QuestionsL'être humain est-il bon par nature ?La nature humaine est mauvaise : le bois tordu doit être redressé
L'être humain est-il bon par nature ?Porté au mal

La nature humaine est mauvaise : le bois tordu doit être redressé

« La nature humaine est mauvaise » ; le bois tordu et l'équerre ; Xing e

Xunzi v. 310 av. J.-C. · v. 235 av. J.-C.La nature humaine est mauvaise : la bonté est le fruit de l'effort, des maîtres, des rites et des lois.
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Ce qu'il soutient

La nature humaine est mauvaise ; la bonté est acquise, par les maîtres, les rites et les lois, comme le bois tordu est redressé par l'équerre.

Pourquoi

Suivis sans frein, les penchants de naissance mènent au désordre, et la bonté s'apprend : elle ne vient donc pas de la nature.

La même idée à travers l'histoire
Confucius500 av. J.-C.Confucius dit que les hommes sont proches par nature et que la pratique les éloigne, sans dire si ce fonds est bon ou mauvais. Mencius et Xunzi vont le dire en sens opposés.Mencius320 av. J.-C.Mencius soutient que la nature est bonne. Le chapitre 23 de Xunzi le cite et le réfute par son nom.
Xunzi250 av. J.-C.Xunzi (vers 310-235 av. J.-C.), confucéen comme Mencius, retourne sa thèse : la nature est un penchant au gain et aux désirs, la bonté vient de l'effort et des rites.
Han Fei240 av. J.-C.Son élève Han Fei retient du maître le réalisme sur les motifs humains, mais en tire une politique de la loi, de la récompense et de la peine.
En bref

« La nature humaine est mauvaise : le bois tordu doit être redressé » est un argument de Xunzi (Xunzi, chapitre 23 (vers 250 av. J.-C.), 250 av. J.-C.) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : porté au mal). Sa thèse : La nature humaine est mauvaise ; la bonté est acquise, par les maîtres, les rites et les lois, comme le bois tordu est redressé par l'équerre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 6 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Xunzi, chapitre 23 (vers 250 av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Mencius disait que l'homme naît bon. Xunzi, un siècle plus tard, lui répond point par point dans un chapitre entier, « La nature humaine est mauvaise ». Pour lui, ce que nous apportons en naissant, ce sont des penchants : le goût du gain, l'envie, les désirs des yeux et des oreilles. Laissés à eux-mêmes, ils mènent à la querelle et à la violence. La bonté existe, mais elle est un artifice, au sens fort de ce qui est fait par l'homme : les sages ont créé les rites et la justice, et chacun doit les apprendre, comme le bois tordu doit être redressé par la vapeur et l'équerre. Xunzi est un confucéen : il pense que chacun peut devenir un sage. Mais il y voit le fruit d'un effort contre la nature, non l'épanouissement de la nature. La forme P1 à P5 est notre reconstruction du chapitre 23.

P1À la naissance, l'homme a déjà l'amour du gain, l'envie et la haine d'autrui, et les désirs des yeux et des oreilles.
P2Si l'on suit ces penchants sans frein, la querelle et la rapine naissent, la courtoisie et la loyauté meurent. Sans prince, sans rites, sans lois ni châtiments, les forts nuiraient aux faibles et les nombreux écraseraient les peu nombreux : le pays serait vite en désordre.
P3Ce qui est de la nature ne s'apprend pas et ne se travaille pas : c'est un don du Ciel. Les rites et la justice, au contraire, ont été produits par les sages, et les hommes les apprennent et les acquièrent par l'effort.
P4Le bon, c'est ce qui est droit, ordonné et paisible ; le mauvais, c'est ce qui est partial, dangereux, rebelle et désordonné.
P5 · prémisse impliciteSi les penchants de naissance mènent d'eux-mêmes au désordre, et si la bonté s'apprend et ne vient donc pas de la nature, alors la nature est mauvaise et la bonté est acquise.
Donc la nature humaine est mauvaise ; la bonté est acquise, par les maîtres, les rites et les lois, comme le bois tordu est redressé par l'équerre.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où les penchants de naissance mènent au désordre et où la bonté s'apprend, mais où la nature porte aussi des penchants au bien, qu'il faut simplement cultiver : la conclusion « nature mauvaise » ne suit plus.
Avec ses cinq prémisses, la conclusion suit. Le point le plus fragile est la définition de la nature en P3 : « ce qu'on ne peut apprendre ». Elle exclut d'avance toute bonté acquise. Mencius accepterait de dire que la bonté se développe par l'étude, mais il tiendrait que le germe qui rend l'étude possible est dans la nature. P4 est aussi à noter : Xunzi appelle « mauvais » ce qui mène au désordre, un sens plus social que moral, qu'un lecteur moderne pourrait appeler « dangereux » ou « asocial ».
Analogie. Une vigne laissée à elle-même donne des grappes minuscules et acides ; il faut tailler, attacher, greffer pour avoir du bon raisin. Xunzi dirait : le travail du vigneron n'est pas dans la nature de la vigne, il la redresse. Mencius dirait : la vigne a quand même en elle la possibilité du raisin.

