Ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand existe
L'argument ontologique (Anselme)
Ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand existe, dans l'esprit et aussi dans la réalité : Dieu existe.
Un être tel que rien de plus grand ne se conçoit, s'il n'existait que dans l'esprit, pourrait être pensé plus grand en existant aussi.
« Ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand existe » est un argument d'Anselme de Cantorbéry (Proslogion, chapitres II et III (1077-1078), 1078) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand existe, dans l'esprit et aussi dans la réalité : Dieu existe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vers 1077, Anselme, moine à l'abbaye du Bec en Normandie, cherche « un argument unique » qui suffise à prouver que Dieu existe. Il le trouve dans la seule définition de Dieu : « quelque chose dont on ne peut rien concevoir de plus grand ». Même celui qui dit « Dieu n'existe pas » (l'« insensé » du Psaume) comprend ces mots. Or si cet être n'existait que dans la pensée, on pourrait en concevoir un plus grand : le même, mais réel. C'est contradictoire. Donc il existe aussi dans la réalité. Aucune observation du monde n'est nécessaire : tout se joue dans la pensée. C'est ce raisonnement que Kant appellera plus tard la preuve « ontologique ».
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'idée de l'être le plus grand concevable est incohérente : rien n'empêche alors de concevoir toujours plus grand, et cet être reste seulement dans l'esprit, sans contradiction. C'est comme « le plus grand nombre entier » : on comprend les mots, mais on peut toujours ajouter 1.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
GGaunilon, moine de Marmoutier 1078 · attaque la prémisse 2Je n'ai pas cet être dans l'esprit comme j'y ai les choses que je connais. Je ne connais pas la réalité qu'est Dieu, et je ne peux pas m'en faire une idée à partir d'une chose semblable, puisque rien ne lui ressemble. Je n'ai dans l'esprit que des mots, comme pour une chose fausse ou inventée.
Cantorbéry répond
Je n'ai pas cet être dans l'esprit comme j'y ai les choses que je connais. Je ne connais pas la réalité qu'est Dieu, et je ne peux pas m'en faire une idée à partir d'une chose semblable, puisque rien ne lui ressemble. Je n'ai dans l'esprit que des mots, comme pour une chose fausse ou inventée.
GGaunilon (l'île perdue) 1078 · attaque la prémisse 3On raconte qu'il existe quelque part dans l'océan une île, plus riche que toutes les terres habitées, qu'on appelle « l'île perdue » parce qu'on ne peut pas la trouver. Je comprends ces mots. Si l'on en concluait qu'elle existe forcément, puisqu'une île réelle est plus grande qu'une île seulement pensée, je croirais à une plaisanterie. Le même raisonnement prouverait n'importe quoi de parfait : il ne vaut donc rien.
Cantorbéry répond
On raconte qu'il existe quelque part dans l'océan une île, plus riche que toutes les terres habitées, qu'on appelle « l'île perdue » parce qu'on ne peut pas la trouver. Je comprends ces mots. Si l'on en concluait qu'elle existe forcément, puisqu'une île réelle est plus grande qu'une île seulement pensée, je croirais à une plaisanterie. Le même raisonnement prouverait n'importe quoi de parfait : il ne vaut donc rien.
Voir la suite du débat (1)
Thomas d'Aquin 1268 · attaque la prémisse 3Même si tout le monde comprend que le mot « Dieu » signifie « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand », il s'ensuit seulement que cet être est dans l'esprit, pas dans la réalité. Pour conclure qu'il est réel, il faudrait accorder d'abord qu'il existe réellement un tel être, ce que refuse justement celui qui nie Dieu. Thomas n'en conclut pas que Dieu n'existe pas : comme nous ne connaissons pas l'essence de Dieu, il faut le prouver à partir de ses effets, à partir du monde (ses « cinq voies »).
sans réponse
Même si tout le monde comprend que le mot « Dieu » signifie « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand », il s'ensuit seulement que cet être est dans l'esprit, pas dans la réalité. Pour conclure qu'il est réel, il faudrait accorder d'abord qu'il existe réellement un tel être, ce que refuse justement celui qui nie Dieu. Thomas n'en conclut pas que Dieu n'existe pas : comme nous ne connaissons pas l'essence de Dieu, il faut le prouver à partir de ses effets, à partir du monde (ses « cinq voies »).
Kant 1781 · attaque la prémisse 3« Exister » n'est pas une qualité qui s'ajoute à une chose et la rend plus grande. Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles. Dire qu'un être réel est « plus grand » que le même être pensé, c'est traiter l'existence comme une perfection de plus : c'est l'erreur de toute preuve ontologique.
un défenseur répond
« Exister » n'est pas une qualité qui s'ajoute à une chose et la rend plus grande. Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles. Dire qu'un être réel est « plus grand » que le même être pensé, c'est traiter l'existence comme une perfection de plus : c'est l'erreur de toute preuve ontologique.
Leibniz (la prémisse manquante) 1714 · attaque la prémisse 4La preuve ne vaut que si Dieu est possible : seul l'être nécessaire a ce privilège qu'il doit exister s'il est possible. Il faut donc d'abord montrer que son idée n'est pas contradictoire. Leibniz l'a dit à propos de Descartes, mais cela vaut pour Anselme. Lui-même pense pouvoir combler le trou : ce qui n'a aucune limite et aucune négation ne peut contenir de contradiction.
un défenseur répond
La preuve ne vaut que si Dieu est possible : seul l'être nécessaire a ce privilège qu'il doit exister s'il est possible. Il faut donc d'abord montrer que son idée n'est pas contradictoire. Leibniz l'a dit à propos de Descartes, mais cela vaut pour Anselme. Lui-même pense pouvoir combler le trou : ce qui n'a aucune limite et aucune négation ne peut contenir de contradiction.