PhilosophesGiordano Bruno

Giordano Bruno

L'univers est infini, peuplé d'innombrables mondes.

Humanisme · Néoplatonisme1548 – 1600 ItaliePhilosophe de la natureCosmologiste de l'univers infiniAncien dominicain, condamné pour hérésieAuteur de dialogues
En bref

Giordano Bruno (1548 – 1600, Italie, puis toute l'Europe (Genève, Toulouse, Paris, Londres, Wittenberg, Prague, Francfort), Venise et Rome) : humanisme et néoplatonisme. Une cause infinie ne peut produire qu'un effet infini : l'univers n'a donc ni bord ni centre, et il contient une infinité de mondes semblables au nôtre, avec leurs soleils et leurs terres. Cet univers est un : la matière n'est pas une pâte inerte, elle porte en elle toutes les formes, et une même âme du monde anime tout. Sur AskPhilosophy : 4 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 3 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).

En 30 secondesUne cause infinie ne peut produire qu'un effet infini : l'univers n'a donc ni bord ni centre, et il contient une infinité de mondes semblables au nôtre, avec leurs soleils et leurs terres. Cet univers est un : la matière n'est pas une pâte inerte, elle porte en elle toutes les formes, et une même âme du monde anime tout. Rien ne meurt vraiment, tout change de visage. Bruno tire ces idées de la philosophie et de Copernic, mais aussi de Pythagore, de Lucrèce et de Nicolas de Cues. Sur le premier principe, Dieu lui-même, il dit qu'il le laisse à la foi : c'est l'un des points les plus débattus de son œuvre.
Pourquoi il compte

Il est l'un des premiers à soutenir, en philosophe, que l'univers est infini et que les étoiles sont d'autres soleils entourés de mondes. Il défend Copernic quand presque tous les savants le rejettent, et il utilise l'exemple du bateau (une pierre lâchée du mât tombe au pied du mât) que Galilée rendra célèbre. Son procès et sa mort en ont fait, depuis le XIXe siècle, un symbole de la liberté de penser : un symbole qu'il faut confronter aux textes.

Sa vie

Entré chez les dominicains à Naples, soupçonné d'hérésie, il quitte l'ordre en 1576 et erre en Europe : Genève, Toulouse, Paris, puis Londres (1583-1585), où il vit chez l'ambassadeur de France et publie ses dialogues italiens. Il enseigne ensuite en Allemagne et à Prague. En 1591, invité à Venise par le patricien Mocenigo, il est dénoncé par lui à l'Inquisition en 1592. Livré à Rome en 1593, il passe sept ans en prison, refuse finalement de se rétracter, et est brûlé vif le 17 février 1600.

Lire ses dialogues

Ses grands livres sont des dialogues : ce sont des personnages qui parlent. Filoteo (L'Infini, La Cause I) et Teofilo (La Cause II-V, Le Banquet des cendres) sont ses porte-parole ; les autres questionnent, résistent ou sont ridiculisés (le pédant Polihimnio). Les lettres de dédicace, elles, sont dans sa propre voix. Ses dépositions de 1592 ne sont connues que par le procès-verbal du notaire de l'Inquisition : ce sont ses mots, mais dits sous interrogatoire. Ses livres datés « Venise » ont été imprimés en Angleterre, et presque tous les autres aussi, même ceux datés « Paris » : il l'explique lui-même à ses juges, en disant que la fausse adresse venait de l'imprimeur.

Ses positions

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Dieu existe-t-il ?Dieu
AthéismeThéisme
Débattu entre spécialistes

Il ne nie jamais Dieu : il parle d'une cause infinie, d'une providence universelle, d'une divinité présente « en tout ». Mais il refuse de chercher la divinité hors du monde infini, et il laisse le « principe suprême » à la foi. À ses juges, il distingue la nature, « ombre et trace de la divinité », de Dieu, qui est « en tout et au-dessus de tout ». Panthéiste pour les uns, « panenthéiste » pour d'autres : c'est débattu.

