QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?La justice est due à tout animal capable de souffrir : il doit pouvoir s'épanouir à sa manière
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Ils ont des droits

La justice est due à tout animal capable de souffrir : il doit pouvoir s'épanouir à sa manière

L'approche par les capabilités appliquée aux animaux ; la justice pour les animaux

Martha Nussbaum né en 1947Elle étudie les émotions, l'amour et la fragilité de la vie bonne, et lit le Banquet de Platon en gardant l'attention sur les personnes singulières.
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Ce qu'il soutient

La justice est due aux animaux sensibles : la loi doit protéger leur épanouissement et leur donner un statut juridique.

Pourquoi

Tout animal sensible cherche à vivre bien à sa manière ; l'injustice, c'est d'entraver cet effort, et ils ne peuvent pas se défendre seuls.

La même idée à travers l'histoire
Aristote335 av. J.-C.Aristote : chaque vivant a une manière d'être propre à son espèce, et le bien, c'est de l'accomplir. Nussbaum prolonge cette idée d'épanouissement à tous les animaux, au-delà de l'humain.
Jeremy Bentham1789Bentham : la question n'est pas de savoir s'ils raisonnent, mais s'ils souffrent. Nussbaum garde la sentience comme limite, mais refuse de ne compter que la douleur.
Martha Nussbaum2006Frontiers of Justice (2006), chapitre sur la justice pour les animaux non humains : première version de l'approche par les capabilités appliquée aux animaux. Justice for Animals (2023) la développe.
En bref

« La justice est due à tout animal capable de souffrir : il doit pouvoir s'épanouir à sa manière » est un argument de Martha Nussbaum (Justice for Animals, 2023 ; Frontiers of Justice, 2006, 2006) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : ils ont des droits). Sa thèse : La justice est due aux animaux sensibles : la loi doit protéger leur épanouissement et leur donner un statut juridique. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Justice for Animals, 2023 ; Frontiers of Justice, 2006
Valide avec une prémisse implicite

Pour Martha Nussbaum, la question n'est pas seulement de ne pas faire souffrir les animaux. Chaque animal cherche à vivre bien à sa manière : se déplacer, se nourrir, vivre en groupe, jouer, agir. Il y a injustice quand cet effort est entravé à tort. Elle trace la ligne à la sentience, comme les utilitaristes, mais refuse de ne regarder que la douleur et refuse l'idée d'une échelle de la nature avec l'humain au sommet. Comme les animaux ne peuvent pas défendre leurs intérêts devant un tribunal, elle demande qu'ils aient un statut légal et des représentants.

P1Tout animal sensible est un être qui cherche à vivre bien, à la manière de son espèce. La liste des capabilités décrit ce terrain commun : une animalité fragile et active que chaque espèce habite à sa façon.
P2L'injustice consiste à entraver à tort l'effort d'un être sensible pour bien vivre. Peu importe qu'il nous ressemble : il compte pour ce qu'il est.
P3Les pratiques humaines entravent massivement cet effort chez les animaux, de façon que rien n'excuse.
P4Les animaux ne peuvent pas défendre eux-mêmes leurs intérêts. Il faut donc qu'ils aient une voix politique : un statut légal et des représentants, comme pour les humains qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes.
P5 · prémisse impliciteUne injustice qui frappe des êtres incapables de se défendre appelle une protection de la loi, pas seulement la bonne volonté de chacun.
La justice est due aux animaux sensibles : la loi doit protéger leur épanouissement et leur donner un statut juridique.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où les animaux sont lésés et où les humains décident d'être gentils par vertu privée, sans loi. Les autres prémisses sont vraies, mais la conclusion sur le statut juridique est fausse.
Valide avec P5. Sans elle, on sait seulement que les animaux subissent une injustice et qu'ils auraient besoin d'une voix si on les protégeait. Rien ne dit que la loi doive s'en charger. P5 est le passage de la morale à la loi : pour Nussbaum, une société juste se mesure à ce que chaque être peut faire et être, ce que seule la loi garantit. C'est le point que contestent les partisans de la bienveillance individuelle.
Analogie. Un enfant maltraité ne peut pas porter plainte : un adulte le fait pour lui, et la loi lui donne ce droit. Nussbaum dit que c'est la même idée pour les animaux. Ses adversaires disent qu'un enfant deviendra un adulte qui participe à la société, ce que l'animal ne fera jamais.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Peter Singer 1974 · attaque la prémisse 2

Pour Singer, la sensibilité, c'est-à-dire la capacité de souffrir ou d'éprouver plaisir ou bonheur, est la seule frontière défendable du souci pour les intérêts des autres. Il suffit de donner une égale considération aux intérêts de tous les êtres sensibles ; une longue liste de capabilités n'est pas nécessaire.

un défenseur répond
voir l'argument
Martha Nussbaum défenseur de l'argument · 2020
Nussbaum répond que l'utilitarisme vise bien la douleur, point central de notre exploitation des animaux, mais qu'il aplatit trop le monde. Un utilitariste comme Singer, dit-elle, n'arrive pas à exprimer les nombreuses choses dont les animaux ont besoin pour bien vivre.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps s'accordent sur la sensibilité comme limite. Le désaccord porte sur ce qui compte pour un animal : seulement plaisir et douleur (Singer), ou aussi mouvement, société, jeu, action (Nussbaum). Singer rejette l'idée que ces biens aient une valeur autre que leur effet sur le bien-être.
J
Jan Narveson 1977 · attaque la prémisse 4

Pour Narveson, partisan du contrat social, les droits sont des règles que des êtres capables de les comprendre acceptent entre eux par intérêt mutuel. Les animaux ne peuvent pas participer à ce contrat ni réclamer des droits eux-mêmes ; c'est sa thèse de l'« égoïsme rationnel », opposée à Singer et Regan.

un défenseur répond
Martha Nussbaum défenseur de l'argument · 2022
Nussbaum répond que cela ne retire pas aux animaux le besoin d'une voix politique. Elle estime qu'il importe qu'ils aient un mot à dire, ce qui signifie pour elle un statut légal et une représentation légale, comme pour des humains qui ne parlent pas pour eux-mêmes.
Où en est le débat (notre résumé)Point de fond : la justice vient-elle d'un accord entre égaux capables de réciprocité (contractualisme), ou de la vulnérabilité de tout être qui cherche à vivre bien (Nussbaum) ? Le débat porte aussi sur les humains très dépendants, que les deux camps veulent protéger.
J
Jeff McMahan 2010 · attaque la conclusion

Jeff McMahan, dans « The Meat Eaters », soutient que si la souffrance des animaux compte, celle que causent les prédateurs compte aussi. Nous aurions alors des raisons de souhaiter la disparition des espèces carnivores, si l'on pouvait l'obtenir sans causer plus de mal. Il ajoute qu'avec nos connaissances actuelles, il serait imprudent d'essayer.

un défenseur répond
Martha Nussbaum défenseur de l'argument · 2020
Nussbaum répond que, pour les animaux sauvages, nous ne savons pas assez de choses pour intervenir beaucoup, et que la plupart de nos interventions seraient sans doute nuisibles.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord pratique plus que théorique : McMahan et Nussbaum admettent tous deux que la souffrance sauvage compte, mais ne s'accordent pas sur le moment où l'ignorance rend l'intervention imprudente.