QuestionsSommes-nous libres ?Le cerveau s'active avant que nous décidions
Sommes-nous libres ?Pas de libre arbitre

Le cerveau s'active avant que nous décidions

L'expérience de Libet

Benjamin Libet 1916 · 2007Le cerveau prépare l'action avant que nous ayons conscience de la décider.
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Ce qu'il soutient

Le déclenchement d'un geste volontaire peut commencer sans conscience : le cerveau a déjà lancé l'acte avant que nous ayons conscience de décider.

Pourquoi

L'activité du cerveau qui prépare le geste commence avant le moment où le sujet dit avoir décidé de bouger.

En bref

« Le cerveau s'active avant que nous décidions » est un argument de Benjamin Libet (Brain 106, 1983 (Libet, Gleason, Wright, Pearl)) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : Le déclenchement d'un geste volontaire peut commencer sans conscience : le cerveau a déjà lancé l'acte avant que nous ayons conscience de décider. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Brain 106, 1983 (Libet, Gleason, Wright, Pearl)
Valide avec une prémisse implicite

En 1983, le neurophysiologiste Benjamin Libet demande à des volontaires de plier le poignet quand ils en ont envie. Ils regardent une tache qui tourne sur une horloge et notent où elle était quand ils ont eu conscience de vouloir bouger. Pendant ce temps, des électrodes mesurent l'activité de leur cerveau. Résultat : l'activité cérébrale qui prépare le geste commence avant la conscience de vouloir. Libet n'en conclut pas que nous n'avons aucune liberté. Il garde une porte ouverte, le « veto » : la conscience pourrait encore arrêter le geste. Cette expérience est l'une des plus discutées de la science du libre arbitre.

P1On peut dater le moment où le sujet prend conscience de vouloir bouger (le temps W) grâce à la position de la tache sur l'horloge qu'il se rappelle.
P2Dans les séries où le geste est spontané, l'activité cérébrale de préparation (le potentiel de préparation) commence en moyenne environ 350 ms avant ce moment W.
P3 · prémisse impliciteCe potentiel de préparation est bien le début de la préparation du geste, et non une activité sans rapport avec lui.
P4 · prémisse impliciteUne décision qui n'apparaît dans la conscience qu'après le début de la préparation du geste ne peut pas être ce qui déclenche cette préparation.
Donc le déclenchement d'un geste volontaire peut commencer sans conscience : le cerveau a déjà lancé l'acte avant que nous ayons conscience de décider.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'activité cérébrale précède la conscience, mais n'est pas le début du geste : la conscience de décider pourrait alors bien déclencher le geste.
Avec P3 et P4, la conclusion suit. P1 et P2 sont des résultats de mesure ; P3 dit ce que ces mesures signifient (le potentiel de préparation est le début du geste) ; P4 est un principe de bon sens (une cause ne vient pas après son effet). Les objections visent surtout P3 (Schurger) et la façon dont on déduit P4 (Mele, Dennett).
Analogie. Imaginez que vous entendiez le tonnerre une seconde après l'éclair. Vous ne diriez pas que le tonnerre a provoqué l'éclair. Libet dit : la conscience de vouloir arrive après le début de l'activité du cerveau, comme le tonnerre après l'éclair. Mais attention, l'image suppose que l'activité du cerveau est bien le début du geste, ce que Schurger conteste.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Libet lui-même (le veto) 1999 · attaque la conclusion

Le processus volontaire est lancé sans conscience. Mais la conscience peut encore contrôler l'issue : elle peut mettre son veto à l'acte. Le libre arbitre n'est donc pas exclu. Il ne lancerait pas l'acte, mais il pourrait en contrôler l'exécution. Libet avait déjà proposé cette idée dans un article de 1985.

Libet répond
A
Alfred Mele 2011
On n'a jamais enregistré d'activité cérébrale avant un veto : faute de mouvement du muscle, l'ordinateur ne lançait pas l'enregistrement. Pour autant qu'on sache, l'activité cérébrale précédait donc aussi l'envie que le sujet a ensuite supprimée.
Le débat continue (notre résumé) Le veto reste donc une hypothèse. Libet lui-même se demande si le veto a une origine inconsciente, et il refuse de dire qu'un veto d'origine inconsciente serait une vraie liberté. Il s'appuie sur des sujets qui disent avoir supprimé une envie, ce qui n'est pas une mesure directe.
A
Aaron Schurger, Jacobo Sitt et Stanislas Dehaene 2012 · attaque la prémisse 3

Le potentiel de préparation n'est peut-être pas le début d'une décision. Quand rien ne presse, le moment précis du geste est surtout fixé par des fluctuations spontanées de l'activité des neurones, une sorte de bruit qui s'accumule jusqu'à un seuil. En alignant tous les essais sur le début du geste, on voit en moyenne une montée progressive, qui ressemble à une préparation mais n'en est pas une.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2012, après sa mort (2007).
Le débat continue (notre résumé) Libet est mort en 2007 : il n'a pas pu répondre. Ce modèle enlève un appui à l'argument de Libet, mais il ne prouve pas que nous sommes libres. Pour un déterministe, un bruit neuronal qui fixe le moment du geste n'est pas non plus un choix libre.
A
Alfred Mele 2009 · attaque la prémisse 4

Rien ne prouve que les sujets avaient décidé de bouger dès le début du potentiel de préparation. Ce que Libet mesure, c'est plutôt l'envie ou le désir de bouger, et il n'est pas surprenant que nos envies soient produites par des processus dont nous n'avons pas conscience. Ce qui compte pour le libre arbitre, c'est que nous décidions ensuite d'agir ou non sur cette envie.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2009, après sa mort (2007).
Le débat continue (notre résumé) Mele (Effective Intentions, 2009) fait la distinction entre une envie et une décision. Libet est mort en 2007, deux ans avant ce livre, et il ne l'a donc jamais lu ni commenté.
Daniel Dennett 2003 · attaque la prémisse 1

Le sujet doit comparer deux expériences conscientes : le moment où il décide, et la position de l'horloge. Cette comparaison prend du temps et peut fausser la date qu'il donne. Dennett juge possible que les sujets aient pris leur décision consciemment vers 550 ms avant le geste, tout en ayant l'impression de ne l'avoir prise que plus tard.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Libet dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Mele fait remarquer que les données ne permettent de trancher ni pour la date de Libet (décision inconsciente vers -550 ms) ni pour celle de Dennett (décision consciente à la même date), parce que le potentiel n'est enregistré que lorsqu'un geste a lieu. Nous n'avons pas trouvé de réponse directe de Libet à Dennett.