Le goût a des principes communs : ce qui varie d'un homme à l'autre, c'est le degré, pas la nature
Burke, « On Taste » ; la logique du goût ; l'étalon du goût
L'étalon du goût, comme celui de la raison, est probablement le même chez tous les hommes : on peut raisonner sur le goût, et un goût faux est un défaut de jugement, non une autre nature.
Les sens et l'imagination fonctionnent de la même façon chez tous : les goûts ne diffèrent que par la connaissance et le degré.
« Le goût a des principes communs : ce qui varie d'un homme à l'autre, c'est le degré, pas la nature » est un argument d'Edmund Burke (Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Introduction « Du goût » (ajoutée en 1759), 1759) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : des goûts, mais des juges). Sa thèse : L'étalon du goût, comme celui de la raison, est probablement le même chez tous les hommes : on peut raisonner sur le goût, et un goût faux est un défaut de jugement, non une autre nature. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
On dit souvent que les goûts ne se discutent pas. Burke note qu'on suppose couramment que le goût, faculté « délicate et aérienne », ne se laisse soumettre à aucune règle. Si le goût n'avait aucun principe fixe, dit-il, il serait absurde de vouloir poser des règles pour des caprices. Il cherche donc s'il existe des principes sur lesquels l'imagination est affectée de la même façon chez tous, assez sûrs pour qu'on puisse en raisonner. Sa réponse : oui, et les différences que nous voyons viennent du degré (sensibilité, attention) et de la connaissance, pas d'une nature différente. Il ne dit pas que tout le monde a le même goût. Il dit que celui qui aime un mauvais livre et celui qui aime un grand livre sont mus par les mêmes ressorts, et que l'un en sait moins que l'autre.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où les sens s'accordent, où l'imagination suit les sens, où les écarts s'expliquent, et où pourtant aucun étalon commun n'en découle : un accord de fait ne donne pas encore une norme.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Voltaire 1764 · attaque la prémisse 1Voltaire refuse qu'il existe un beau qui plaise de la même façon à tous. Demandez à un crapaud ce qu'est la beauté : ce sera sa crapaude, avec ses gros yeux ronds et son ventre jaune. Et d'un pays à l'autre, la même tragédie, bien traduite, fait pleurer les uns et bâiller les autres. Si les plaisirs viennent des organes et que chaque être a ses organes, rien ne garantit l'accord que Burke affirme.
Burke répond
Voltaire refuse qu'il existe un beau qui plaise de la même façon à tous. Demandez à un crapaud ce qu'est la beauté : ce sera sa crapaude, avec ses gros yeux ronds et son ventre jaune. Et d'un pays à l'autre, la même tragédie, bien traduite, fait pleurer les uns et bâiller les autres. Si les plaisirs viennent des organes et que chaque être a ses organes, rien ne garantit l'accord que Burke affirme.
Emmanuel Kant 1790 · attaque la conclusionKant admet que le jugement de goût réclame l'accord de tous, mais il nie qu'on puisse en tirer des règles. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui détermine par des concepts ce qui est beau. Et l'accord attendu n'est pas un fait constaté : on l'exige des autres. Chercher dans la nature des principes du goût, comme le fait Burke, c'est donc chercher au mauvais endroit.
un défenseur répond
Kant admet que le jugement de goût réclame l'accord de tous, mais il nie qu'on puisse en tirer des règles. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui détermine par des concepts ce qui est beau. Et l'accord attendu n'est pas un fait constaté : on l'exige des autres. Chercher dans la nature des principes du goût, comme le fait Burke, c'est donc chercher au mauvais endroit.
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 3Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don naturel : il classe, et il classe celui qui classe. La connaissance, l'attention et le temps qu'il faut pour goûter les œuvres cultivées s'acquièrent par l'éducation et le milieu. Les « degrés » de Burke ne sont donc pas neutres : ils marquent des classes sociales.
Burke répond
Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don naturel : il classe, et il classe celui qui classe. La connaissance, l'attention et le temps qu'il faut pour goûter les œuvres cultivées s'acquièrent par l'éducation et le milieu. Les « degrés » de Burke ne sont donc pas neutres : ils marquent des classes sociales.