D'où vient ce que nous savons ?Source de la connaissance
Empirisme (de l'expérience)Rationalisme (de la raison)
Interprétation majoritaire

Les sens éveillent la raison, mais ne jugent pas : « aucun sens ne voit l'infini ». C'est à l'intellect de juger de ce qui est loin dans l'espace et le temps.

Peut-on atteindre des vérités certaines ?Certitude
ScepticismeCertitude possible
Affirmé explicitement

Il se dit aussi certain du mouvement de la Terre que de tout ce qu'on peut tenir pour certain, « non par autorité, mais par le sens vivant et la raison ». En revanche, la substance de Dieu, infinie, ne peut être connue qu'à travers ses traces.

L'esprit est-il autre chose que la matière ?Esprit et corps
MatérialismeDualisme
Débattu entre spécialistes

Ni dualiste ni matérialiste : tout est animé par une âme du monde, la matière porte en elle toutes les formes, et matière et âme ne font qu'une substance. Une sorte de « panpsychisme » avant le mot.

Sommes-nous vraiment libres ?Liberté
Déterminisme (pas de libre arbitre)Libre arbitre
Débattu entre spécialistes

En Dieu, vouloir, pouvoir et faire sont une seule chose : il ne peut pas faire autre chose que ce qu'il fait. Bruno juge ce raisonnement démonstratif, tout en approuvant les théologiens qui ne l'enseignent pas au peuple, de peur qu'il n'y perde le sens du mérite et de la justice. Sur la liberté humaine, nos textes ne tranchent pas.

Le bien et le mal existent-ils objectivement ?Statut de la morale
Antiréalisme (la morale est humaine)Réalisme moral (vérités morales objectives)
Interprétation majoritaire

Il y a des « lois divines gravées au centre de notre cœur ». Mais dans L'Expulsion de la bête triomphante, une loi se juge à ce qu'elle apporte à la vie commune des hommes.

La raison peut-elle tout juger, y compris la foi ?Foi et raison
Primauté de la foi / du cœurRaison seule juge
Interprétation majoritaire

Il dit avoir toujours raisonné « selon la lumière naturelle », sans viser d'abord ce que la foi impose. L'Écriture parle le langage commun pour enseigner la conduite : elle ne fait pas autorité en physique. Mais il laisse à la foi la contemplation qui monte au-dessus de la nature.

La vie a-t-elle un sens donné ?Sens de la vie
Pas de sens donné (absurde, à créer)Sens objectif (nature, Dieu, Bien)
Interprétation majoritaire

Contempler l'univers infini libère de la peur et de l'espoir vains et « conduit l'homme à la vraie béatitude qu'il peut avoir en tant qu'homme ».

L'être humain est-il naturellement bon ?Nature humaine
Fondamentalement faible ou corrompuFondamentalement bon ou perfectible
Débattu entre spécialistes

Dans sa propre voix, il dit haïr « le vulgaire ». Dans L'Expulsion, le personnage de Saulino dit que les hommes, plus divers et inconstants que tous les animaux, doivent être tenus par des lois. Mais Bruno célèbre aussi l'effort héroïque de l'esprit qui s'élève (Des fureurs héroïques).

Qui doit primer : l'individu ou la communauté ?Individu et société
Communauté, ordre, traditionLiberté individuelle
Interprétation majoritaire

Dans L'Expulsion, Jupiter (selon Sophia, approuvée par Saulino) pose que ce qui compte, c'est le « convitto umano », la vie commune : aucune loi, même venue du ciel, n'est acceptable si elle ne la sert pas, et les fautes sont d'autant plus graves qu'elles nuisent à la vie commune. Ce sont des personnages, mais l'idée revient dans tout le livre.

Qu'est-ce qui rend une action bonne ?Fondement de la morale
Le devoir (déontologie)Les conséquences (conséquentialisme)Le caractère (éthique des vertus)Autre (loi divine, relations, création de valeurs…)
Débattu entre spécialistes

Dans L'Expulsion, Jupiter remplace les vices par des vertus (vérité, prudence, justice, diligence...) et ordonne de préférer toujours les actes à la seule croyance (ordres rapportés par Sophia). Les vertus valent par leurs fruits pour la vie commune : une éthique des vertus tournée vers l'utilité sociale.