QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Une suite sans fin d'êtres dépendants n'a aucune raison d'exister : il faut un être nécessaire
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Il y a une raison

Une suite sans fin d'êtres dépendants n'a aucune raison d'exister : il faut un être nécessaire

L'argument de Clarke ; la démonstration de l'être nécessaire

Samuel Clarke 1675 · 1729Théologien et philosophe anglais, ami de Newton, qui a cherché à démontrer par la raison l'existence d'un être nécessaire.
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Ce qu'il soutient

Un être indépendant, qui existe par la nécessité de sa nature, a existé de toute éternité : c'est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien.

Pourquoi

Si aucun être de la suite n'existe par nécessité, la suite entière n'a ni cause ni raison d'être : elle serait déterminée par rien.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« Une suite sans fin d'êtres dépendants n'a aucune raison d'exister : il faut un être nécessaire » est un argument de Samuel Clarke (A Demonstration of the Being and Attributes of God, 1705, 1705) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : il y a une raison). Sa thèse : Un être indépendant, qui existe par la nécessité de sa nature, a existé de toute éternité : c'est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

A Demonstration of the Being and Attributes of God, 1705
Valide avec une prémisse implicite

En 1704, le théologien anglais Samuel Clarke donne à Londres les conférences Boyle, publiées l'année suivante sous le titre « A Demonstration of the Being and Attributes of God ». Il part d'un fait que presque tout le monde admet : quelque chose a toujours existé. Mais de quoi s'agit-il ? D'un être indépendant, ou d'une suite sans commencement d'êtres qui dépendent chacun du précédent ? Clarke soutient que la deuxième réponse n'explique rien : la suite entière n'aurait ni cause extérieure, puisqu'elle contient tout, ni raison en elle-même, puisqu'aucun de ses membres n'existe par nécessité. Il en conclut qu'un être indépendant a existé de toute éternité. Le texte est de 1705 : la langue est ancienne, mais le raisonnement tient en quelques lignes. Précision : Clarke tire ensuite d'autres attributs de cet être (éternel, unique, intelligent) ; cette page s'en tient au premier pas, celui qui répond à la question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? ».

P1Quelque chose a existé de toute éternité. Autrement, rien n'existerait aujourd'hui : Clarke note que cela est déjà prouvé et admis de tous.
P2Donc, ou bien un être unique, immuable et indépendant a toujours existé, et tous les autres en tiennent leur origine ; ou bien il y a eu une suite infinie d'êtres changeants et dépendants, produits l'un par l'autre sans cause première.
P3Une telle suite infinie, prise comme un tout, n'a ni cause hors d'elle (elle contient tout ce qui existe) ni raison en elle-même (aucun de ses membres n'existe par nécessité, et si aucune partie n'est nécessaire, le tout ne l'est pas). Elle n'a donc « aucune raison » d'exister.
P4 · prémisse impliciteTout ce qui existe a une raison de son existence : soit la nécessité de sa propre nature, soit une cause extérieure. Le hasard n'est qu'un mot.
Donc un être indépendant, qui existe par la nécessité de sa nature, a existé de toute éternité : c'est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où quelque chose a toujours existé, où la suite infinie des êtres dépendants n'a aucune raison, et où aucun être indépendant n'est requis.
Valide avec P4. Sans elle, on pourrait admettre une suite infinie qui existe simplement, sans raison. C'est P4 que Clarke juge évidente (« le hasard n'est qu'un mot ») et que ses adversaires contestent : pour eux, ce qu'on exige d'une partie ne s'exige pas du tout.
Analogie. Une chaîne de wagons attachés les uns aux autres, sans locomotive, qui avancerait depuis toujours. Chaque wagon est tiré par celui de devant, mais aucun ne tire : Clarke demande ce qui fait avancer la chaîne entière. L'image est la nôtre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Hume 1779 · attaque la conclusion

Dans les Dialogues, Cléanthe s'en prend à la version de Déméa, que Hume lie en note à Clarke : tout ce qu'on conçoit existant, on peut le concevoir non existant, donc aucun être n'a une non-existence contradictoire et l'expression « existence nécessaire » n'a pas de sens. Et si une chose pouvait être nécessaire, pourquoi pas la matière elle-même ?

un défenseur répond
voir l'argument
Alexander Pruss défenseur de l'argument · 2006
Pruss juge que ce principe de Hume ne donne pas à lui seul un argument satisfaisant : il n'est pas évident que la totalité de ce qui existe puisse être pensée comme n'existant pas. Il ajoute que les nombres, les propositions ou les propriétés auraient alors une existence seulement contingente, ce qui paraît absurde.
Le débat continue (notre résumé) Pruss note lui-même la riposte de l'objecteur : les nombres et les propositions sont des objets abstraits, alors que l'être nécessaire dont il est question agit et n'est donc pas abstrait (notre résumé).
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur le sens d'« être nécessaire ». Pour Hume, seule une contradiction rend une existence nécessaire, et il n'y en a pas ; pour ses défenseurs, la nécessité peut tenir à la nature de l'être sans passer par la pensée. Le débat n'est pas tranché (notre résumé).
David Hume 1779 · attaque la prémisse 3

Si l'on explique la cause de chacune des parties d'une suite, il est déraisonnable de demander ensuite la cause du tout. Les unir en un tout n'est qu'un acte arbitraire de l'esprit, qui n'a aucune influence sur la nature des choses : si l'on montre la cause de chacune des vingt particules, on n'a pas à chercher celle des vingt.

un défenseur répond
Alexander Pruss défenseur de l'argument · 2006
Pruss répond que le principe de Hume et Edwards (expliquer chaque élément, c'est expliquer le tout) est faux. Il dépend de ce que l'explication s'additionne, ce que contestent Gale et lui : expliquer pourquoi chaque homme est au coin de la rue ne dit pas pourquoi ils s'y trouvent ensemble.
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé : l'explication de chaque membre d'une suite infinie suffit-elle à expliquer la suite entière ? Hume et Edwards disent oui, Clarke, Gale et Pruss disent non. Aucun accord large (notre résumé).
Bertrand Russell 1948 · attaque la prémisse 4

Russell, face à Copleston qui reprend l'argument de Clarke et de Leibniz : la notion de cause vient de l'observation de choses particulières, et il ne voit aucune raison de supposer que le total ait une cause. L'univers est là, c'est tout.

un défenseur répond
voir l'argument
F
Frederick Copleston défenseur de l'argument · 1948
Copleston répond que dire qu'il n'y a pas de cause n'est pas la même chose que dire qu'on ne doit pas en chercher : l'affirmation devrait venir à la fin de l'enquête, pas au début. Et affirmer que le monde est là, c'est déjà répondre à une question qui a un sens.
Bertrand Russell 1948
Russell réplique par une comparaison : chaque homme a une mère, mais on n'en conclut pas que l'espèce humaine a une mère. Passer des parties au tout est un changement de plan logique.
Voir la suite du débat (1)
F
Frederick Copleston 1948
Copleston juge la parité fausse : il ne dit pas que, parce que chaque objet a une cause, la série a une cause du même genre. Il dit que la série des causes ne suffit pas à s'expliquer elle-même, et qu'il lui faut donc une cause transcendante.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : faut-il exiger une raison pour le tout, ou le monde peut-il être un fait sans raison ? Russell et Copleston ne se sont pas mis d'accord, et le principe de raison reste l'enjeu central (notre résumé).