QuestionsL'esprit est-il le cerveau ?Le fantôme dans la machine : une erreur de catégorie
L'esprit est-il le cerveau ?La question est mal posée

Le fantôme dans la machine : une erreur de catégorie

Le fantôme dans la machine

Gilbert Ryle 1900 · 1976Le « fantôme dans la machine » : chercher l'esprit comme une chose de plus est une erreur de catégorie.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

La théorie du fantôme dans la machine est « une grosse erreur » d'un type particulier : une erreur de catégorie. Il n'y a pas deux choses, l'esprit et le corps, dont on pourrait dire qu'elles sont identiques ou différentes : « Où est l'esprit, et est-il le cerveau ? » est une question mal posée.

Pourquoi

Les mots de la vie mentale décrivent des manières d'agir, pas une chose cachée : chercher l'esprit comme un objet est une erreur.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« Le fantôme dans la machine : une erreur de catégorie » est un argument de Gilbert Ryle (The Concept of Mind, 1949, ch. I, 1949) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : la question est mal posée). Sa thèse : La théorie du fantôme dans la machine est « une grosse erreur » d'un type particulier : une erreur de catégorie. Il n'y a pas deux choses, l'esprit et le corps, dont on pourrait dire qu'elles sont identiques ou différentes : « Où est l'esprit, et est-il le cerveau ? » est une question mal posée. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P1). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Concept of Mind, 1949, ch. I
Valide avec une prémisse implicite

« L'esprit est-il le cerveau ? » Cette question semble supposer deux candidats : une chose appelée « esprit » et une chose appelée « cerveau », dont on se demande si elles sont la même. Gilbert Ryle (1900-1976) soutient que c'est le piège. Selon lui, la théorie dominante depuis Descartes, qu'il appelle avec ironie le « dogme du fantôme dans la machine », commet une erreur de catégorie : elle traite l'esprit comme une chose de plus, alors que parler d'esprit, c'est parler de la manière dont les gens agissent, parlent et réfléchissent. Si c'est vrai, la question ne reçoit ni « oui » ni « non » : elle est mal posée.

P1 · prémisse impliciteQuand on cherche, comme une chose de plus, ce qui n'est pas une chose du même type que les autres, on fait une erreur de catégorie. Le visiteur d'Oxford qui a vu les collèges, les bibliothèques et les laboratoires, et demande « mais où est l'université ? », cherche à côté des bâtiments ce qui est la façon dont ils forment un ensemble.
P2La théorie officielle, qui vient surtout de Descartes, traite l'esprit comme une chose de plus : les corps sont dans l'espace et soumis à des lois mécaniques, les esprits ne sont pas dans l'espace ni soumis à ces lois, et chaque personne vivrait ainsi deux histoires parallèles, l'une publique, l'autre privée.
P3Les mots de la vie mentale (intelligent, attentif, en colère, décidé) décrivent surtout des manières d'agir, de parler et de réagir, avec leurs capacités et leurs tendances, et non des événements qui se dérouleraient dans un second lieu. Ryle dit vouloir seulement redresser la logique de ces « concepts de conduite mentale ».
Donc la théorie du fantôme dans la machine est « une grosse erreur » d'un type particulier : une erreur de catégorie. Il n'y a pas deux choses, l'esprit et le corps, dont on pourrait dire qu'elles sont identiques ou différentes : « Où est l'esprit, et est-il le cerveau ? » est une question mal posée.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P1, l'ordinateur trouve un cas où le mythe traite l'esprit comme une chose et où l'esprit décrit une manière d'agir, sans qu'il y ait pourtant erreur : rien n'interdit qu'un mot désigne à la fois une chose et une manière d'agir.
Valide avec P1. P1 n'est pas formulée telle quelle par Ryle : elle résume ce que montrent ses exemples (l'université, la division militaire, l'esprit d'équipe). Une fois acceptée, la conclusion suit : si le mythe traite comme une chose ce qui n'en est pas une, c'est une erreur de catégorie. Le point faible est ailleurs : P3 est loin d'aller de soi, comme le montre l'histoire des objections.
Analogie. Un étranger regarde son premier match de cricket. Il voit qui lance, qui frappe, qui garde. Il demande alors : « Mais qui s'occupe de l'esprit d'équipe ? » Personne : l'esprit d'équipe n'est pas un joueur de plus, c'est la manière dont chacun joue. L'exemple est de Ryle.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hilary Putnam (« Brains and Behavior ») 1963 · attaque la prémisse 3

