QuestionsLa science peut-elle tout expliquer ?Savoir et pouvoir s'impliquent l'un l'autre : la vérité est « de ce monde »
La science peut-elle tout expliquer ?Une construction humaine

Savoir et pouvoir s'impliquent l'un l'autre : la vérité est « de ce monde »

Le pouvoir-savoir ; le régime de vérité ; la généalogie (Foucault)

Michel Foucault 1926 · 1984Philosophe et historien : les savoirs et les pouvoirs se produisent l'un l'autre, et chaque société a son régime de vérité.
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Ce qu'il soutient

Les savoirs scientifiques sont en partie des constructions liées à des rapports de pouvoir ; la tâche n'est pas de libérer la vérité du pouvoir, mais de détacher le pouvoir de la vérité des formes d'hégémonie où il s'exerce.

Pourquoi

Tout savoir suppose des rapports de pouvoir, et la vérité n'est produite que sous contraintes : le savoir n'est pas un reflet neutre.

La même idée à travers l'histoire
Nietzsche1887Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, retrace l'origine de nos valeurs et de nos savoirs dans des rapports de force. Foucault se réclame de cette « généalogie » pour étudier comment les savoirs se forment.
Thomas Kuhn1962Kuhn montre, sur l'histoire des sciences de la nature, que la communauté scientifique et ses paradigmes pèsent sur ce qui compte comme preuve. Le point de départ est différent de celui de Foucault, la conclusion est voisine.
Michel Foucault1975Dans Surveiller et punir, Foucault montre que les savoirs sur l'homme (médecine, psychiatrie, criminologie) naissent dans des institutions de contrôle : prison, asile, clinique, école.
En bref

« Savoir et pouvoir s'impliquent l'un l'autre : la vérité est « de ce monde » » est un argument de Michel Foucault (Surveiller et punir (1975) ; « Vérité et pouvoir » (entretien, 1977), 1975) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : une construction humaine). Sa thèse : Les savoirs scientifiques sont en partie des constructions liées à des rapports de pouvoir ; la tâche n'est pas de libérer la vérité du pouvoir, mais de détacher le pouvoir de la vérité des formes d'hégémonie où il s'exerce. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Surveiller et punir (1975) ; « Vérité et pouvoir » (entretien, 1977)
Valide avec une prémisse implicite

On imagine la science comme un regard neutre posé sur le monde, loin du pouvoir. Michel Foucault, historien des prisons, des asiles et des hôpitaux, soutient que les savoirs et les pouvoirs se fabriquent ensemble : pour surveiller, classer ou soigner des gens, on produit des savoirs sur eux, et ces savoirs donnent à leur tour des moyens d'agir sur eux. La vérité n'est donc pas hors du pouvoir : chaque société a son « régime de vérité », avec ses institutions, ses règles et ceux qu'on charge de dire ce qui est vrai. Foucault travaille surtout sur les sciences de l'homme (médecine, psychiatrie, criminologie) ; savoir si sa thèse vaut aussi pour la physique est précisément ce qui est discuté. Les livres sont sous droits : nous citons de courts passages de traductions anglaises, vérifiés.

