QuestionsDieu existe-t-il ?Si Dieu semble présent, il l'est probablement
Dieu existe-t-il ?ThéismeExpérience religieuse

Si Dieu semble présent, il l'est probablement

L'argument de l'expérience religieuse

Richard Swinburne né en 1934L'existence de Dieu est l'explication la plus simple de l'univers, de son ordre et de la conscience.
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Ce qu'il soutient

Ces expériences sont de bonnes raisons de croire que Dieu est là : il est raisonnable de croire que Dieu existe probablement.

Pourquoi

Quand une chose semble présente, elle l'est probablement, sauf raison d'en douter ; or beaucoup de gens sentent Dieu présent.

La même idée à travers l'histoire
William James1902Dans Les Variétés de l'expérience religieuse, il rassemble des centaines de témoignages et conclut que les états mystiques font autorité pour ceux qui les vivent, mais n'obligent pas les autres à y croire.
C. D. Broad1939Il pose déjà une règle proche du principe de crédulité : on tient ce qu'on perçoit pour vrai, sauf raison positive d'en douter ; et il juge incohérent de ne pas l'appliquer aussi aux mystiques quand ils sont d'accord entre eux.
Richard Swinburne1979Il donne un nom à la règle, le « principe de crédulité », y ajoute un « principe de témoignage », et en fait la dernière étape de son livre sur l'existence de Dieu.
William Alston1982Il passe des expériences une à une aux pratiques entières : une manière de former des croyances (percevoir le monde, ou percevoir Dieu) est « innocente jusqu'à preuve du contraire ». Il développe cette idée dans Perceiving God (1991).
Henri Bergson1932L'accord des grands mystiques, qui se recoupent sans se connaître, rend probable l'existence de ce qu'ils disent rencontrer.
En bref

« Si Dieu semble présent, il l'est probablement » est un argument de Richard Swinburne (The Existence of God, 1979, chap. 13, 1979) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Ces expériences sont de bonnes raisons de croire que Dieu est là : il est raisonnable de croire que Dieu existe probablement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Existence of God, 1979, chap. 13
Valide avec une prémisse implicite

Vous croyez qu'il y a un arbre devant vous parce que vous le voyez. Vous n'avez pas de preuve que vos yeux ne vous trompent pas : vous leur faites confiance, sauf raison particulière d'en douter. Le philosophe anglais Richard Swinburne appelle cette règle le principe de crédulité. Sans elle, on ne pourrait rien savoir, pas même par la mémoire. Or beaucoup de gens, à toutes les époques et dans beaucoup de cultures, disent avoir senti la présence de Dieu. Si l'on applique la même règle, dit Swinburne, il faut prendre ces expériences au sérieux, comme toutes les autres. Et ceux qui n'ont rien vécu de tel peuvent s'appuyer sur le principe de témoignage : en général, ce que les autres disent avoir perçu a bien eu lieu. Pour rejeter ces expériences, il faudrait donc une bonne raison : à l'athée de la trouver.

P1Principe de crédulité : si une chose semble présente à quelqu'un, elle est probablement présente, sauf raison particulière d'en douter. Ce principe vaut pour toutes nos expériences, quel que soit leur objet, y compris les expériences religieuses.
P2Principe de témoignage : ce que les autres disent avoir perçu a probablement eu lieu, sauf raison d'en douter. Leurs expériences comptent donc aussi pour nous, un peu moins que pour eux.
P3Beaucoup de gens, à des époques et dans des cultures très différentes, racontent des expériences où Dieu (ou une réalité divine) leur a semblé présent, aussi directement qu'on voit un objet.
P4Les raisons habituelles de douter d'une perception (témoin peu fiable, conditions trompeuses, objet absent, mauvaise cause) ne s'appliquent pas à ces expériences, sauf si l'on montre que Dieu n'existe très probablement pas.
P5 · prémisse impliciteCe que nous savons par ailleurs ne rend pas l'existence de Dieu très improbable.
Donc ces expériences sont de bonnes raisons de croire que Dieu est là : il est raisonnable de croire que Dieu existe probablement.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où beaucoup de gens rapportent des expériences de Dieu, où les deux principes sont vrais, mais où le reste de nos connaissances rend Dieu très improbable : il y a alors une raison particulière de douter, et la conclusion ne suit plus. C'est comme voir un éléphant rose : le principe de crédulité est vrai, mais on sait par ailleurs qu'il n'y a pas d'éléphant rose.
Valide avec P5. Swinburne ne la tait pas vraiment : il la défend dans les douze chapitres précédents de son livre, où il juge que l'univers, son ordre et la conscience rendent Dieu au moins pas improbable. Mais l'argument présenté seul en a besoin. Les critiques visent surtout P1 (le principe vaut-il pour Dieu comme pour un arbre ?) et P4 (n'a-t-on vraiment aucune raison particulière de douter ?). Richard Gale (1994) demande aussi pourquoi l'athée devrait montrer que Dieu est très improbable, et pas seulement improbable.
Analogie. Une randonneuse croit voir un cerf dans la brume. Elle a raison de croire qu'il y a un cerf, sauf si elle sait qu'elle a de la fièvre, que la brume trompe souvent, ou qu'il n'y a pas de cerfs dans cette région. Si l'on exigeait une preuve avant de croire ce qu'on voit, on ne pourrait plus rien croire du tout. Pour Swinburne, celui qui sent la présence de Dieu est dans la même situation que la randonneuse.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Hume 1748 · attaque la prémisse 4

