QuestionsFaut-il croire sans preuve ?Deux magistères qui ne se recouvrent pas
Faut-il croire sans preuve ?Deux domaines séparés

Deux magistères qui ne se recouvrent pas

NOMA (magistères qui ne se recouvrent pas)

Stephen Jay Gould 1941 · 2002Paléontologue. Les bizarreries des vivants, comme le « pouce » du panda, sont les traces d'une histoire, pas la signature d'un ingénieur.
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Ce qu'il soutient

Aucun conflit entre science et religion ne devrait exister : chacune a son magistère légitime, et ces magistères ne se recouvrent pas.

Pourquoi

La science répond aux questions de fait, la religion à celles de sens et de valeur : aucune question n'a deux réponses concurrentes.

La même idée à travers l'histoire
Galileo Galilei1615Galilée distingue déjà ce que l'Esprit saint veut nous apprendre (le salut) de ce que la nature montre (le mouvement du ciel). Mais il garde une Écriture vraie à interpréter ; Gould, lui, ne s'occupe pas de la vérité de l'Écriture.Baruch Spinoza1670Spinoza sépare la foi (obéissance, justice, charité) et la philosophie (vérité) : une autre manière de dire que chacune a son domaine.
Stephen Jay Gould1997La version présentée ici : un paléontologue américain, agnostique, reprend le mot « magistère » d'une encyclique de Pie XII (1950) pour proposer la paix entre science et religion. Il résume : « nous étudions comment vont les cieux, ils décident comment aller au ciel ».
Albert Einstein1941« La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle » : pour Einstein, la science dit ce qui est, la religion juge des fins. Il juge donc, comme Gould, qu'un vrai conflit est impossible, mais il lie les deux domaines plus qu'il ne les sépare.
En bref

« Deux magistères qui ne se recouvrent pas » est un argument de Stephen Jay Gould (« Nonoverlapping Magisteria », 1997 ; Rocks of Ages, 1999, 1997) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : deux domaines séparés). Sa thèse : Aucun conflit entre science et religion ne devrait exister : chacune a son magistère légitime, et ces magistères ne se recouvrent pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Nonoverlapping Magisteria », 1997 ; Rocks of Ages, 1999
Valide avec une prémisse implicite

En octobre 1996, le pape Jean-Paul II défend devant l'Académie pontificale des sciences à la fois les preuves de l'évolution et sa compatibilité avec la doctrine catholique, et la presse mondiale en fait ses gros titres. Gould, paléontologue et darwinien, voit là une occasion de mettre fin à une guerre qu'il juge inutile. Il propose une règle simple : la science et la religion ont chacune un domaine d'autorité, un « magistère », et ces deux domaines ne se recouvrent pas. Donc aucun conflit n'a de raison d'être. Il précise aussi que la religion ne dicte pas les faits et que la science n'a pas d'avance sur les valeurs.

P1La science couvre l'univers empirique : de quoi il est fait (les faits) et pourquoi il fonctionne ainsi (les théories). La religion s'étend sur les questions de sens moral et de valeur.
P2 · prémisse impliciteSi la science ne répond qu'aux questions de fait et la religion qu'aux questions de sens et de valeur, aucune question ne reçoit deux réponses concurrentes : les deux domaines ne se recouvrent pas.
P3 · prémisse impliciteIl n'y a conflit entre deux autorités que si elles prétendent répondre à la même question.
Donc aucun conflit entre science et religion ne devrait exister : chacune a son magistère légitime, et ces magistères ne se recouvrent pas.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P3, l'ordinateur trouve un cas où la science traite des faits, la religion des valeurs, et où il y a pourtant un conflit (par exemple si un texte religieux affirme un fait que la science nie).
Avec P2 et P3, la conclusion suit. Sans elles, on peut accepter la répartition de P1 et pourtant voir un conflit, si un texte religieux fait aussi des affirmations de fait. Tout le poids repose donc sur P2, qui est une prémisse cachée : elle suppose que la religion ne fait pas d'affirmations sur le monde. C'est exactement ce que ses critiques contestent (Dawkins, les miracles). Gould admet que les deux magistères « se touchent » et que beaucoup de grandes questions demandent les deux ; il pense que le tri est difficile, pas impossible.
Analogie. Un arbitre et un statisticien regardent le même match. Le premier dit si le but est valable selon les règles, le second compte les tirs. Ils ne peuvent pas se contredire, car ils ne répondent pas à la même question. Mais si l'arbitre se met à annoncer le nombre de tirs, il entre dans le domaine du statisticien, et là un désaccord redevient possible.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Richard Dawkins 2006 · attaque la prémisse 2

Dawkins refuse le NOMA. Les religions font des affirmations sur le monde : un univers où existe une intelligence créatrice surnaturelle est un autre univers que celui où elle n'existe pas. Que Dieu existe ou non est donc une question scientifique, même si l'on ne peut pas encore la trancher. La religion ne peut pas se réfugier dans le seul domaine des valeurs.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 2006, après sa mort (2002).
Le débat continue (notre résumé) Gould est mort en 2002, quatre ans avant ce livre. Le désaccord de fond : « Dieu existe » est-il une question de fait comme les autres (Dawkins), ou la religion parle-t-elle d'autre chose que d'une hypothèse sur l'origine du monde ? Voir aussi l'argument de Dawkins sur l'improbabilité de Dieu. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : aucune réponse largement acceptée. Dawkins traite l'existence de Dieu comme une hypothèse empirique ; ses adversaires disent que cette façon de poser la question change ce que les croyants entendent par Dieu.
David Hume 1748 · attaque la prémisse 2

Les religions racontent des miracles, c'est-à-dire des événements dans le monde qui violeraient les lois de la nature. Ces récits sont des affirmations de fait : on peut les peser avec l'expérience, comme Hume le fait. La religion recouvre donc le domaine des faits, et elle peut y être jugée.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Gould dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Hume n'a pas écrit contre Gould (il lui est antérieur de plus de deux siècles) : l'objection est notre application de son raisonnement. Gould ne traite pas dans son essai de 1997 de la question des miracles. Un défenseur du NOMA peut répondre que les miracles sont une part secondaire de la religion, ou que l'énoncé « Dieu est intervenu » n'a pas à être jugé par la science. Les croyants qui tiennent aux miracles refuseront cette réponse. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : un miracle est-il un fait observable, que l'on peut tester par le témoignage et l'expérience, ou un signe dont le sens échappe à l'enquête scientifique ?
Alvin Plantinga 2011 · attaque la conclusion

Plantinga, croyant et philosophe, refuse lui aussi la séparation, mais pour une autre raison que Dawkins. Pour lui, la foi chrétienne affirme que Dieu a créé le monde et agit en lui. Le théisme dit donc quelque chose sur le monde dont s'occupe la science. Il juge que science et théisme sont en profond accord, et que le vrai conflit oppose la science au naturalisme, pas à la religion.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2011, après sa mort (2002).
Où en est le débat (notre résumé)Dawkins et Plantinga s'accordent sur un point contre Gould : la religion fait des affirmations sur le monde. Ils divergent sur la suite : ces affirmations sont-elles en conflit avec la science (Dawkins) ou en accord avec elle (Plantinga) ?