QuestionsFaut-il toujours obéir à la loi ?Le tyran n'est plus un roi : le tuer, ce n'est pas tuer un souverain
Faut-il toujours obéir à la loi ?Le droit de se révolter

Le tyran n'est plus un roi : le tuer, ce n'est pas tuer un souverain

« Le tyran Zhou, un simple individu » ; le droit de renverser le tyran en Chine

Mencius v. 372 av. J.-C. · v. 289 av. J.-C.La nature humaine est bonne : chacun porte en lui le germe de la bienveillance.
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Ce qu'il soutient

En punissant Zhou, on n'a pas tué un souverain : renverser un tyran n'est pas un crime contre son prince.

Pourquoi

Un souverain qui détruit la bienveillance et la justice n'est plus qu'un simple individu : on punit alors un homme, on ne tue pas un roi.

La même idée à travers l'histoire
Mencius320 av. J.-C.Mencius répond au roi Xuan de Qi, qui lui demande si un ministre peut tuer son souverain, comme on le dit de Wu et du dernier roi des Shang. Il retourne la question : cet homme-là était-il encore un roi ? Le texte affirme aussi que le peuple pèse plus que le prince (7B.14).
Juan de Mariana1599En Europe, le jésuite Juan de Mariana soutient que le peuple peut tuer un tyran. Il ne connaît pas Mencius, mais défend l'idée voisine qu'un prince tyrannique perd sa légitimité.John Locke1689Locke défend lui aussi qu'un pouvoir qui agit contre ceux qu'il doit protéger perd son droit à l'obéissance.
En bref

« Le tyran n'est plus un roi : le tuer, ce n'est pas tuer un souverain » est un argument de Mencius (Mencius 1B.8, 7B.14 et 4A.9 (IVe siècle av. J.-C.), 320 av. J.-C.) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : le droit de se révolter). Sa thèse : En punissant Zhou, on n'a pas tué un souverain : renverser un tyran n'est pas un crime contre son prince. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Mencius 1B.8, 7B.14 et 4A.9 (IVe siècle av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Vers 320 av. J.-C., le roi Xuan de Qi interroge Mencius sur deux faits anciens : Tang a chassé Jie, le dernier roi des Xia, et Wu, fondateur de la dynastie Zhou, a attaqué et renversé Zhou, le dernier roi des Shang, un tyran (selon la tradition, Zhou se donna la mort quand sa capitale tomba). Tang et Wu étaient leurs vassaux. Un ministre peut-il donc mettre à mort son souverain ? Mencius répond que, selon lui, ce n'est pas ce qui s'est passé. Un souverain n'est pas souverain parce qu'il est sur le trône, mais parce qu'il protège son peuple. S'il détruit la bienveillance et la justice, il devient « un simple individu ». Le texte ne présente pas l'argument en prémisses : la forme P1 à P4 est notre reconstruction de 1B.8, avec 7B.14 et 4A.9.

P1Celui qui détruit la bienveillance et la justice est un voleur et un brigand. Un tel homme n'est plus qu'un simple individu.
P2Dans l'État, le peuple compte le plus, les autels de la terre et des grains ensuite, le souverain le moins. Un prince qui met l'État en danger est remplacé.
P3Le dernier roi des Shang, Zhou, détruisait la bienveillance et la justice : il avait perdu son peuple.
P4 · prémisse impliciteTuer un souverain est un crime grave ; punir un simple individu qui n'est plus souverain n'en est pas un.
Donc, en punissant Zhou, on n'a pas tué un souverain : renverser un tyran n'est pas un crime contre son prince.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le tyran est devenu un simple individu (P1, P2, P3) mais reste un souverain devant la loi : le tuer est alors un régicide, et la conclusion tombe.
Avec ses quatre prémisses, l'argument est valide. Sans P4, il ne l'est plus : même devenu un simple individu, le tyran pourrait rester un souverain aux yeux de la loi, et le tuer serait quand même un régicide. Mencius ne pose pas P4 en principe : elle ressort de la question du roi (« un ministre peut-il tuer son souverain ? ») et de sa réponse. C'est aussi là que frappent les critiques : Han Fei refuse de laisser quiconque décider quand le prince n'est plus prince.
Analogie. Un maire qui, élu pour protéger sa commune, la pille au grand jour : on dit que le maire n'est plus le maire de personne. Mencius dit la même chose du roi.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hobbes 1651 · attaque la prémisse 1

