QuestionsDieu existe-t-il ?Dieu, c'est-à-dire la Nature
Dieu existe-t-il ?PanthéismeCe qu'est Dieu

Dieu, c'est-à-dire la Nature

Baruch Spinoza 1632 · 1677Dieu, c'est-à-dire la Nature : tout suit de nécessité.
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Ce qu'il soutient

Dieu existe, mais pas comme un créateur extérieur au monde : il est la Nature elle-même. « Dieu, c'est-à-dire la Nature. »

Pourquoi

Il ne peut y avoir qu'une seule réalité qui existe par elle-même : tout le reste en fait partie et en découle nécessairement.

En bref

« Dieu, c'est-à-dire la Nature » est un argument de Baruch Spinoza (Éthique I, prop. 11-15 et 29 ; IV, préface) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : panthéisme). Sa thèse : Dieu existe, mais pas comme un créateur extérieur au monde : il est la Nature elle-même. « Dieu, c'est-à-dire la Nature. ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 6 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Éthique I, prop. 11-15 et 29 ; IV, préface
Valide avec une prémisse implicite

Spinoza entend démontrer que Dieu existe, et même qu'il ne peut pas ne pas exister. Mais ce Dieu n'est pas un créateur qui choisit, juge et aime comme une personne : il est la Nature elle-même. C'est pourquoi nous le classons dans le panthéisme (le mot est postérieur à Spinoza), même s'il affirme l'existence de Dieu. Ses contemporains l'ont accusé d'athéisme ; lui le refusait.

P1Dieu, l'être absolument infini, existe nécessairement : sa nature même implique qu'il existe.
P2En dehors de Dieu, il ne peut exister aucune autre substance (aucune autre réalité qui existe par elle-même).
P3Tout ce qui existe est soit une substance, soit une manière d'être d'une substance. S'il n'y a qu'une substance, tout est donc en Dieu.
P4Tout découle de la nature de Dieu par nécessité, comme les propriétés d'un triangle découlent de sa définition, et non d'une volonté qui aurait pu choisir autrement.
P5 · prémisse impliciteCe en quoi tout existe et qui produit tout par la nécessité de sa nature, c'est exactement ce qu'on appelle la Nature, au sens fort (la « Nature naturante »).
Donc Dieu existe, mais pas comme un créateur extérieur au monde : il est la Nature elle-même. « Dieu, c'est-à-dire la Nature. »

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où tout est en Dieu et produit par nécessité, mais où Dieu n'est pas la Nature : c'est la position qu'on appelle aujourd'hui « panenthéisme » (tout est en Dieu, mais Dieu dépasse le monde).
Avec P5, la conclusion suit. Sans elle, on peut accepter que tout est en Dieu et suit de lui par nécessité, et garder pourtant un Dieu distinct de la nature, plus grand qu'elle. Spinoza ne l'écrit pas comme une prémisse, car pour lui c'est presque une définition. Le débat historique porte surtout sur P1 (une preuve qui part de la seule définition de Dieu), sur P2 (deux substances ne pourraient pas partager un attribut) et sur P4 (un Dieu sans choix).
Analogie. Pensez à l'océan et aux vagues. Les vagues ne sont pas fabriquées par l'océan comme un potier fait un vase : elles sont l'océan lui-même qui prend telle ou telle forme. Pour Spinoza, nous sommes des vagues, et Dieu est l'océan. L'image n'est pas de lui, elle aide seulement à saisir l'idée de cause « immanente ».

Objections

6

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

H
Hugo Boxel 1674 · attaque la prémisse 4

Si vous attribuez la nécessité à Dieu et lui retirez la volonté et le libre choix, vous faites de l'être infiniment parfait une sorte de monstre. Nous ne comprenons pas comment Dieu agit, mais il faut lui accorder vouloir et comprendre, d'une manière plus haute que la nôtre (« éminente »).

Spinoza répond
Spinoza
Vous pensez qu'il n'y a pas de perfection plus haute que vouloir, voir, entendre. Mais si un triangle pouvait parler, il dirait de même que Dieu est éminemment triangulaire. Chacun prête à Dieu ses propres traits.
Kant 1781 · attaque la prémisse 1

On ne peut pas tirer l'existence d'une chose de sa seule définition : « être » n'est pas une qualité de plus dans la définition. Nier que Dieu existe, c'est supprimer le sujet avec toutes ses qualités, et il n'y a là aucune contradiction. Kant vise toute preuve de ce type (dite ontologique), celle de Descartes comme celle de Spinoza.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1781, après sa mort (1677).
Leibniz 1678 · attaque la prémisse 2

Pour montrer qu'il n'y a qu'une substance, Spinoza pose que deux substances ne peuvent pas avoir un attribut en commun (Éthique I, prop. 5). Mais deux substances pourraient partager un attribut et se distinguer par d'autres. Alors rien n'empêche qu'il existe plusieurs substances (notes de Leibniz sur l'Éthique, vers 1678).

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1678, après sa mort (1677).
O
Objection courante chez les croyants attaque la conclusion

Un Dieu qui n'aime personne et qu'on ne peut pas prier n'est plus Dieu : c'est la nature à laquelle on a donné un nom religieux.

Spinoza répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Spinoza
Dieu n'a pas de passions, il n'aime personne à la manière humaine. Mais en tant qu'il s'aime lui-même, il aime les hommes : l'amour de Dieu pour les hommes et l'amour intellectuel de l'esprit pour Dieu sont une seule et même chose.
P
Pierre Bayle 1697 · attaque la prémisse 3

Si tout est en Dieu, Dieu est à la fois le soldat qui tue et l'homme tué, le bourreau et la victime. Il se contredit et souffre en chacun de nous : c'est absurde. Bayle qualifie Spinoza d'« athée de système ».

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1697, après sa mort (1677).
Leibniz 1710 · attaque la prémisse 4

Spinoza enseigne une nécessité aveugle et refuse à Dieu l'entendement et la volonté. Or bien des choses possibles n'existent pas, comme les romans qu'on peut imaginer : Dieu a donc choisi, parmi les mondes possibles, le meilleur.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1710, après sa mort (1677).