QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le monde déborde de l'Un, parce que l'Un est trop parfait pour rester seul
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Il y a une raison

Le monde déborde de l'Un, parce que l'Un est trop parfait pour rester seul

L'émanation, le débordement de l'Un

Plotin v. 205 · v. 270Pour lui, la beauté est la présence de la forme et de l'intelligible dans la matière, et l'âme la reconnaît parce qu'elle lui est apparentée.
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Ce qu'il soutient

Le multiple (l'Intelligence, l'Âme, le monde) vient de l'Un par débordement, sans que l'Un change : il y a quelque chose plutôt que rien parce que la source de tout est trop parfaite pour ne rien produire.

Pourquoi

L'Un est parfait et ne manque de rien : il déborde donc et produit tout le reste, comme le soleil rayonne sans rien perdre.

La même idée à travers l'histoire
Plotin260Ennéades V, 1 ; V, 2 ; V, 4 : la thèse présentée ici. Du principe premier, parfait et simple, viennent d'abord l'Intelligence, puis l'Âme, puis le monde sensible, sans que l'Un change.
Gottfried Wilhelm Leibniz1714Leibniz reprend l'image : les monades créées naissent « par des fulgurations continuelles de la Divinité ». Mais il refuse que ce soit une production nécessaire (voir l'objection de Leibniz plus bas).
En bref

« Le monde déborde de l'Un, parce que l'Un est trop parfait pour rester seul » est un argument de Plotin (Ennéades V, 1, 6 ; V, 2, 1 ; V, 4, 1 (vers 253-270), 260) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : il y a une raison). Sa thèse : Le multiple (l'Intelligence, l'Âme, le monde) vient de l'Un par débordement, sans que l'Un change : il y a quelque chose plutôt que rien parce que la source de tout est trop parfaite pour ne rien produire. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Ennéades V, 1, 6 ; V, 2, 1 ; V, 4, 1 (vers 253-270)
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Plotin répond sans parler de création ni de choix. Au sommet de tout, il y a l'Un : un principe parfait, qui ne cherche rien et ne manque de rien. Or ce qui est parfait ne reste pas fermé sur soi : le feu chauffe, la neige refroidit, un parfum se répand. L'Un déborde donc, comme la lumière vient du soleil sans que le soleil change. De ce débordement naissent l'Intelligence, puis l'Âme, puis tout le reste. Pour Plotin, le « rien » n'a donc jamais été une vraie possibilité : l'existence du monde découle de la perfection de sa source.

P1Tout ce qui existe après le premier principe vient de lui, de près ou de loin. Ce principe doit être simple et unique : ce qui est composé a besoin des éléments simples dont il est fait, et ce qui n'est pas premier a besoin de ce qui le précède.
P2Ce principe, l'Un, est parfait : il ne cherche rien, il n'a besoin de rien, il ne manque de rien.
P3Tout être qui atteint la perfection engendre : il ne reste pas fermé sur lui-même, il produit autre chose (le feu chauffe, la neige refroidit). Le plus parfait ne peut donc pas rester seul, sauf à être jaloux ou impuissant, ce qui n'est pas possible pour la puissance de toutes choses.
P4Cette production se fait sans que l'Un bouge, décide ou perde quoi que ce soit : c'est un rayonnement, comme la lumière autour du soleil.
P5 · prémisse impliciteUn tel débordement suffit à expliquer l'existence du multiple : il n'y a pas à chercher de raison au-delà de la perfection de l'Un.
Donc le multiple (l'Intelligence, l'Âme, le monde) vient de l'Un par débordement, sans que l'Un change : il y a quelque chose plutôt que rien parce que la source de tout est trop parfaite pour ne rien produire.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'Un parfait « engendre » sans que cela explique le multiple du monde : l'engendrement existe, mais le multiple tient à autre chose (la matière, le hasard).
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. Si le premier principe est parfait (P1, P2), si ce qui est parfait engendre (P3) et sans changer (P4), il reste à passer de « il engendre » à « le multiple procède de lui » : c'est P5, que Plotin affirme en disant que c'est parce qu'il n'y a rien dans l'Un que tout peut venir de lui. Les objections visent surtout ce passage, et l'idée d'une production sans choix.
Analogie. Une source d'où l'eau déborde sans cesse : elle ne décide pas de couler et elle ne s'épuise pas, parce que sa plénitude suffit à faire couler. Plotin prend plutôt la lumière du soleil, la chaleur du feu, le parfum, qui s'étendent autour de leur source sans l'appauvrir.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Plotin lui-même (la question des anciens sages) 260 · attaque la prémisse 2

Si l'Un est ce que nous disons, parfait et sans aucune multiplicité, comment peut-il y avoir quoi que ce soit après lui, une multitude, un nombre ? Pourquoi n'est-il pas resté en lui-même, au lieu de laisser découler de lui la multiplicité que l'on voit dans les êtres ? Plotin reconnaît que le problème est ancien et difficile.