Hobbes écrit que « tyrannie » n'est pas le nom d'une autre forme de gouvernement, mais celui de la même forme qu'on n'aime pas : ceux qui sont mécontents de la monarchie l'appellent tyrannie. Si chacun est juge de ce qui est tyrannique, tout sujet mécontent pourra déclarer son roi « simple individu » et le tuer.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1651, après sa mort (-289).
Locke défenseur de l'argument · 1689
Locke répond en donnant un critère qui ne dépend pas du mécontentement : la tyrannie est l'exercice d'un pouvoir au-delà du droit, au profit de celui qui l'exerce et non du bien de ceux qui y sont soumis, quand la volonté du gouverneur tient lieu de loi. Ce n'est pas un nom donné par dépit, mais un acte constatable.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord sur qui juge. Mencius et Locke donnent un critère (la bienveillance et la justice, le bien de ceux qui sont gouvernés) ; Hobbes répond que chaque sujet appliquera ce critère à sa guise et que la guerre civile est pire que la tyrannie. Aucune réponse largement acceptée à la question « qui tranche ? ».
H
Han Fei 240 av. J.-C. · attaque la conclusion

Han Fei écrit que Tang et Wu, qui étaient des ministres, ont tué leur maître et outragé son cadavre, et que le monde les a loués : c'est pour lui la raison pour laquelle le monde n'est toujours pas bien gouverné. Son idée est que l'ordre repose sur la règle « le ministre sert le prince », sans exception pour un prince jugé indigne.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -240, après sa mort (-289).
Le débat continue (notre résumé) Han Fei écrit après Mencius et vise les admirateurs de Tang et de Wu, sans le nommer ici. Mencius répond d'avance sur le fond : le trône ne protège pas qui a perdu son peuple (4A.9, 7B.14). Les deux partent de la même crainte du désordre ; Mencius y voit un tyran qu'il faut pouvoir écarter, Han Fei les ambitieux qui se diront vertueux.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur le risque principal : le tyran qu'on ne peut pas renverser (Mencius) ou l'usurpateur qui se présente en libérateur (Han Fei). Han Fei cite d'ailleurs des cas réels de maisons princières renversées par leurs ministres. Point ouvert : aucune règle ne protège des deux à la fois.
Kant 1797 · attaque la conclusion

Kant écrit qu'il n'y a aucune résistance légitime du peuple contre le chef législateur de l'État, car seule la soumission à sa volonté législative rend possible un état de droit. Un droit de renverser le tyran serait un droit que la loi elle-même ne peut pas contenir sans se détruire.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1797, après sa mort (-289).
Le débat continue (notre résumé) Kant raisonne sur le droit : le peuple ne peut avoir de droit légal de se révolter. Mencius raisonne sur ce qui fait un souverain : un homme qui a perdu bienveillance et justice n'est plus souverain, il n'y a donc pas de résistance à un souverain. Les deux ne parlent pas du même droit, ce qui explique qu'ils puissent rester en désaccord.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : un pouvoir se mesure-t-il à son titre légal (Kant) ou à ce qu'il fait pour ceux qu'il gouverne (Mencius) ? Kant juge d'ailleurs que le tyran doit être critiqué par la plume, non renversé.
Mencius (précision) 320 av. J.-C. · attaque la conclusion

Mencius lui-même limite qui peut agir. Interrogé sur les grands ministres, il dit que ceux de la famille du prince, si le prince a de grandes fautes, doivent le reprendre, puis, s'il n'écoute pas après plusieurs fois, le déposer ; les ministres d'une autre famille doivent le reprendre, puis, s'il n'écoute pas, quitter l'État.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Mencius dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert dans le texte : en 1B.8, Wu punit Zhou sans être de sa famille, alors qu'en 5B.9 seuls les parents du prince peuvent le déposer. Les commentateurs ont cherché à concilier les deux ; nous n'avons pas de réponse de Mencius lui-même.