Si « avoir mal » voulait dire seulement se comporter comme quelqu'un qui a mal, on ne pourrait pas distinguer la douleur de sa simulation : un comédien parfait se comporte comme quelqu'un qui souffre sans souffrir. Et à l'inverse, Putnam imagine des « super-spartiates », des gens qui ont tellement appris à ne rien montrer qu'ils ont mal sans que rien ne le trahisse. La douleur n'est donc pas une manière de se comporter.

Ryle répond
Ryle (écrit en 1949, avant Putnam) Réponse de Ryle sur la simulation
Ryle examine la crainte que toute conduite soit peut-être de la comédie. Il répond que cette menace est « vide » : on sait ce qu'est faire semblant, c'est se comporter comme se comportent les gens qui ne font pas semblant. Sans cas sincères, on ne pourrait pas être trompé par l'hypocrite.
Le débat continue (notre résumé) Cette réponse couvre le comédien, pas les super-spartiates : eux, ont mal sans rien montrer, ce qui est un autre problème. Pour la plupart des philosophes de l'esprit, ces objections ont fait abandonner le béhaviorisme logique, et Putnam lui-même a proposé à la place le fonctionnalisme. Les défenseurs de Ryle disent que ses « dispositions » ne sont pas de simples gestes, qu'elles peuvent être inhibées, et qu'il n'est de toute façon pas le béhavioriste que l'on caricature. Le débat sur ce point continue.
Descartes (Méditation VI) 1641 · attaque la conclusion

Descartes juge certain que lui-même, c'est-à-dire son âme, est « entièrement et véritablement distincte » de son corps et peut exister sans lui. Cela, c'est justement ce que Ryle appelle un mythe. Pour Descartes, au contraire, c'est la première chose que l'on sait.

Ryle répond
Ryle Ryle, en avance sur l'objection
Ryle prévoit qu'on le prendra pour quelqu'un qui nie des faits bien connus de la vie mentale. Il répond qu'il veut seulement « redresser la logique » des concepts de conduite mentale : il ne nie pas qu'on pense, qu'on souffre ou qu'on décide, il refuse la façon de décrire ces faits comme des événements dans un lieu caché.
Le débat continue (notre résumé) Un cartésien répond que la certitude d'avoir mal, d'être conscient, n'est pas une affaire de langage : c'est une expérience vécue, et la décrire comme une disposition à agir en change le contenu. Sur ce point, la discussion se poursuit avec les philosophes de la conscience.
Ullin T. Place (« Is Consciousness a Brain Process? ») 1956 · attaque la prémisse 3

Place accepte que beaucoup de concepts mentaux (croire, savoir, être intelligent) s'analysent en dispositions à agir, mais soutient que ce n'est pas le cas des sensations et de la conscience : ces dernières sont réelles, et c'est la science du cerveau qui dira ce qu'elles sont. L'analyse de Ryle laisse donc un reste, et ce reste est peut-être justement le cerveau.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Ryle dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas trouvé de réponse de Ryle à Place. Les ryliens peuvent dire que le mot « sensation » a lui aussi un emploi qu'on apprend en public, comme Wittgenstein le soutient. Les matérialistes répondent que, même si c'est vrai, cela ne dit pas ce qui se passe dans la tête : la question de l'identité esprit-cerveau revient alors, mais sur un terrain plus étroit.