Plotin répond
Plotin (réponse) 260
C'est justement parce qu'il n'y a rien dans l'Un que tout peut venir de lui. Pour que l'Être existe, la source ne doit pas être l'Être : elle doit être ce qui l'engendre. Et parce que l'Un est parfait, il déborde, et ce débordement produit autre chose.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Plotin pose lui-même la difficulté et répond par une image (le débordement). Ses critiques jugent que l'image cache le problème : un parfait qui déborde semble « manquer » de quelque chose. Point discuté depuis l'Antiquité.
Leibniz (Théodicée, sur l'émanation nécessaire) 1710 · attaque la prémisse 4

Leibniz ne vise pas Plotin ici, mais son raisonnement l'atteint : si la création était une émanation nécessaire, comme les propriétés d'un cercle qui coulent de son essence, il faudrait dire que Dieu a produit la créature par nécessité. Pour lui, l'action de Dieu est libre ; produire sans décider, comme le veut Plotin, retire à la source sa liberté.

Plotin répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1710, après sa mort (270).
Plotin 260 · Plotin (texte plus ancien)
Comment le plus parfait, le Bien premier, la puissance de toutes choses, pourrait-il rester refermé sur lui-même, comme par jalousie ou par impuissance ?
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé (réponse reconstruite) : ce passage ne parle pas de liberté. Un plotinien dirait que cette nécessité n'est pas une contrainte venue du dehors, mais la bonté même de l'Un ; Plotin consacre ailleurs un traité à la liberté et à la volonté de l'Un (Ennéades VI, 8), qui n'est pas dans notre corpus. Pour Leibniz, cela ne suffit pas : sans choix entre des possibles, il n'y a pas de liberté au sens propre.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord porte sur le sens de « libre ». Pour Leibniz, être libre suppose de choisir parmi des possibles. Pour la tradition de Plotin, la liberté la plus haute est d'agir par sa propre plénitude, sans hésitation. Point ouvert.
Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 1

Pourquoi le monde matériel lui-même ne serait-il pas l'être qui existe nécessairement ? Nous ne connaissons pas toutes les qualités de la matière : rien ne prouve que sa non-existence ne soit pas aussi contradictoire que de dire que deux fois deux font cinq. Le premier principe pourrait donc être le monde plutôt que l'Un.

Plotin répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (270).
Plotin 260 · Plotin (texte plus ancien)
Ce qui n'est pas simple a besoin des éléments simples dont il est fait, et ce qui n'est pas premier a besoin de ce qui le précède : avant tout, il faut quelque chose de vraiment un.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : c'est nous qui appliquons ce principe au monde matériel de Hume ; Plotin ne discute pas cette hypothèse. Hume répondrait que nous ignorons si la matière a besoin d'un principe plus simple qu'elle.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Hume ne vise pas Plotin, et Plotin ne pouvait pas répondre à Hume. Le désaccord porte sur la prémisse « le composé suppose le simple » : Hume la refuse, car une chaîne de causes ou un tout n'ont pas besoin d'un point de départ simple. Point ouvert.
Bertrand Russell 1948 · attaque la conclusion

Russell refuse d'admettre que l'univers dans son ensemble doive avoir une raison. Pour lui, l'univers est simplement là, et c'est tout : la demande d'une explication de l'ensemble n'a pas à être satisfaite.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1948, après sa mort (270).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Plotin est mort depuis près de seize siècles quand Russell parle. Un défenseur du débordement répondrait que le fait brut est possible, mais que l'Un offre une explication plus économique : tout dérive d'un seul principe, au lieu d'une multitude de faits sans lien.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond sur le principe de raison : tout fait doit-il avoir une explication ? Aucun camp n'a convaincu l'autre.