P1Pouvoir et savoir s'impliquent directement l'un l'autre : il n'y a pas de rapport de pouvoir sans constitution d'un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des rapports de pouvoir.
P2La vérité n'est pas hors du pouvoir : elle n'est produite que par de multiples formes de contrainte, et elle a en retour des effets de pouvoir. Chaque société a son régime de vérité.
P3 · prémisse impliciteLes sciences sont des discours reçus comme vrais dans un tel régime, avec leurs institutions (laboratoires, hôpitaux, universités, prisons) et leurs règles pour dire ce qui compte comme savoir.
P4 · prémisse impliciteUn savoir produit sous des contraintes qui varient selon les sociétés n'est pas un simple reflet neutre de la réalité : il est en partie construit.
Donc les savoirs scientifiques sont en partie des constructions liées à des rapports de pouvoir ; la tâche n'est pas de libérer la vérité du pouvoir, mais de détacher le pouvoir de la vérité des formes d'hégémonie où il s'exerce.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, on peut admettre P1 et P2 pour la psychiatrie et la criminologie, tout en pensant que la physique, elle, décrit le monde tel qu'il est, indépendamment des institutions qui la pratiquent. La conclusion ne vaut alors que pour les sciences de l'homme.
L'argument est valide avec les prémisses cachées P3 et P4. P1 et P2 posent le lien entre savoir, vérité et pouvoir ; P3 range les sciences dans les discours tenus pour vrais ; P4 dit qu'un savoir produit sous contraintes variables est en partie construit. Les débats portent sur P3 (vaut-il pour la physique autant que pour la psychiatrie ?) et sur P4 (être produit sous contraintes, est-ce être moins vrai ?).
Analogie. Une carte de ville n'est jamais neutre : elle montre ce que ceux qui l'ont dessinée veulent qu'on voie (routes, quartiers, frontières). La ville existe indépendamment de la carte, mais ce qu'on sait d'elle passe par ce qu'on a choisi de dessiner. Foucault dit que les savoirs fonctionnent aussi comme des cartes.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hilary Putnam 1975 · attaque la conclusion

Putnam soutient que le succès de la science (prévisions confirmées, technologies qui marchent) serait un miracle si ses théories n'étaient pas, au moins en gros, vraies. Une science simplement construite par des institutions ne devrait pas réussir aussi bien à prédire des faits que personne n'a choisis.

un défenseur répond
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Foucault dans ses textes.
J
Joseph Rouse défenseur de l'argument · 1987
Dans Knowledge and Power, Rouse applique l'analyse de Foucault aux sciences de la nature. Pour lui, le savoir de laboratoire se construit par des pratiques, des instruments et des institutions ; cela n'ôte pas au savoir son efficacité, mais cela montre que ses résultats se tiennent par ces pratiques plutôt que par un simple reflet du monde.
Le débat continue (notre résumé) Foucault ne répond pas à Putnam (leurs textes sont de la même époque) et ne parle presque jamais de la physique : ses enquêtes portent sur la médecine, la psychiatrie, les prisons. Étendre sa thèse aux sciences de la nature est l'œuvre de ses successeurs.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le succès de la science prouve-t-il qu'elle décrit le monde tel qu'il est, ou seulement qu'elle réussit dans ses propres pratiques ? Réalistes et constructivistes s'opposent encore sur ce point (notre résumé).
Jürgen Habermas 1985 · attaque la prémisse 2

Habermas reproche à Foucault de se contredire : s'il tient toute vérité pour un effet de pouvoir, sa propre critique du pouvoir n'a plus de base pour se dire plus vraie ou plus juste qu'une autre. Foucault critique sans dire au nom de quoi, et sa théorie présuppose en secret des normes qu'elle prétend ne pas pouvoir fonder.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Foucault dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Foucault est mort en 1984, avant la publication des conférences où Habermas formule cette critique en détail (1985). Il a toutefois défendu en 1984, dans « Qu'est-ce que les Lumières ? », une critique qui reste fidèle à l'esprit critique de Kant sans prétendre à un fondement universel : ce texte n'est pas une réponse directe à Habermas, et nous ne l'avons pas relu.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : une critique peut-elle se passer de fondement universel, ou en suppose-t-elle un ? Les disciples de Foucault et ceux de Habermas continuent de débattre de cette question (notre résumé).
N
Nancy Fraser 1981 · attaque la conclusion

Fraser juge les descriptions de Foucault précieuses, mais sa position morale confuse : il emploie « pouvoir » tantôt dans un sens neutre, tantôt comme quelque chose à combattre. Si tout savoir est lié à du pouvoir, pourquoi une forme de pouvoir serait-elle pire qu'une autre ? Sans critère pour distinguer la domination de ce qui ne l'est pas, la conclusion de Foucault ne dit pas à quoi résister.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Foucault dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : Foucault a-t-il un critère implicite (la liberté, la souffrance, l'assujettissement) ou n'en a-t-il pas ? La critique de Fraser porte sur la politique plus que sur la science ; ses partisans et ses adversaires continuent de la discuter (notre résumé).