La mentalité élargie : juger du beau, c'est penser à la place de tous les autres
La mentalité élargie (enlarged mentality) ; le jugement avec Kant ; le sens commun
Juger du beau est un acte subjectif qui prétend pourtant valoir pour tous : il s'adresse à un monde commun, et l'accord qu'il réclame se cherche en persuadant, non en prouvant.
Juger du beau, c'est penser à la place des autres : on ne peut pas prouver son jugement, seulement chercher leur accord.
« La mentalité élargie : juger du beau, c'est penser à la place de tous les autres » est un argument de Hannah Arendt (Arendt, Lectures on Kant's Political Philosophy (cours de 1970, publié en 1982), lisant Kant, Critique de la faculté de juger, § 40, 1970) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : subjectif mais universel). Sa thèse : Juger du beau est un acte subjectif qui prétend pourtant valoir pour tous : il s'adresse à un monde commun, et l'accord qu'il réclame se cherche en persuadant, non en prouvant. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand je dis d'un tableau qu'il est beau, je ne dis pas qu'il me plaît seulement, et je ne prétends pas non plus le prouver comme un théorème. Pour Arendt, qui relit la Critique de la faculté de juger de Kant, ce qui fait la validité d'un tel jugement, c'est la façon dont il est formé : en pensant à la place des autres, et pas en consultant seulement mes inclinations. Kant l'appelle la pensée « élargie ». Arendt l'appelle la mentalité élargie : une imagination qui visite d'autres points de vue. Plus je peux en faire exister dans mon esprit, plus mon jugement est valide. Le beau n'est ni une affaire privée ni une vérité imposée : c'est une affaire de monde commun, où l'on ne peut que chercher l'accord des autres.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où un jugement est formé en pensant aux autres, est communicable sans concept, de validité « exemplaire », et où pourtant il reste une simple préférence : rien ne dit que cette forme de validité soit celle de la beauté.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 2Bourdieu soutient que l'analyse kantienne du jugement de goût est l'universalisation des dispositions d'une condition sociale et économique particulière. Les « autres » auxquels on pense en jugeant sont ceux de son milieu, qui ont reçu la même éducation. La mentalité élargie serait alors un entre-soi qui se prend pour l'humanité.
sans réponse
Bourdieu soutient que l'analyse kantienne du jugement de goût est l'universalisation des dispositions d'une condition sociale et économique particulière. Les « autres » auxquels on pense en jugeant sont ceux de son milieu, qui ont reçu la même éducation. La mentalité élargie serait alors un entre-soi qui se prend pour l'humanité.
HHans-Georg Gadamer 1960 · attaque la conclusionGadamer reproche à Kant d'avoir vidé le « sens commun » de son contenu : dans la tradition humaniste (Vico, Shaftesbury), il désignait le sens de la communauté, du bien commun. Chez Kant il devient un principe subjectif du goût. L'esthétique devient alors une affaire de plaisir sans prétention à dire le vrai, et le jugement sur l'art perd ce que l'expérience de l'art nous apprend.
sans réponse
Gadamer reproche à Kant d'avoir vidé le « sens commun » de son contenu : dans la tradition humaniste (Vico, Shaftesbury), il désignait le sens de la communauté, du bien commun. Chez Kant il devient un principe subjectif du goût. L'esthétique devient alors une affaire de plaisir sans prétention à dire le vrai, et le jugement sur l'art perd ce que l'expérience de l'art nous apprend.
Voltaire 1764 · attaque la prémisse 1Voltaire raconte qu'une tragédie, qu'un philosophe trouvait belle, fut jouée en Angleterre dans une traduction parfaite : elle fit bâiller tous les spectateurs. Si l'on compare son jugement à ceux des autres, il n'y a pas d'accord à trouver : à quels « autres » faut-il penser ?
un défenseur répond
Voltaire raconte qu'une tragédie, qu'un philosophe trouvait belle, fut jouée en Angleterre dans une traduction parfaite : elle fit bâiller tous les spectateurs. Si l'on compare son jugement à ceux des autres, il n'y a pas d'accord à trouver : à quels « autres » faut-il penser ?