle auquel Einstein se réfère.
Albert Einstein1929Interrogé par télégramme par un rabbin de New York, Einstein répond en une phrase allemande qu'il croit au Dieu de Spinoza, pas à un Dieu qui s'occupe du sort des hommes.
Albert Einstein1930Il décrit le « sentiment religieux cosmique » : devant l'ordre admirable de la nature et de la pensée, sans image de Dieu à forme humaine.
En bref

« Le Dieu de Spinoza : l'harmonie des lois, pas un Dieu qui s'occupe des hommes » est un argument d'Albert Einstein (Einstein, télégramme du 24/4/1929 ; « Religion and Science » (1930) ; « Science and Religion » (1941), 1929) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : panthéisme). Sa thèse : Si l'on veut parler de Dieu, c'est du Dieu de Spinoza, l'ordre des lois du monde devant lequel on s'émerveille, et non d'un Dieu personnel qui s'occupe des hommes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Einstein, télégramme du 24/4/1929 ; « Religion and Science » (1930) ; « Science and Religion » (1941)
Valide avec une prémisse implicite

En 1929, un rabbin de New York télégraphie à Einstein : « Croyez-vous en Dieu ? Réponse payée 50 mots. » Einstein répond en une phrase, en allemand : il croit au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'harmonie des lois du monde, pas à un Dieu qui s'occupe du sort des hommes. Derrière cette réponse, il y a un raisonnement, qu'il développe en 1930 et en 1941. Plus on connaît la régularité des phénomènes, moins il reste de place pour une volonté divine qui agirait en plus des lois. Mais le sentiment d'admiration devant cet ordre est, pour Einstein, le cœur vivant de la religion. Précaution : Einstein refuse lui-même les étiquettes. En 1930, il dit ne pas savoir s'il peut se dire panthéiste, et il ajoute qu'il n'est pas athée. Nous le rangeons dans ce camp parce que c'est le plus proche de ce qu'il dit croire.

P1Plus on est pénétré de la régularité de tous les événements, plus on est convaincu qu'il ne reste, à côté d'elle, aucune place pour des causes d'une autre nature : ni la volonté humaine ni la volonté divine n'est une cause indépendante des phénomènes naturels.
P2 · prémisse impliciteUn Dieu personnel qui récompense, punit et intervient dans le monde serait une volonté divine agissant comme cause indépendante des événements.
P3Il y a de plus une difficulté interne : si un Dieu personnel est tout-puissant, chaque acte et chaque pensée des hommes est aussi son œuvre. Comment les tenir pour responsables, et comment concilier ses punitions avec sa bonté ?
P4La religion n'est pas pour autant sans objet. Elle a un troisième niveau, plus mûr que la peur et le besoin de soutien : le sentiment religieux cosmique. On y éprouve la vanité des désirs humains et le caractère sublime de l'ordre admirable qui se révèle dans la nature et dans la pensée, sans aucune image de Dieu à forme humaine.
P5Le Dieu qui correspond à ce sentiment est celui de Spinoza : il se révèle dans l'harmonie des lois de ce qui existe.
Donc, si l'on veut parler de Dieu, c'est du Dieu de Spinoza, l'ordre des lois du monde devant lequel on s'émerveille, et non d'un Dieu personnel qui s'occupe des hommes.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide avec une prémisse cachée, P2 : un Dieu personnel qui intervient serait une cause indépendante des phénomènes. Presque tout le débat porte sur P1 et P2. Les croyants répondent que les lois décrivent ce qui arrive quand rien n'intervient, et qu'une intervention divine ne les viole pas ; Einstein, lui, admet qu'aucune science ne peut réfuter cette idée, et la juge seulement fragile, parce qu'elle se réfugie dans ce que la science ne connaît pas encore. P4 et P5 sont plutôt un choix de vocabulaire : c'est ce qui fait dire à d'autres que ce « Dieu » est un autre nom de la nature.
Analogie. Une enfant entre dans une immense bibliothèque dont les murs sont couverts de livres en toutes langues. Elle sait que quelqu'un les a écrits, ne sait ni qui ni comment, et devine seulement un ordre mystérieux dans le rangement. Einstein donne cette image en 1930 : c'est, dit-il, l'attitude de l'esprit humain devant Dieu. L'ordre est là, on l'admire, mais on ne lui prête pas un visage.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Einstein lui-même (il refuse l'étiquette) 1930 · attaque la conclusion

Interrogé sur le panthéisme, Einstein répond que la question est la plus difficile du monde et qu'on ne peut y répondre par oui ou par non : il n'est pas athée, il ne sait pas s'il peut se dire panthéiste. Notre conclusion ne doit donc pas être lue comme un credo qu'il aurait signé, mais comme la direction de sa pensée.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Einstein dans ses textes.
C. S. Lewis (les lois et les miracles) 1947 · attaque la prémisse 1

Les lois de la nature disent ce qui arrive quand rien d'autre n'intervient. Un miracle n'est pas une violation de ces lois : c'est un événement nouveau qui entre dans la nature, et qu'elles suivent ensuite comme les autres. Une volonté divine peut donc agir sans que les lois cessent d'être vraies.

Einstein répond
Einstein 1941 · Ce qu'Einstein dit d'avance
Einstein l'admet : l'idée d'un Dieu personnel qui interfère avec les événements ne pourra jamais être réfutée par la science, car elle peut toujours se réfugier dans les domaines où le savoir scientifique n'est pas encore arrivé. Mais il juge cette attitude indigne et fatale : une doctrine qui ne se maintient que dans l'ombre perdra son effet sur les hommes.
Le débat continue (notre résumé) Un croyant répondra que Dieu n'est pas cherché dans les trous du savoir : la question n'est pas ce que la science ignore, mais pourquoi il existe un monde ordonné, avec des lois, ce que la science ne dit pas. Le désaccord porte alors sur ce qu'on appelle « Dieu », pas sur les faits.
Richard Dawkins 2006 · attaque la prémisse 5

Dawkins appelle le panthéisme de ce type de l'athéisme « embelli » : appeler « Dieu » les lois de l'univers ne dit rien de plus que ce que dit un athée, et le mot induit le public en erreur, parce que tout le monde y entend une personne. Il range Einstein parmi ceux qui emploient « Dieu » en un sens métaphorique.

Einstein répond
Einstein 1930 · Ce qu'Einstein dit d'avance
Einstein tient que le sentiment religieux cosmique a un contenu à lui, que ni l'athéisme militant ni la religion de dogmes ne reconnaissent : l'admiration devant un ordre qu'on ne comprend qu'en partie. Il reproche aux « libres penseurs » de manquer de cette humilité.
Le débat continue (notre résumé) Les athées militants répondent que cette admiration peut très bien se dire sans le mot « Dieu » : garder le mot, c'est entretenir la confusion avec le Dieu personnel.