QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?Les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des droits
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Ils ont des droits

Les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des droits

L'argument kantien pour les droits des animaux ; fellow creatures

Christine Korsgaard né en 1952Relit Kant pour aujourd'hui : notre valeur vient de notre capacité à choisir nos fins.
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Ce qu'il soutient

Les animaux sont des fins en soi, et la seule manière de nous situer justement par rapport à eux est de leur reconnaître des droits.

Pourquoi

Ce qui rend nos buts importants, c'est que les choses peuvent être bonnes ou mauvaises pour nous, et les animaux sont dans le même cas.

La même idée à travers l'histoire
Kant1785Kant : les êtres raisonnables sont des fins en soi, et ne doivent jamais être traités seulement comme des moyens. Pour Kant, les animaux n'étaient que des moyens.Tom Regan1983Regan : tous les sujets d'une vie ont une valeur propre. Korsgaard arrive à une conclusion voisine par un autre chemin : en restant dans le cadre de Kant.
Christine Korsgaard2004Conférences Tanner « Fellow Creatures: Kantian Ethics and Our Duties to Animals » (2004, publiées en 2005) : première version du raisonnement. Il est repris dans « A Kantian Case for Animal Rights » (2012), qui y ajoute les droits légaux, puis dans le livre Fellow Creatures (2018).
En bref

« Les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des droits » est un argument de Christine Korsgaard (Fellow Creatures, 2018 ; « A Kantian Case for Animal Rights », 2012, 2004) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : ils ont des droits). Sa thèse : Les animaux sont des fins en soi, et la seule manière de nous situer justement par rapport à eux est de leur reconnaître des droits. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Fellow Creatures, 2018 ; « A Kantian Case for Animal Rights », 2012
Valide avec une prémisse implicite

On croit souvent que la morale de Kant est hostile aux animaux, car Kant les traitait comme des choses. Christine Korsgaard soutient le contraire, à partir des principes de Kant lui-même. Quand nous choisissons un but, dit-elle, nous le tenons pour important, et cela revient à nous tenir nous-mêmes pour importants. Mais ce que nous valorisons ainsi, ce n'est pas d'abord notre raison : c'est le fait que les choses peuvent être bonnes ou mauvaises pour nous. Or il en va de même pour les autres animaux. Si nous demandons aux autres de respecter ce qui est bon pour nous, nous nous engageons à respecter ce qui est bon pour eux. Ils sont donc des fins en soi, et comme nous dominons les animaux sans qu'ils puissent se défendre, la seule relation juste passe par des droits reconnus par la loi.

P1Quand nous faisons un choix, nous tenons ce qui est bon pour nous pour bon absolument, et pas seulement pour nous : c'est ainsi que nous nous tenons nous-mêmes pour des fins en soi.
P2Ce que nous tenons ainsi pour important, ce n'est pas notre seule raison : ce sont des êtres pour qui les choses peuvent être bonnes ou mauvaises. La nourriture, le confort, l'absence de douleur et de peur sont bons pour nous en tant qu'êtres vivants, pas en tant qu'êtres raisonnables.
P3Les autres animaux sont, comme nous, des êtres pour qui les choses peuvent être bonnes ou mauvaises.
P4 · prémisse impliciteSi le fondement de la valeur que je m'accorde est le fait d'avoir des intérêts, alors tout être qui a des intérêts a la même valeur : je ne peux pas retenir ce fondement pour moi et le refuser aux autres.
P5Les humains, organisés en société, dominent à sens unique les animaux, qui sont presque entièrement à leur merci. Pour Kant, une telle domination est un mal en soi, et les droits sont ce qui permet de s'en défaire.
Les animaux sont des fins en soi, et la seule manière de nous situer justement par rapport à eux est de leur reconnaître des droits.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où nous avons des intérêts et où les animaux en ont aussi, mais où seuls les humains ont de la valeur : les autres prémisses restent vraies, la conclusion est fausse.
Valide avec P4. Sans elle, on montre que nous nous donnons de la valeur parce que nous avons des intérêts, mais pas que les autres êtres qui en ont reçoivent la même. P4 est le pas de Kant lui-même : ce qui vaut comme raison pour moi doit valoir comme raison pour tous. C'est l'endroit où les adversaires de l'argument attaquent (voir l'objection de Kant).
Analogie. Dans une file d'attente, je dis « j'étais là avant, laissez-moi passer parce que je suis fatigué ». Si ma fatigue est une raison pour moi, elle est une raison pour tout le monde qui est fatigué. Korsgaard dit : ma douleur est une raison parce qu'elle est ma douleur, pas parce que j'ai appris la logique, donc la douleur d'un chien en est une aussi. Ses adversaires répondent que la règle de la file ne vaut qu'entre gens qui peuvent la discuter.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Emmanuel Kant 1797 · attaque la prémisse 4

