Le précipice caché : regarder la mort en face
« Nous courons sans souci dans le précipice » ; le divertissement devant la mort
Il faut regarder la mort en face au lieu de se divertir pour l'oublier, et cette indifférence est un étrange manque de sens.
La mort est certaine et terrible, et pourtant presque tous s'étourdissent pour ne pas y penser, comme on court vers un précipice.
« Le précipice caché : regarder la mort en face » est un argument de Pascal (Pensées (Brunschvicg 183, 194, 210), 1670) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : une angoisse qui éclaire). Sa thèse : Il faut regarder la mort en face au lieu de se divertir pour l'oublier, et cette indifférence est un étrange manque de sens. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Ici, « angoisse » veut dire ceci : la mort est bien un mal terrible, et la bonne réaction n'est pas de la fuir. Pascal remarque que tous les hommes savent qu'ils vont mourir, et que presque tous s'arrangent pour ne pas y penser : jeu, chasse, affaires, conversation. Il compare cela à des gens qui courent vers un précipice après avoir mis un écran devant eux pour ne pas le voir. Il ne dit pas que la peur est le but. Il dit que se cacher la mort ne la rend pas moins réelle, et que ne pas chercher à savoir ce qu'il y a après est le plus grand manque de sens. Pascal en tire lui-même la suite : le pari (voir « Le pari de Pascal »).
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la fin est certaine, terrible et cachée par le divertissement, mais où cacher le danger est une façon sensée de bien vivre : il n'y a alors aucune raison de la regarder en face.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Montaigne, Essais III, 12 1588 · attaque la prémisse 2Montaigne est d'accord avec Pascal pour dire que la fuite du « vulgaire » est aveugle, et il dit lui-même qu'il faut avoir la mort en tête (Essais I, 20). Mais il refuse de la juger si terrible. Il écrit que nous troublons la vie par le souci de la mort et la mort par le souci de la vie. La mort elle-même est un moment trop court pour demander des préceptes : c'est la préparation qui nous effraie. Il ne faut donc pas faire de la mort le grand sujet d'effroi qui occupe notre vie.
Pascal répond
Montaigne est d'accord avec Pascal pour dire que la fuite du « vulgaire » est aveugle, et il dit lui-même qu'il faut avoir la mort en tête (Essais I, 20). Mais il refuse de la juger si terrible. Il écrit que nous troublons la vie par le souci de la mort et la mort par le souci de la vie. La mort elle-même est un moment trop court pour demander des préceptes : c'est la préparation qui nous effraie. Il ne faut donc pas faire de la mort le grand sujet d'effroi qui occupe notre vie.
Épicure, Lettre à Ménécée 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Épicure pense que tout bien et tout mal consistent dans le sentiment, et que la mort est la privation de tout sentiment : elle n'est donc rien pour nous. Il n'y a rien de terrible dans ce qui ne sera jamais senti, et la fuir par le divertissement n'est pas un aveuglement, c'est simplement ne pas se tourmenter pour rien.
sans réponse
Épicure pense que tout bien et tout mal consistent dans le sentiment, et que la mort est la privation de tout sentiment : elle n'est donc rien pour nous. Il n'y a rien de terrible dans ce qui ne sera jamais senti, et la fuir par le divertissement n'est pas un aveuglement, c'est simplement ne pas se tourmenter pour rien.
Spinoza, Éthique IV, prop. 67 1677 · attaque la conclusionSpinoza tire une conclusion opposée : l'homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie. Pour lui, regarder la mort en face comme le veut Pascal, c'est se laisser conduire par la crainte au lieu de la raison.
sans réponse
Spinoza tire une conclusion opposée : l'homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie. Pour lui, regarder la mort en face comme le veut Pascal, c'est se laisser conduire par la crainte au lieu de la raison.