QuestionsLa beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Le goût a des principes communs : ce qui varie d'un homme à l'autre, c'est le degré, pas la nature
La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Des goûts, mais des juges

Le goût a des principes communs : ce qui varie d'un homme à l'autre, c'est le degré, pas la nature

Burke, « On Taste » ; la logique du goût ; l'étalon du goût

Edmund Burke 1729 · 1797Une société est un héritage : on la réforme avec prudence, sans la refaire sur plan.
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Ce qu'il soutient

L'étalon du goût, comme celui de la raison, est probablement le même chez tous les hommes : on peut raisonner sur le goût, et un goût faux est un défaut de jugement, non une autre nature.

Pourquoi

Les sens et l'imagination fonctionnent de la même façon chez tous : les goûts ne diffèrent que par la connaissance et le degré.

En bref

« Le goût a des principes communs : ce qui varie d'un homme à l'autre, c'est le degré, pas la nature » est un argument d'Edmund Burke (Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Introduction « Du goût » (ajoutée en 1759), 1759) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : des goûts, mais des juges). Sa thèse : L'étalon du goût, comme celui de la raison, est probablement le même chez tous les hommes : on peut raisonner sur le goût, et un goût faux est un défaut de jugement, non une autre nature. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Introduction « Du goût » (ajoutée en 1759)
Valide avec une prémisse implicite

On dit souvent que les goûts ne se discutent pas. Burke note qu'on suppose couramment que le goût, faculté « délicate et aérienne », ne se laisse soumettre à aucune règle. Si le goût n'avait aucun principe fixe, dit-il, il serait absurde de vouloir poser des règles pour des caprices. Il cherche donc s'il existe des principes sur lesquels l'imagination est affectée de la même façon chez tous, assez sûrs pour qu'on puisse en raisonner. Sa réponse : oui, et les différences que nous voyons viennent du degré (sensibilité, attention) et de la connaissance, pas d'une nature différente. Il ne dit pas que tout le monde a le même goût. Il dit que celui qui aime un mauvais livre et celui qui aime un grand livre sont mus par les mêmes ressorts, et que l'un en sait moins que l'autre.

P1Les organes des sens sont à peu près les mêmes chez tous les hommes. Ce qu'un objet produit naturellement et simplement comme plaisir ou comme douleur chez l'un, il le produit chez tous : nous nous accordons à dire que le vinaigre est aigre et le miel doux.
P2L'imagination ne crée rien d'absolument nouveau : elle ne fait que recombiner ce que les sens ont reçu. Elle est donc affectée, agréablement ou non, selon le même principe que les sens, et l'accord entre les imaginations est aussi étroit qu'entre les sens.
P3Ce qu'on appelle une différence de goût vient surtout d'une différence de connaissance de la chose représentée. Cette connaissance est largement accidentelle : elle dépend de l'expérience et de l'observation, non de la force d'une faculté naturelle.
P4Pour le reste, les goûts diffèrent par le degré : soit par une sensibilité naturelle plus ou moins vive, soit par une attention plus ou moins proche et prolongée à l'objet. Les principes sont les mêmes, le degré ne l'est pas.
P5Les habitudes et les circonstances peuvent dévier un goût (on peut préférer le tabac au sucre), mais on continue à distinguer le plaisir naturel du plaisir acquis. Ces écarts ne détruisent donc pas la règle commune.
P6 · prémisse impliciteSi les sens et l'imagination suivent les mêmes principes chez tous, et si les différences de goût s'expliquent par la connaissance, le degré et des habitudes repérables, alors il existe un étalon commun du goût, et un goût peut être faux.
Donc l'étalon du goût, comme celui de la raison, est probablement le même chez tous les hommes : on peut raisonner sur le goût, et un goût faux est un défaut de jugement, non une autre nature.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où les sens s'accordent, où l'imagination suit les sens, où les écarts s'expliquent, et où pourtant aucun étalon commun n'en découle : un accord de fait ne donne pas encore une norme.
Sans la prémisse cachée P6, les cinq premières prémisses décrivent des accords et des écarts, sans dire que cela suffit à fonder un étalon. Avec elle, la conclusion suit. Le point faible est dans les prémisses elles-mêmes, que les objections attaquent (l'universalité des sens, la nature « accidentelle » de la connaissance).
Analogie. Deux personnes regardent deux tables de marbre, l'une plus polie que l'autre. Elles s'accordent sur ce qui est lisse et sur le plaisir que cela donne. Elles ne s'accordent plus quand l'écart est très petit : le polisseur de marbre tranchera mieux. Il n'a pas un autre sens que les autres, il a plus d'attention et d'habitude. Le goût, dit Burke, fonctionne ainsi.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Voltaire 1764 · attaque la prémisse 1

Voltaire refuse qu'il existe un beau qui plaise de la même façon à tous. Demandez à un crapaud ce qu'est la beauté : ce sera sa crapaude, avec ses gros yeux ronds et son ventre jaune. Et d'un pays à l'autre, la même tragédie, bien traduite, fait pleurer les uns et bâiller les autres. Si les plaisirs viennent des organes et que chaque être a ses organes, rien ne garantit l'accord que Burke affirme.

