Roi de la Chine sans souvenirs : ce ne serait plus moi
Le roi de la Chine de Leibniz
Être la même personne, au sens qui compte, suppose le souvenir ou la conscience du moi : sans lui, la même âme ne serait plus « moi » pour la morale.
Devenir roi de la Chine en oubliant tout ce qu'on a été reviendrait à disparaître : sans souvenir, survivre n'a rien de souhaitable.
« Roi de la Chine sans souvenirs : ce ne serait plus moi » est un argument de Gottfried Wilhelm Leibniz (Discours de métaphysique, § 34 (1686)) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : Être la même personne, au sens qui compte, suppose le souvenir ou la conscience du moi : sans lui, la même âme ne serait plus « moi » pour la morale. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Leibniz croit que l'âme est une substance qui ne périt pas. Mais il se demande si cela suffit pour que nous survivions vraiment. Son exemple : un homme pourrait devenir roi de la Chine, à condition d'oublier tout ce qu'il a été. Qu'y gagnerait-il ? Pour tout ce qu'on peut observer, ce serait comme s'il avait été anéanti et qu'un autre roi avait été créé à sa place. L'immortalité qui compte, dit Leibniz, est celle où je me souviens d'avoir été moi, et c'est ce souvenir, ou conscience du moi, qui permet de me récompenser ou de me punir. Pourquoi cet argument est-il rangé dans le camp « conscience » alors que Leibniz garde l'âme ? Parce qu'il distingue deux choses : l'identité « réelle », celle de la même substance, qu'il maintient, et l'identité « morale » ou personnelle, la seule qui importe pour la responsabilité et pour l'espoir de survivre. Pour la seconde, il répond comme Locke : c'est la conscience de soi. Il ajoute pourtant que le témoignage des autres peut combler un trou de mémoire.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où survivre ne peut pas importer sans souvenir, où l'imputation demande le souvenir, et où l'on est pourtant la même personne sans souvenir : rien ne relie encore « être la même personne » à ces deux questions.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Joseph Butler 1736 · attaque la conclusionLa conscience de l'identité personnelle suppose cette identité, elle ne peut donc pas la constituer. Pour que mon souvenir d'une action soit vrai, il faut déjà que ce soit moi qui l'aie faite. Dire que la mémoire fait l'identité revient à tourner en rond.
un défenseur répond
La conscience de l'identité personnelle suppose cette identité, elle ne peut donc pas la constituer. Pour que mon souvenir d'une action soit vrai, il faut déjà que ce soit moi qui l'aie faite. Dire que la mémoire fait l'identité revient à tourner en rond.
Thomas Reid (l'officier courageux) 1785 · attaque la conclusionUn enfant est fouetté, devient officier qui s'en souvient, puis général qui se souvient de l'officier mais plus de l'enfant. Si la mémoire fait l'identité, le général est l'officier, l'officier est l'enfant, et pourtant le général n'est pas l'enfant : c'est contradictoire.
un défenseur répond
Un enfant est fouetté, devient officier qui s'en souvient, puis général qui se souvient de l'officier mais plus de l'enfant. Si la mémoire fait l'identité, le général est l'officier, l'officier est l'enfant, et pourtant le général n'est pas l'enfant : c'est contradictoire.
Derek Parfit 1984 · attaque la prémisse 3Ce qui compte quand je pense à ma survie n'est pas l'identité stricte, ni le seul souvenir, mais la continuité et la liaison psychologiques (souvenirs, intentions, croyances, caractère) quand elles ont une cause appropriée. Dans les cas limites, la question « est-ce encore moi ? » peut n'avoir pas de réponse, sans que cela change ce qui compte.
sans réponse
Ce qui compte quand je pense à ma survie n'est pas l'identité stricte, ni le seul souvenir, mais la continuité et la liaison psychologiques (souvenirs, intentions, croyances, caractère) quand elles ont une cause appropriée. Dans les cas limites, la question « est-ce encore moi ? » peut n'avoir pas de réponse, sans que cela change ce qui compte.