Si Dieu semble présent, il l'est probablement
L'argument de l'expérience religieuse
Ces expériences sont de bonnes raisons de croire que Dieu est là : il est raisonnable de croire que Dieu existe probablement.
Quand une chose semble présente, elle l'est probablement, sauf raison d'en douter ; or beaucoup de gens sentent Dieu présent.
« Si Dieu semble présent, il l'est probablement » est un argument de Richard Swinburne (The Existence of God, 1979, chap. 13, 1979) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Ces expériences sont de bonnes raisons de croire que Dieu est là : il est raisonnable de croire que Dieu existe probablement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vous croyez qu'il y a un arbre devant vous parce que vous le voyez. Vous n'avez pas de preuve que vos yeux ne vous trompent pas : vous leur faites confiance, sauf raison particulière d'en douter. Le philosophe anglais Richard Swinburne appelle cette règle le principe de crédulité. Sans elle, on ne pourrait rien savoir, pas même par la mémoire. Or beaucoup de gens, à toutes les époques et dans beaucoup de cultures, disent avoir senti la présence de Dieu. Si l'on applique la même règle, dit Swinburne, il faut prendre ces expériences au sérieux, comme toutes les autres. Et ceux qui n'ont rien vécu de tel peuvent s'appuyer sur le principe de témoignage : en général, ce que les autres disent avoir perçu a bien eu lieu. Pour rejeter ces expériences, il faudrait donc une bonne raison : à l'athée de la trouver.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où beaucoup de gens rapportent des expériences de Dieu, où les deux principes sont vrais, mais où le reste de nos connaissances rend Dieu très improbable : il y a alors une raison particulière de douter, et la conclusion ne suit plus. C'est comme voir un éléphant rose : le principe de crédulité est vrai, mais on sait par ailleurs qu'il n'y a pas d'éléphant rose.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Hume 1748 · attaque la prémisse 4Les expériences religieuses ne disent pas toutes la même chose. Hume le remarquait à propos des miracles : en religion, ce qui est différent est contraire. Les religions de Rome, de la Turquie, du Siam et de la Chine ne peuvent pas toutes avoir raison, et chaque miracle, en soutenant sa religion, attaque les autres. Il en va de même des expériences : la chrétienne voit la Vierge Marie, l'hindou voit Krishna, le bouddhiste ne voit aucun Dieu personnel. Les témoins se contredisent, donc il y a bien une raison particulière de douter.
Swinburne répond
Les expériences religieuses ne disent pas toutes la même chose. Hume le remarquait à propos des miracles : en religion, ce qui est différent est contraire. Les religions de Rome, de la Turquie, du Siam et de la Chine ne peuvent pas toutes avoir raison, et chaque miracle, en soutenant sa religion, attaque les autres. Il en va de même des expériences : la chrétienne voit la Vierge Marie, l'hindou voit Krishna, le bouddhiste ne voit aucun Dieu personnel. Les témoins se contredisent, donc il y a bien une raison particulière de douter.
MMichael Persinger 1983 · attaque la prémisse 4Le neuroscientifique Michael Persinger propose une explication par le cerveau : les expériences religieuses et mystiques seraient produites par de petites décharges électriques passagères dans le lobe temporal. Les crises de la vie et l'approche de la mort les favorisent. Si le cerveau suffit à expliquer ces expériences, nul besoin de Dieu : on a une raison particulière d'en douter. Plus tard, Persinger affirme même provoquer une « présence ressentie » chez beaucoup de volontaires avec des champs magnétiques faibles (le « casque de Dieu »).
Swinburne répond
Le neuroscientifique Michael Persinger propose une explication par le cerveau : les expériences religieuses et mystiques seraient produites par de petites décharges électriques passagères dans le lobe temporal. Les crises de la vie et l'approche de la mort les favorisent. Si le cerveau suffit à expliquer ces expériences, nul besoin de Dieu : on a une raison particulière d'en douter. Plus tard, Persinger affirme même provoquer une « présence ressentie » chez beaucoup de volontaires avec des champs magnétiques faibles (le « casque de Dieu »).
Voir la suite du débat (3)
Michael Martin 1986 · attaque la prémisse 1Si le principe de crédulité est juste, son contraire l'est aussi : si une chose semble absente à quelqu'un, elle est probablement absente. Or beaucoup de gens, même en cherchant sincèrement, n'ont jamais senti la présence de Dieu. D'après ce « principe de crédulité négatif », leurs expériences comptent contre Dieu, et elles sont bien plus nombreuses.
Swinburne répond
Si le principe de crédulité est juste, son contraire l'est aussi : si une chose semble absente à quelqu'un, elle est probablement absente. Or beaucoup de gens, même en cherchant sincèrement, n'ont jamais senti la présence de Dieu. D'après ce « principe de crédulité négatif », leurs expériences comptent contre Dieu, et elles sont bien plus nombreuses.
Voir la suite du débat (1)
William James 1902 · attaque la prémisse 2James lui-même, pourtant très favorable aux mystiques, met une limite : leurs expériences font autorité pour ceux qui les vivent, mais aucune autorité n'en sort qui obligerait les autres à accepter leurs révélations sans les examiner. Celui qui n'a rien vécu n'a que le récit, pas l'expérience.
Swinburne répond
James lui-même, pourtant très favorable aux mystiques, met une limite : leurs expériences font autorité pour ceux qui les vivent, mais aucune autorité n'en sort qui obligerait les autres à accepter leurs révélations sans les examiner. Celui qui n'a rien vécu n'a que le récit, pas l'expérience.