Burke répond
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Edmund Burke 1759 · Burke, par avance
Burke admet que la coutume et d'autres causes ont produit bien des écarts par rapport aux plaisirs et aux peines naturels qu'apportent les saveurs. Mais, ajoute-t-il, le pouvoir de distinguer le goût naturel du goût acquis demeure jusqu'au bout. Son exemple : celui qui préfère le tabac au sucre sait que le tabac n'est pas doux et que l'habitude seule l'a réconcilié avec ce plaisir.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : le crapaud de Voltaire parle d'espèces, et Burke dit explicitement qu'il parle de l'espèce humaine (« human creatures »). Mais le deuxième exemple de Voltaire est entre peuples humains. Burke traite ce genre de cas, dans son texte, par la connaissance des usages, des lieux et des mœurs, qui s'apprend, non par une autre nature du plaisir. Reste à savoir si cette réponse suffit quand l'écart touche à ce qu'on trouve beau et pas seulement à ce qu'on sait.
Où en est le débat (notre résumé)Voltaire : le beau varie selon les êtres et les peuples. Burke : sous les variations, les principes sont communs, et on reconnaît l'habitude comme habitude. Le désaccord de fond demeure : la variété observée des goûts est-elle un écart d'habitude, ou la preuve qu'il n'y a pas de principe commun ?
Emmanuel Kant 1790 · attaque la conclusion

Kant admet que le jugement de goût réclame l'accord de tous, mais il nie qu'on puisse en tirer des règles. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui détermine par des concepts ce qui est beau. Et l'accord attendu n'est pas un fait constaté : on l'exige des autres. Chercher dans la nature des principes du goût, comme le fait Burke, c'est donc chercher au mauvais endroit.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1790, après sa mort (1797).
David Hume défenseur de l'argument · 1757 · Hume, même méthode, par avance
Hume suit comme Burke une voie d'expérience : puisque les sentiments des hommes diffèrent, il cherche un accord réel, celui de juges qualifiés. Pour lui, il s'agit de questions de fait (le bon sens, la délicatesse de l'imagination, l'absence de préjugé se discutent comme tout fait). Cette voie ne prétend pas déterminer le beau par un concept.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume et Kant écrivent avant et après Burke, et aucun des trois ne répond à l'autre. La question de fond est de savoir si des principes constatés dans la nature humaine peuvent fonder une exigence (« on doit être d'accord ») ou seulement un pronostic (« on le sera, en général »). Burke parle d'un étalon ; Kant dit que ce mot demande plus qu'un fait.
Où en est le débat (notre résumé)Kant : aucune règle objective du goût, et l'accord attendu est une exigence. Burke et Hume : le goût a des principes dans la nature humaine, que l'expérience fait connaître. Le désaccord de fond demeure : un étalon peut-il être tiré de l'expérience ?
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 3

Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don naturel : il classe, et il classe celui qui classe. La connaissance, l'attention et le temps qu'il faut pour goûter les œuvres cultivées s'acquièrent par l'éducation et le milieu. Les « degrés » de Burke ne sont donc pas neutres : ils marquent des classes sociales.

Burke répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1979, après sa mort (1797).
Edmund Burke 1759 · Burke, par avance
Burke écrit que le principe de la connaissance qui fait les « différences de goût » est très largement accidentel : il dépend de l'expérience et de l'observation, non de la force ou de la faiblesse d'une faculté naturelle. Il en donne l'exemple du sculpteur novice, qui ne voit pas les défauts d'une statue avant d'en avoir vu de meilleures : son goût n'a pas changé, sa connaissance si.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Burke admet donc, avant Bourdieu, que la part de savoir dans le goût s'acquiert. Pour Burke, c'est une différence de connaissance, qui laisse le principe intact. Pour Bourdieu, l'inégalité d'accès à cette connaissance fait du goût un instrument de distinction, et l'étalon commun un étalon de classe. Burke ne parle pas de classes.
Où en est le débat (notre résumé)Burke : les écarts viennent de la connaissance et de l'attention, qui s'acquièrent. Bourdieu : ce qui s'acquiert ne s'acquiert pas également, et le goût dit « bon » reflète une position sociale. Le désaccord de fond demeure : un étalon fondé sur le savoir est-il universel, ou la norme d'un milieu ?