Pour Kant, par la seule raison, l'homme n'a de devoirs qu'envers l'homme. Les devoirs « envers » les animaux, comme celui de ne pas les maltraiter, sont des devoirs envers nous-mêmes, car la cruauté émousse en nous la compassion qui sert la morale envers les autres hommes.

Korsgaard répond
voir l'argument
Christine Korsgaard défenseur de l'argument · 2012
Korsgaard note que, chez Kant, l'obligation morale vient de ce que nous voulons nous-mêmes que les êtres raisonnables soient traités d'une certaine façon. Si son premier argument est juste, nous sommes déjà engagés à traiter comme des fins tous les êtres qui ont des intérêts. Les animaux ne peuvent pas nous obliger par leur volonté, mais ils peuvent le faire par leur nature, comme êtres de cette sorte.
A
Allen Wood 1998
Avant Korsgaard, le kantien Allen Wood refuse lui aussi l'idée de Kant que tout devoir est un devoir envers une personne. Il garde la nature raisonnable comme source de la valeur, mais dit qu'il faut respecter aussi ses « fragments » et ses conditions là où ils existent sans raison complète : chez les petits enfants, et chez les animaux qui souffrent, désirent ou tiennent à quelque chose.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur la lecture de Kant : la valeur vient-elle de la raison seule (Kant), de la raison et de ses « fragments » chez les animaux (Wood), ou de ce que la raison doit présupposer, la valeur des êtres qui ont des intérêts (Korsgaard) ? Aucune de ces lectures n'est acceptée par tous les kantiens.
David Hume 1751 · attaque la prémisse 5

Pour Hume, la justice naît entre des êtres de force à peu près égale. Face à des créatures incapables de toute résistance, nous devrions de la douceur par humanité, mais aucun devoir de justice, et elles ne pourraient posséder aucun droit. Il dit que c'est la situation des hommes envers les animaux.

un défenseur répond
Christine Korsgaard défenseur de l'argument · 2012
Korsgaard répond que cet argument de réciprocité prouve trop : si un petit groupe prenait le contrôle de la seule arme capable de détruire des villes et soumettait tous les autres, il ne nous devrait plus de justice. Chez Kant, c'est la liberté de chacun, pas son intérêt, qui est en jeu, et on ne peut pas réclamer un droit sans respecter celui des autres : ce groupe devrait donc encore la justice.
Le débat continue (notre résumé) Un partisan de Hume peut répondre que le cas de la menace des villes est extrême, et que la justice entre humains tient à une dépendance mutuelle qu'aucun groupe ne perd tout à fait, alors que les animaux ne peuvent jamais faire payer l'injustice. Korsgaard pense au contraire que cette absence de risque est exactement ce qui rend la domination dangereuse pour eux.
Où en est le débat (notre résumé)Point de fond : la justice suppose-t-elle une réciprocité possible ou seulement l'existence d'êtres dont la liberté ou les intérêts peuvent être dominés ? Les deux camps acceptent le cas des humains très faibles, mais en tirent des conclusions différentes.
Emmanuel Kant 1797 · attaque la conclusion

Pour Kant, les droits servent à protéger la liberté, définie comme l'indépendance par rapport à la contrainte exercée par le choix d'un autre. Les animaux ne choisissent pas leur façon de vivre comme des êtres raisonnables : la question de leurs droits ne se pose donc pas (c'est l'objection que Korsgaard se pose à elle-même).

un défenseur répond
Christine Korsgaard défenseur de l'argument · 2012
Korsgaard répond que la liberté en jeu dans les droits est simplement celle d'utiliser son corps pour se faire une vie décente dans le monde où l'on se trouve. En ce sens, la « liberté » des animaux est le genre de chose que les droits peuvent protéger.
Où en est le débat (notre résumé)Les kantiens discutent de ce que la liberté des droits suppose : l'autonomie morale (réponse de Kant) ou simplement la liberté d'agir de son corps (réponse de Korsgaard). Korsgaard admet elle-même que les détails des droits à accorder restent à travailler.