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Dieu existe-t-il ?ThéismeOntologique

S'il est possible, il existe : l'argument ontologique modal

L'argument ontologique modal

Alvin Plantinga né en 1932Croire en Dieu peut être rationnel sans preuve, et le mal ne rend pas cette croyance incohérente.
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Ce qu'il soutient

Un être maximalement grand existe dans le monde réel : Dieu existe, et même nécessairement.

Pourquoi

Un être maximalement grand est possible, donc il existe dans un monde possible ; s'il existe en un seul monde, il existe dans tous.

La même idée à travers l'histoire
Anselme de Cantorbéry1078Proslogion, chapitre III : Dieu ne peut même pas être pensé comme n'existant pas. C'est déjà une idée d'existence nécessaire, la graine de la forme modale.
Norman Malcolm1960« Anselm's Ontological Arguments » : le premier argument d'Anselme échoue, mais le second, fondé sur l'existence nécessaire, tiendrait.
Charles Hartshorne1962The Logic of Perfection : il écrit la preuve dans la logique modale moderne, avec les opérateurs « possible » et « nécessaire ».
Kurt Gödel1970Notes de 1970, publiées en 1987 : Dieu possède toutes les propriétés « positives ». Même structure modale, avec S5, mais une autre manière de montrer que Dieu est possible.
Alvin Plantinga1974The Nature of Necessity et God, Freedom, and Evil : la version avec les mondes possibles et l'« être maximalement grand », la plus discutée aujourd'hui.
En bref

« S'il est possible, il existe : l'argument ontologique modal » est un argument d'Alvin Plantinga (The Nature of Necessity, chap. X ; God, Freedom, and Evil (1974), 1974) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Un être maximalement grand existe dans le monde réel : Dieu existe, et même nécessairement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Nature of Necessity, chap. X ; God, Freedom, and Evil (1974)
Valide avec une prémisse implicite

Kant avait objecté que l'existence n'est pas une perfection qu'on peut tirer d'un concept. Au XXe siècle, plusieurs philosophes (Malcolm, Hartshorne, Gödel, Plantinga) reprennent la preuve d'Anselme avec un nouvel outil : la logique des mondes possibles. Un « monde possible », c'est une manière complète dont les choses auraient pu être. Un être « maximalement grand » est défini comme un être tout-puissant, omniscient et parfaitement bon dans tous les mondes possibles. L'idée : s'il est seulement possible qu'un tel être existe, alors il existe vraiment. Plantinga lui-même ne dit pas que l'argument prouve Dieu ; il dit qu'il montre qu'il est rationnel d'y croire.

P1Il est possible qu'un être maximalement grand existe : l'idée n'est pas contradictoire.
P2Ce qui est possible est vrai dans au moins un monde possible. Donc il y a un monde possible où un être maximalement grand existe.
P3Par définition, être maximalement grand dans un monde, c'est être tout-puissant, omniscient et parfaitement bon dans tous les mondes possibles (vus depuis ce monde). Un tel être, s'il existe quelque part, existe donc nécessairement.
P4 · prémisse impliciteLes possibles ne changent pas d'un monde à l'autre : chaque monde « voit » exactement les mêmes mondes possibles que le nôtre, et le nôtre en fait partie. C'est la logique modale appelée S5. Plantinga l'admet ouvertement, mais la version courte de l'argument le cache.
Donc un être maximalement grand existe dans le monde réel : Dieu existe, et même nécessairement.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un modèle à deux mondes : notre monde voit un monde W où un être maximalement grand existe, mais W ne voit pas notre monde (dans le modèle trouvé, il ne voit même aucun monde). Vu depuis W, cet être existe « partout », mais ce « partout » ne contient pas notre monde, où il n'existe pas.
L'ordinateur confirme que l'argument est valide avec P4, et invalide sans elle. Voici pourquoi S5 compte. P2 place l'être maximalement grand dans un monde possible W. P3 dit que, vu depuis W, il existe dans tous les mondes. Mais « tous les mondes vus depuis W » contient-il notre monde ? Seulement si les mondes se voient les uns les autres (c'est la symétrie, au cœur de S5). Avec S5, ce qui est possiblement nécessaire est nécessaire tout court. Toute la force de l'argument est donc dans P1 : une fois qu'on accepte que Dieu est possible, la logique fait le reste. Attention : la même logique marche dans l'autre sens. Si l'on accepte plutôt « il est possible qu'aucun être maximalement grand n'existe », S5 conduit à « un tel être est impossible ». L'argument est valide ; tout le débat porte sur P1.
Analogie. Imaginez une règle qui dit d'elle-même : « si je suis valable dans un seul pays, je suis valable dans tous les pays ». Si tous les pays partagent la même liste de pays (S5), il suffit qu'elle soit valable dans un seul pour qu'elle soit valable chez nous. Toute la question devient : est-elle vraiment valable quelque part ? On ne peut pas le vérifier en regardant seulement la règle.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L
La parodie symétrique (Oppy, Rasmussen et Schmid, Encyclopédie de Stanford) 2024 · attaque la prémisse 1

On peut écrire l'argument à l'envers : « il est possible qu'aucun être maximalement grand n'existe ». Avec la même P3 et la même logique S5, on conclut qu'un tel être est impossible. Les deux prémisses de départ semblent aussi plausibles l'une que l'autre, et elles ne peuvent pas être vraies ensemble. Sans raison de préférer la première, l'argument ne fait pas avancer le débat entre croyants et non-croyants. Cette objection est discutée depuis les années 1970 (van Inwagen 1977, Tooley 1981).

