Une cause infinie, un univers infini
L'univers est infini et contient des mondes innombrables : il est l'image infinie de la puissance infinie de Dieu.
Une puissance infinie produit tout ce qui est possible, et pour Dieu pouvoir et faire sont une seule chose : l'univers est donc infini.
« Une cause infinie, un univers infini » est un argument de Giordano Bruno (L'Infini, l'univers et les mondes, dial. I (1584) ; déposition de 1592) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : panthéisme). Sa thèse : L'univers est infini et contient des mondes innombrables : il est l'image infinie de la puissance infinie de Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Bruno ne cherche pas ici à prouver que Dieu existe : il le suppose, comme ses adversaires. Il demande ce qui découle d'un Dieu à la puissance infinie. Sa réponse : un tel Dieu ne peut pas s'être contenté d'un petit monde fermé par des sphères. L'univers doit être infini, peuplé d'une infinité de mondes, comme une image infinie de Dieu. Il le résume lui-même devant ses juges en 1592. Nous rangeons l'argument dans le panthéisme parce qu'il fait du monde l'expression nécessaire de Dieu, un Dieu qui ne choisit pas et ne peut pas faire autrement. Mais Bruno distingue encore l'infini de Dieu et celui de l'univers : aujourd'hui on parlerait plutôt de « panenthéisme » (tout est en Dieu, Dieu dépasse le monde), un camp qui n'existe pas sur ce site.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où Dieu a une puissance infinie, où un univers infini est possible, et où Dieu fait tout ce qu'il peut, mais où cet univers infini n'entre pas dans ce qu'il peut faire : alors le monde reste fini.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote 340 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Un corps infini est impossible. Tout corps sensible est lourd ou léger, donc il a un lieu naturel, un haut et un bas, un centre vers lequel il tend. Un corps infini n'aurait ni centre, ni haut, ni bas : on ne peut pas dire à la fois qu'il existe un corps infini et que les corps ont un lieu.
Bruno répond
Un corps infini est impossible. Tout corps sensible est lourd ou léger, donc il a un lieu naturel, un haut et un bas, un centre vers lequel il tend. Un corps infini n'aurait ni centre, ni haut, ni bas : on ne peut pas dire à la fois qu'il existe un corps infini et que les corps ont un lieu.
Thomas d'Aquin 1266 · attaque la prémisse 2Un corps naturel ne peut pas être infini en acte : toute chose naturelle a une forme déterminée, donc une grandeur déterminée. De même, une multitude infinie en acte est impossible, car tout nombre est mesuré. L'infini n'existe que comme possibilité d'ajouter ou de diviser sans fin, jamais comme une chose achevée.
Bruno répond
Un corps naturel ne peut pas être infini en acte : toute chose naturelle a une forme déterminée, donc une grandeur déterminée. De même, une multitude infinie en acte est impossible, car tout nombre est mesuré. L'infini n'existe que comme possibilité d'ajouter ou de diviser sans fin, jamais comme une chose achevée.
Thomas d'Aquin et les théologiens 1268 · attaque la prémisse 4Dieu ne crée pas par nécessité de nature, mais par volonté libre. Sa puissance infinie ne l'oblige pas à tout faire : il peut faire autre chose que ce qu'il fait, et aucune créature, même infinie, n'ajouterait rien à sa bonté. Un monde fini n'est donc pas le signe d'une puissance « jalouse » ou « oisive » (Somme théologique I, q. 19, a. 3 et q. 25, a. 5 ; ces questions ne sont pas encore dans notre corpus).
Bruno répond
Dieu ne crée pas par nécessité de nature, mais par volonté libre. Sa puissance infinie ne l'oblige pas à tout faire : il peut faire autre chose que ce qu'il fait, et aucune créature, même infinie, n'ajouterait rien à sa bonté. Un monde fini n'est donc pas le signe d'une puissance « jalouse » ou « oisive » (Somme théologique I, q. 19, a. 3 et q. 25, a. 5 ; ces questions ne sont pas encore dans notre corpus).
JJohannes Kepler 1606 · attaque la conclusionRien dans l'observation ne montre un univers infini : la région des étoiles fixes ne ressemble pas à celle du Soleil, et notre monde semble avoir une place à part. Kepler avoue aussi qu'une telle pensée porte « je ne sais quelle horreur secrète » : on s'y découvre errant dans un immense sans bornes ni centre (De la nouvelle étoile, 1606, chap. 21 ; texte non collecté).
sans réponse
Rien dans l'observation ne montre un univers infini : la région des étoiles fixes ne ressemble pas à celle du Soleil, et notre monde semble avoir une place à part. Kepler avoue aussi qu'une telle pensée porte « je ne sais quelle horreur secrète » : on s'y découvre errant dans un immense sans bornes ni centre (De la nouvelle étoile, 1606, chap. 21 ; texte non collecté).
Kant 1781 · attaque la prémisse 2La raison peut démontrer aussi bien que le monde est fini dans l'espace et qu'il est infini : c'est la première « antinomie ». Les deux preuves se valent, ce qui montre que la question dépasse ce que nous pouvons connaître. Raisonner sur l'univers comme un tout achevé, fini ou infini, c'est sortir de l'expérience possible (Critique de la raison pure ; ce passage n'est pas encore dans notre corpus).
sans réponse
La raison peut démontrer aussi bien que le monde est fini dans l'espace et qu'il est infini : c'est la première « antinomie ». Les deux preuves se valent, ce qui montre que la question dépasse ce que nous pouvons connaître. Raisonner sur l'univers comme un tout achevé, fini ou infini, c'est sortir de l'expérience possible (Critique de la raison pure ; ce passage n'est pas encore dans notre corpus).