Les expériences religieuses ne disent pas toutes la même chose. Hume le remarquait à propos des miracles : en religion, ce qui est différent est contraire. Les religions de Rome, de la Turquie, du Siam et de la Chine ne peuvent pas toutes avoir raison, et chaque miracle, en soutenant sa religion, attaque les autres. Il en va de même des expériences : la chrétienne voit la Vierge Marie, l'hindou voit Krishna, le bouddhiste ne voit aucun Dieu personnel. Les témoins se contredisent, donc il y a bien une raison particulière de douter.

Swinburne répond
Richard Swinburne 1979
Le conflit est exagéré. La plupart de ces expériences sont compatibles : Dieu peut se montrer sous des formes différentes à des gens de cultures différentes. Qu'une paysanne portugaise voie Marie habillée comme sur les murs de son église ne prouve pas qu'elle se trompe : si Marie se montre, elle s'habillera de façon à être reconnue.
R
Richard Gale 1994
Le vrai problème n'est pas que les récits se contredisent, mais que les religions n'ont pas les mêmes tests pour reconnaître une vraie expérience. Pour la vue, tout le monde s'accorde sur la façon de vérifier : regarder de plus près, demander aux autres. En religion, les critères (le progrès vers la sainteté, les vérités révélées) changent d'une tradition à l'autre et s'opposent. C'est une différence importante avec la perception ordinaire.
Le débat continue (notre résumé) William Alston, dans Perceiving God (1991), admet que c'est la vraie difficulté. Il répond que ce désaccord sur les méthodes affaiblit la confiance qu'on peut avoir dans sa propre pratique religieuse, mais ne la rend pas déraisonnable. Gale juge cette réponse insuffisante : mettre en doute la méthode même d'une personne la vise plus gravement que mettre en doute quelques-unes de ses croyances.
M
Michael Persinger 1983 · attaque la prémisse 4

Le neuroscientifique Michael Persinger propose une explication par le cerveau : les expériences religieuses et mystiques seraient produites par de petites décharges électriques passagères dans le lobe temporal. Les crises de la vie et l'approche de la mort les favorisent. Si le cerveau suffit à expliquer ces expériences, nul besoin de Dieu : on a une raison particulière d'en douter. Plus tard, Persinger affirme même provoquer une « présence ressentie » chez beaucoup de volontaires avec des champs magnétiques faibles (le « casque de Dieu »).