Plantinga répond
Alvin Plantinga 1974 · Réponse de Plantinga (écrite dès 1974)
Plantinga accorde le point : ces arguments ne peuvent peut-être pas être dits « prouver » leur conclusion. Mais comme il est rationnel d'accepter leur prémisse centrale, ils montrent qu'il est rationnel d'accepter leur conclusion. Le but n'est donc pas de forcer l'athée à croire, mais de montrer que le croyant n'est pas irrationnel.
G
Graham Oppy, Joshua Rasmussen et Joseph Schmid 2024
Même cet objectif plus modeste n'est pas atteint. Celui qui pense qu'il n'est pas rationnel de croire en Dieu pense aussi qu'il n'est pas rationnel de croire au moins une prémisse de l'argument. Les raisons qui empêchent l'argument de convaincre l'athée l'empêchent donc aussi de convaincre que la croyance est rationnelle.
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs actuels (par exemple Pruss et Rasmussen, 2018) cherchent donc un « briseur de symétrie » : une raison indépendante de penser que Dieu est possible plutôt qu'impossible. Mais chaque raison proposée devient en fait un nouvel argument, qu'il faut juger à part.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la prémisse de possibilité (P1). Plantinga y voit une prémisse qu'il est rationnel d'accepter ; Oppy et ses coauteurs jugent que, sans raison indépendante de la préférer à son contraire, elle ne convainc que ceux qui croient déjà. La recherche d'un « briseur de symétrie » est en cours, sans résultat unanimement accepté.
William L. Rowe 2009 · attaque la prémisse 1

La prémisse « un être maximalement grand est possible » n'est vraie que si Dieu existe vraiment. Car un tel être, s'il est possible, existe dans tous les mondes. Accepter P1, c'est donc déjà accepter la conclusion : l'argument tourne en rond (il « présuppose ce qu'il faut prouver »).

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Plantinga dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs répondent que, dans tout argument valide, les prémisses ne peuvent être vraies que si la conclusion l'est : cela ne suffit pas à le rendre circulaire. Ce qui compte, c'est qu'on puisse avoir des raisons d'accepter P1 sans croire déjà en Dieu. Les critiques répondent que, pour P1, on n'a pas de telles raisons indépendantes. Ne pas voir de contradiction dans l'idée de Dieu ne montre pas qu'il est possible au sens fort dont l'argument a besoin. Et, comme le résume l'Encyclopédie de Stanford, si l'on n'accepte pas déjà que Dieu existe, on ne trouvera pas P1 plus acceptable que la prémisse inverse (voir la première objection).
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : l'accusation de circularité repose sur la question de savoir si l'on peut avoir des raisons d'accepter P1 sans déjà croire en Dieu. Aucune réponse de défenseur n'est retenue ici ; la discussion rejoint celle de la première objection.
Jordan Howard Sobel (contre la version de Gödel) 1987 · attaque la prémisse 3

Dans la version de Gödel, Dieu est défini comme l'être qui a toutes les propriétés « positives ». Sobel montre que les axiomes de Gödel entraînent un « effondrement modal » : tout ce qui est vrai devient nécessaire. Il n'y aurait plus rien de contingent, ni de libre : par exemple, si tu portes un pull bleu aujourd'hui, il serait impossible que tu en portes un rouge. Les axiomes prouvent trop, donc au moins l'un d'eux est faux.

un défenseur répond
C
C. Anthony Anderson défenseur de l'argument · 1990
Anderson accorde que l'objection de Sobel est décisive contre la preuve telle que Gödel l'a écrite. Mais il propose de petites corrections (une autre définition de l'« essence » et de Dieu, un axiome affaibli), et la version corrigée échappe à l'effondrement modal : il construit un modèle où tout n'est pas nécessaire.
G
Graham Oppy, Joshua Rasmussen et Joseph Schmid 2024
Même corrigée, la preuve repose sur la liste des propriétés « positives ». Or c'est justement ce qui divise croyants et athées : l'athée peut juger que certaines de ces propriétés (l'existence nécessaire, par exemple) ne sont pas positives, ou ne peuvent pas aller ensemble. Sans moyen neutre de savoir quelles propriétés sont positives, les arguments à la Gödel ne peuvent pas convaincre.
Où en est le débat (notre résumé)L'effondrement modal de la preuve telle que Gödel l'a écrite est reconnu, y compris par les logiciens qui l'ont vérifiée par ordinateur (Benzmüller et Woltzenlogel Paleo, 2014) ; Anderson propose des corrections qui y échappent. Le désaccord de fond porte alors sur ce qui rend une propriété « positive », question sur laquelle croyants et athées s'opposent déjà.
H
Hugh Chandler (1976), Nathan Salmon (1989) 1976 · attaque la prémisse 4

On peut contester S5 elle-même : rien ne garantit que les possibles sont les mêmes depuis tous les mondes. Si ce qui est possible peut varier d'un monde à l'autre, le passage de « possiblement nécessaire » à « nécessaire » ne marche plus.

Plantinga répond
Christoph Benzmüller et Bruno Woltzenlogel Paleo 2014
Pour la preuve de Gödel, les démonstrateurs automatiques découvrent que S5 n'est pas nécessaire : une logique plus faible, KB, où l'accès entre mondes est seulement symétrique, suffit. L'objection contre S5 perd donc une partie de sa force, puisque l'argument demande moins que S5.
Le débat continue (notre résumé) D'autres philosophes défendent S5 comme la bonne logique de la possibilité métaphysique (Williamson 2013, Pruss et Rasmussen 2018). Mais même la symétrie seule reste une hypothèse : la discussion se reporte alors sur P1, comme dans la première objection.
Où en est le débat (notre résumé)Le débat porte sur la bonne logique de la possibilité métaphysique : certains défendent S5, d'autres la contestent. Les logiciens ont montré que, pour la preuve de Gödel, une logique plus faible (KB) suffit, ce qui réduit la portée de l'objection sans la supprimer. La discussion revient ensuite à P1.