Objections

6

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Mencius (tel que Xunzi le cite) 320 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

Résumé : Xunzi cite Mencius, selon qui le fait que les hommes soient capables d'apprendre montre que leur nature est bonne.

Xunzi répond
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Xunzi Réponse de Xunzi (chapitre 23, début)
Résumé : Xunzi répond que Mencius n'a pas compris la différence entre la nature et ce qui s'acquiert. Ce qui est de la nature est un don du Ciel, qu'on ne peut ni apprendre ni travailler. Ce qui s'apprend et se travaille est l'artifice. Comme la finesse de la vue ne se sépare pas de l'œil, la nature ne s'apprend pas : si la bonté s'apprend, elle n'est donc pas la nature.
Le débat continue (notre résumé) Tout dépend du mot « nature ». Pour Xunzi, c'est ce qui vient sans apprentissage. Pour Mencius, c'est ce qui est le plus propre à l'homme et qui le porte à devenir ce qu'il doit être (6A.7). Ils ne contredisent pas les mêmes faits : chacun donne un sens différent au mot, et le désaccord tient en partie à ce choix.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps s'accordent sur un fait : tout homme peut apprendre à être bon. Ils s'opposent sur ce que cela révèle : un germe déjà là (Mencius), ou une capacité de se corriger sans penchant d'origine vers le bien (Xunzi). Point de désaccord de fond : de quoi parle-t-on en disant « nature » ?
Mencius 320 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Résumé : Mencius dit qu'on croit les hommes mauvais comme on croit la montagne du Bœuf sans arbres : on ne voit que ce qui reste après les coupes, et on oublie que la nature a donné des pousses. La bonté n'est pas absente, elle est abîmée jour après jour.

Xunzi répond
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Xunzi Réponse de Xunzi (chapitre 23)
Résumé : Xunzi cite la thèse de Mencius, selon laquelle la nature est bonne et tous les hommes l'ont perdue, et juge que c'est une grave erreur. À peine né, l'homme s'éloigne déjà de sa simplicité première. Une bonté que tous perdent forcément n'est pas celle d'une nature bonne.
Le débat continue (notre résumé) La différence tient à ce que l'on compte comme « perdu » : Mencius parle de dommages subis après coup (la hache, les bêtes), Xunzi de dommages qui commencent dès la naissance, du seul fait des désirs. Chacun peut renvoyer à l'autre l'accusation de ne pas montrer ce qui précède réellement les dommages.
Où en est le débat (notre résumé)Aucun des deux ne dispose d'une observation décisive du « premier état » de l'homme : c'est ce que montre la difficulté de décider entre la montagne abîmée et le bois tordu.
Mencius 320 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Résumé : si des gens voient soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, tous éprouvent de l'effroi et de la compassion, sans calcul : ce n'est ni pour plaire aux parents, ni pour être loués, ni pour éviter d'avoir mauvaise réputation. Cette réaction immédiate est la preuve d'un fonds bon, que Xunzi ne cite pas parmi les penchants de naissance.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en -320, après sa mort (-235).
Le débat continue (notre résumé) Mencius écrit avant Xunzi, qui ne répond pas à l'exemple de l'enfant au puits. Son critère de la nature (ce qui sort sans apprentissage) pourrait pourtant le compter, ce qui est la difficulté pour lui. Un défenseur de Xunzi pourrait dire que cette compassion est faible et ne tient pas contre les autres désirs sans éducation. Hobbes y verrait une pitié qui revient à soi (voir l'argument de Mencius, objection de Hobbes).
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord ouvert : la compassion spontanée appartient-elle à la nature, au même titre que le désir de gain ? Chacun l'interprète selon sa thèse, et aucune expérience ne départage les deux lectures dans les textes.
Z
Zhu Xi 1190 · attaque la conclusion

