On ne dit « il pense » que d'un être vivant, ou de ce qui lui ressemble
Wittgenstein : une machine peut-elle penser ?
Pour une telle machine, dire qu'elle pense n'a pas de place dans notre emploi du mot. La question n'est pas de chercher une pensée cachée dans la machine : c'est de savoir jusqu'où elle ressemble, par sa vie et sa conduite, à ce dont nous disons qu'il pense.
Nous ne disons « il pense » que d'un être vivant ou de ce qui lui ressemble ; une machine n'entre pas dans cet emploi du mot.
« On ne dit « il pense » que d'un être vivant, ou de ce qui lui ressemble » est un argument de Ludwig Wittgenstein (Recherches philosophiques, § 281 et § 359-360, 1953) sur la question « Une machine peut-elle penser ? » (réponse : il faut un corps vivant). Sa thèse : Pour une telle machine, dire qu'elle pense n'a pas de place dans notre emploi du mot. La question n'est pas de chercher une pensée cachée dans la machine : c'est de savoir jusqu'où elle ressemble, par sa vie et sa conduite, à ce dont nous disons qu'il pense. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand on demande si une machine peut penser, on imagine un fait à découvrir : y a-t-il, à l'intérieur de la machine, de la pensée, oui ou non ? Wittgenstein propose de changer de regard. Dans ses Recherches (écrites vers 1945-1949, publiées après sa mort), il remarque que nous disons « il souffre », « il voit », « il pense » du vivant humain, et de ce qui lui ressemble et se conduit comme lui. Dire qu'une machine ne peut pas penser n'est donc pas constater un fait d'expérience : c'est noter comment fonctionne le mot « penser ». Précision : Wittgenstein ne conclut nulle part « donc aucune machine ne pensera jamais ». Cet argument est une lecture de ses remarques, défendue notamment par des commentateurs wittgensteiniens, pas une thèse qu'il énonce en une phrase.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve une machine qui ressemble assez à un vivant pour que « elle pense » ait un sens : la conclusion tombe.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Alan Turing 1950 · attaque la conclusionTuring juge la question « Les machines peuvent-elles penser ? » trop vague pour mériter discussion, et la remplace par un test : une machine peut-elle se faire passer pour un humain dans une conversation ? Il prévoit aussi que, d'ici la fin du siècle, l'emploi des mots aura changé au point qu'on pourra parler de machines qui pensent sans être contredit. L'usage n'est pas figé : il suivra ce que les machines feront.
un défenseur répond
Turing juge la question « Les machines peuvent-elles penser ? » trop vague pour mériter discussion, et la remplace par un test : une machine peut-elle se faire passer pour un humain dans une conversation ? Il prévoit aussi que, d'ici la fin du siècle, l'emploi des mots aura changé au point qu'on pourra parler de machines qui pensent sans être contredit. L'usage n'est pas figé : il suivra ce que les machines feront.
Hilary Putnam 1967 · attaque la prémisse 3Putnam défend le fonctionnalisme : un état mental (comme la douleur) se définit par son rôle dans l'organisation du système, pas par la matière dont il est fait. La même douleur pourrait être réalisée dans un cerveau humain, chez une pieuvre ou dans un système électronique. Être vivant n'est donc pas exigé pour penser : seule compte la bonne organisation.
un défenseur répond
Putnam défend le fonctionnalisme : un état mental (comme la douleur) se définit par son rôle dans l'organisation du système, pas par la matière dont il est fait. La même douleur pourrait être réalisée dans un cerveau humain, chez une pieuvre ou dans un système électronique. Être vivant n'est donc pas exigé pour penser : seule compte la bonne organisation.