Swinburne répond
William James 1902 · Réponse donnée d'avance (1902)
James appelle cette façon de juger le « matérialisme médical » : faire de la vision de saint Paul une crise d'épilepsie, de sainte Thérèse une hystérique. Mais tous nos états d'esprit, les idées scientifiques comme les émotions religieuses, et ceux de l'athée comme ceux du croyant, dépendent du corps. Dire d'où vient une expérience ne dit pas ce qu'elle vaut.
C. D. Broad 1939 · Réponse donnée d'avance (1939)
Que les mystiques aient souvent un fonctionnement inhabituel n'est pas un argument très fort. Si une partie du réel échappe à la vie ordinaire, il faut sans doute un esprit un peu hors norme pour l'atteindre : ce serait justement ce qu'on attend si leurs expériences étaient vraies.
Voir la suite du débat (3)
Richard Swinburne 1979
Si Dieu existe, il est la cause dernière de tout et peut produire des effets partout. Alors toute expérience qui semble être de Dieu est authentique : elle vient bien de lui. Pour écarter ces expériences par leur cause, il faut d'abord montrer que Dieu n'existe pas.
R
Richard Gale 1994
Pour une perception ordinaire, on peut vérifier qu'elle a été causée de la bonne façon (par l'objet, et pas par une drogue ou une électrode). Si une expérience de Dieu ne peut jamais échouer à ce test, ce n'est plus un test. Un test qu'on ne peut pas rater n'en est pas un.
P
Pehr Granqvist et son équipe 2005
En reprenant l'expérience du « casque » en double aveugle (89 personnes, avec un faux champ pour le groupe témoin), ils ne trouvent aucun effet des champs magnétiques. Ce qui prédit la « présence ressentie », c'est la suggestibilité des personnes. La base expérimentale de Persinger est donc fragile.
Le débat continue (notre résumé) Persinger a contesté ces résultats dans la même revue (2005), et le débat expérimental continue. Mais l'objection ne dépend pas de ce casque : qu'on connaisse un jour ou non le mécanisme exact dans le cerveau, la vraie question reste celle de la meilleure explication. Les critiques jugent qu'une cause naturelle connue rend Dieu inutile ; Swinburne et James répondent qu'une cause naturelle ne prouve pas l'absence d'une cause divine.
Michael Martin 1986 · attaque la prémisse 1

Si le principe de crédulité est juste, son contraire l'est aussi : si une chose semble absente à quelqu'un, elle est probablement absente. Or beaucoup de gens, même en cherchant sincèrement, n'ont jamais senti la présence de Dieu. D'après ce « principe de crédulité négatif », leurs expériences comptent contre Dieu, et elles sont bien plus nombreuses.

Swinburne répond
Richard Swinburne 1979 · Réponse donnée d'avance (1979)
Ne pas voir une chose ne compte contre elle que si l'on devait s'attendre à la voir. Or nous ne savons pas qui devrait faire l'expérience de Dieu s'il était là. Cela affaiblit un peu la force de chaque expérience, mais un peu seulement.
R
Richard Gale 1994
Alors l'accord des témoins confirme une expérience de Dieu, mais leur désaccord ne l'infirme jamais. Pour la vue, si personne d'autre ne voit l'arbre, on doute. Un test qu'on peut réussir mais jamais rater est un test bien étrange : c'est une différence de plus entre l'expérience religieuse et la perception.
Voir la suite du débat (1)
William Alston 1982 · Réponse donnée d'avance (1982)
On n'a pas à exiger de la perception de Dieu les mêmes contrôles que pour la perception des objets. Dieu n'est pas un objet du monde : on ne peut pas s'attendre à le saisir comme une table, et, selon toutes les grandes religions, on ne le trouve qu'en avançant dans la vie spirituelle. « Dieu ne s'offre pas aux voyeurs. » L'absence de ces contrôles n'est donc pas une raison suffisante de juger la pratique peu fiable.
Le débat continue (notre résumé) Le débat porte sur une question difficile : qu'est-ce qui compte comme une vraie perception ? Les défenseurs de Swinburne et d'Alston disent qu'exiger les contrôles de la vue pour tout le reste, c'est un préjugé en faveur des sens. Leurs adversaires répondent que sans contrôle possible, on ne peut plus séparer une vraie expérience d'une illusion sincère.
William James 1902 · attaque la prémisse 2

James lui-même, pourtant très favorable aux mystiques, met une limite : leurs expériences font autorité pour ceux qui les vivent, mais aucune autorité n'en sort qui obligerait les autres à accepter leurs révélations sans les examiner. Celui qui n'a rien vécu n'a que le récit, pas l'expérience.

Swinburne répond
Richard Swinburne 1979
Le récit compte quand même. Si quelqu'un dit qu'une chose lui semble présente, c'est une raison pour les autres aussi de croire qu'elle est là, même si c'est une raison moins forte que pour celui qui vit l'expérience.
Le débat continue (notre résumé) Les deux positions ne sont pas si éloignées : James refuse seulement une acceptation « sans critique », et Swinburne admet que le récit vaut moins que l'expérience. Tout dépend alors des autres objections : si l'on a une raison particulière de douter (diversité, explication par le cerveau), le témoignage perd sa force.