Résumé : Zhu Xi dit que Mencius ne parle de la nature que telle qu'elle est à l'origine, alors que Xunzi n'a vu que le mauvais côté, et que d'autres ont vu un mélange. Il faut, selon lui, tenir ensemble la nature (le principe, bon) et le souffle (qi) qui la porte et fait que les hommes sont inégaux.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1190, après sa mort (-235).
Le débat continue (notre résumé) Pour Zhu Xi, Xunzi n'a pas tort de voir les penchants qui mènent au mal : il se trompe en les prenant pour toute la nature. Xunzi aurait répondu, d'après son texte, que seul ce qui est inné et non appris mérite le nom de nature, ce qui exclut le « principe » bon de Zhu Xi dans la mesure où celui-ci doit être cultivé.
Où en est le débat (notre résumé)Zhu Xi et Xunzi décrivent le même homme, avec des penchants vers le bien et vers le mal. Ils diffèrent sur ce qui s'appelle « nature » : le principe en l'homme (Zhu Xi), ou ce qu'il apporte en naissant avant l'effort (Xunzi).
Une tension dans le texte de Xunzi lui-même attaque la prémisse 5

Xunzi écrit que tout homme de la rue possède la qualité qui lui permet de connaître la bienveillance et la justice, et l'instrument qui lui permet de les pratiquer : aussi peut-il devenir un sage. Mais d'où viennent cette qualité et cet instrument, si la nature est entièrement mauvaise ? Ils semblent faire partie de la nature, et ils ne sont pas mauvais.

Xunzi répond
Xunzi Ce que Xunzi dit dans la suite (chapitre 23, fin)
Résumé : Xunzi distingue « pouvoir » et « faire ». L'homme de la rue peut devenir un sage, mais cela ne veut pas dire qu'il le deviendra : il peut ne pas le faire, sans que cela empêche qu'il en soit capable. Il compare cela à des pieds qui pourraient parcourir toute la terre sans que personne l'ait jamais fait.
Le débat continue (notre résumé) Cette réponse montre que Xunzi sépare le fait d'être capable de bien (inné) et le fait d'être porté au bien (acquis). Ses adversaires diront que la capacité de se corriger est déjà un penchant vers le bien. Un défenseur de Xunzi peut répondre que cette capacité sert aussi bien le mal : l'intelligence sert le calcul comme la vertu.
Où en est le débat (notre résumé)Question d'interprétation des savants : la « nature » de Xunzi comprend-elle les capacités (qui sont neutres) ou seulement les désirs ? Le texte lui-même donne les deux sens, et la discussion continue.
J
J. Kiley Hamlin, Karen Wynn et Paul Bloom 2007 · attaque la prémisse 1

Résumé : dans une série d'expériences, des bébés de six et dix mois, qui regardaient des scènes avec des figurines, préféraient celle qui aidait un autre personnage à celle qui l'empêchait d'avancer. Les auteurs y voient une évaluation morale élémentaire, présente avant toute éducation et tout langage.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2007, après sa mort (-235).
Le débat continue (notre résumé) Cette expérience montre une préférence pour l'aide, non un penchant à aider ou à partager, que Xunzi nierait. Des travaux de la même équipe (Hamlin, Mahajan, Liberman et Wynn, Psychological Science, 2013) ont aussi montré que des bébés de neuf et quatorze mois préfèrent ceux qui font du mal à ceux qui ne leur ressemblent pas. Les deux camps peuvent donc l'interpréter : un début de sens moral (Mencius), ou un tri par les ressemblances, qu'il faut ensuite élargir par l'éducation (Xunzi).
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : le résultat lui-même est discuté. Une grande réplication menée dans 37 laboratoires (ManyBabies 4, Developmental Science, 2024) n'a pas retrouvé la préférence pour celui qui aide ; d'autres chercheurs répondent qu'elle utilisait des vidéos et une seule scène. Aucun des deux camps ne peut s'en réclamer sans réserve.