PhilosophesGiordano Bruno

Giordano Bruno

L'univers est infini, peuplé d'innombrables mondes.

Humanisme · Néoplatonisme1548 – 1600 ItaliePhilosophe de la natureCosmologiste de l'univers infiniAncien dominicain, condamné pour hérésieAuteur de dialogues
Come è possibile che l'universo sia finito?
Comment est-il possible que l'univers soit fini ? (Filoteo, son porte-parole)
Vérifiée mot pour mot
È dunque l'universo uno, infinito, inmobile.
L'univers est donc un, infini, immobile. (Teofilo, son porte-parole)
Vérifiée mot pour mot
lui non vedea per gli occhi di Copernico, né di Ptolomeo, ma per i proprii
Il ne voyait pas par les yeux de Copernic, ni par ceux de Ptolémée, mais par les siens. (Teofilo, à propos du « Nolain », c'est-à-dire Bruno)
Vérifiée mot pour mot
Maiori forsan cum timore sententiam in me fertis quam ego accipiam.
Vous avez peut-être plus peur de prononcer cette sentence contre moi que moi de la recevoir. (Rapporté par Kaspar Schoppe, témoin hostile)
Vérifiée mot pour mot
trovaremo non esser morte, non solo per noi, ma né per veruna sustanza
Nous trouverons qu'il n'y a pas de mort, ni pour nous, ni pour aucune substance. (Lettre de dédicace de L'Infini, dans sa propre voix)
Vérifiée mot pour mot

Idées reçues

À nuancer
Bruno a été brûlé pour avoir défendu Copernic et la science.

D'après les textes que nous avons, les questions portaient surtout sur la théologie. Devant ses juges de Venise, on l'interroge sur la Trinité ; il avoue avoir douté que le Fils et le Saint-Esprit soient des « personnes » et que le Fils se soit incarné. Schoppe, présent à la lecture de la sentence, énumère les « dogmes » qu'il trouve dans ses livres : des mondes innombrables, mais aussi le passage des âmes d'un corps à l'autre, la magie, le Saint-Esprit comme âme du monde, le Christ qui ne serait pas Dieu (liste d'un témoin hostile, qui dit citer les titres de mémoire). La pluralité des mondes figurait donc parmi les thèses reprochées, mais Copernic n'était pas encore condamné (il le sera en 1616). La sentence elle-même n'est pas dans notre corpus : nous ne pouvons pas dire, texte en main, quels chefs l'ont décidée.

À nuancer
Bruno, martyr de la libre pensée.

Il est mort en refusant de se rétracter, et il défendait la liberté du philosophe : prétendre qu'il n'y a qu'une seule voie pour connaître la nature, c'est de l'orgueil. Mais l'image du « martyr de la libre pensée » est surtout une construction du XIXe siècle : la statue du Campo de' Fiori est inaugurée en 1889 par des milieux anticléricaux. Bruno lui-même disait haïr « le vulgaire », et son porte-parole approuve que certaines vérités ne soient pas enseignées au peuple. La liberté qu'il défend est d'abord celle du philosophe.

À nuancer
« Vous avez plus peur de prononcer cette sentence que moi de la recevoir » : ce sont ses dernières paroles.

La phrase est bien attestée, mais par un seul témoin, Kaspar Schoppe, un converti hostile à Bruno, dans une lettre écrite le jour du bûcher. Elle n'a pas été dite sur le bûcher, mais le 8 février 1600, après la lecture de la sentence, et elle commence par « peut-être » (forsan). Schoppe ajoute que, sur le bûcher, Bruno a repoussé d'un air farouche l'image du Christ en croix qu'on lui présentait.