QuestionsFaut-il croire sans preuve ?Il est mal de croire sans preuves suffisantes
Faut-il croire sans preuve ?Pas de croyance sans preuve

Il est mal de croire sans preuves suffisantes

L'éthique de la croyance

William K. Clifford 1845 · 1879Il est mal, toujours et partout, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes.
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Ce qu'il soutient

Il est mal, toujours, partout et pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes, même si la croyance se révèle vraie.

Pourquoi

Aucune croyance n'est vraiment privée : mal fondée, elle rend crédule et peut nuire aux autres, ce qu'un examen honnête évitait.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« Il est mal de croire sans preuves suffisantes » est un argument de William K. Clifford (« The Ethics of Belief », 1877, 1877) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : pas de croyance sans preuve). Sa thèse : Il est mal, toujours, partout et pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes, même si la croyance se révèle vraie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Ethics of Belief », 1877
Valide avec une prémisse implicite

Un armateur doit envoyer en mer un vieux navire d'émigrants. Il a des doutes, qui le tourmentent. Alors il se persuade que Dieu protégera ces familles, que les constructeurs sont honnêtes, que le navire a déjà tenu bon. Il y croit sincèrement, et le navire coule. Clifford pose la question : que penser de cet homme ? Il est coupable, répond-il, car il n'avait pas le droit de croire sur de telles preuves. Et si le navire était arrivé à bon port ? Il serait tout aussi coupable : il aurait seulement eu de la chance. Pour Clifford, une croyance n'est pas une affaire privée. Chacun de nous, en croyant, fabrique un peu du monde où vivront les autres. D'où la règle, très célèbre : il est mal, toujours, partout et pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes.

P1La faute ne dépend pas du résultat : l'armateur n'est pas innocent parce que le navire arrive à bon port, il est seulement « pas découvert ». Ce qui compte est l'origine de sa croyance (comment il l'a obtenue), pas sa vérité.
P2La croyance d'un homme n'est jamais une affaire privée qui ne concernerait que lui : nos mots, nos façons de penser sont un bien commun, hérité et transmis, où entre la croyance de chacun.
P3Aucune croyance, si petite soit-elle et si obscur soit celui qui la tient, n'est sans effet sur le sort des hommes. On ne peut donc pas réserver le jugement aux croyances graves : il vaut pour toutes.
P4Croire pour de mauvaises raisons affaiblit chez celui qui le fait la capacité de douter et de peser les preuves : il devient crédule, et la société où l'on devient crédule perd l'habitude de vérifier.
P5 · prémisse impliciteCe qui nuit aux autres et à la société, alors qu'un examen honnête permettait de l'éviter, est moralement mauvais.
Donc il est mal, toujours, partout et pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes, même si la croyance se révèle vraie.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où une croyance sans preuves suffisantes nuit à autrui, où l'on pouvait l'éviter en examinant honnêtement, et où pourtant ce n'est pas une faute morale : un simple malheur, comme une maladie qui se propage, sans responsable.
Avec P5, l'argument est valide : une croyance sans preuves suffisantes nuit (P2 à P4), nuire quand on pouvait l'éviter est mal (P5), et ce mal ne dépend pas du résultat (P1). Sans P5, il ne l'est plus : rien ne dit alors que le tort décrit soit une faute morale et pas seulement un risque. C'est exactement sur P5 et sur P4 que portent les critiques : on peut y voir un principe trop sévère, ou un principe qui se contredit lui-même (voir les objections).
Analogie. Un médecin prescrit un médicament sans avoir lu les analyses, en se disant que ça ira. Le patient guérit. Le médecin a-t-il bien agi ? Non : il a eu de la chance. Pour Clifford, croire sans preuves suffisantes, c'est faire la même chose avec ses idées : le résultat heureux n'efface pas la faute.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

William James 1896 · attaque la conclusion

Le devoir « éviter l'erreur » et le devoir « trouver la vérité » sont deux lois séparées. Clifford place la première bien au-dessus de la seconde. Mais ce choix n'est lui-même qu'une passion, la peur d'être dupe. James juge fantastique cette exhortation : elle ressemble à un général qui dirait à ses soldats qu'il vaut mieux ne jamais aller au combat que risquer une seule blessure.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1896, après sa mort (1879).
Le débat continue (notre résumé) Clifford est mort en 1879, dix-sept ans avant James : il n'a pas pu répondre. On peut imaginer deux réponses de son côté. D'abord, il distingue croire et agir : il admet qu'on doive parfois agir sur des probabilités (II, §2). Ensuite, pour lui, le devoir d'éviter l'erreur ne vient pas d'une peur, mais du tort fait aux autres (P2 à P4). James répond à cela dans un autre passage : un monde où l'on suspend toujours son jugement n'est pas sans risque non plus. Voir l'argument de James, « La volonté de croire ».
Objection anticipée par Clifford attaque la conclusion

Va-t-on devenir sceptique sur tout, sans oser faire un pas avant d'avoir testé soi-même la solidité du chemin ? Personne ne peut vérifier par lui-même la centième partie de ce qu'il croit. Et faut-il voler et mentir, faute d'une expérience personnelle qui prouve que c'est mal ?

Clifford répond
Clifford 1877 · Réponse de Clifford (le témoignage)
On peut croire un chimiste sur sa parole, si l'on ne sait rien contre son caractère ni son jugement. Sa formation encourage l'honnêteté, et un non-chimiste peut comprendre assez de ses méthodes pour voir qu'un autre pourrait en principe vérifier son résultat. Son autorité est valable parce que d'autres la mettent à l'épreuve.
Clifford 1877 · La limite de l'autorité
Mais le même chimiste ne mérite aucune confiance quand il affirme qu'un atome d'oxygène est resté identique à lui-même pendant tout le temps : nul ne peut savoir cela sans cesser d'être un homme. Aucune grandeur de caractère ni de génie ne donne l'autorité d'affirmer un savoir exact et universel.
Voir la suite du débat (1)
Clifford 1877 · Réponse de Clifford (agir sans croire)
Cette crainte est sans fondement : les principes les plus utiles à la vie, sur le bien et le mal et sur la nature, ressortent plus clairement à mesure qu'on les examine avec soin. Et il y a bien des cas où le devoir est d'agir sur des probabilités, même si les preuves ne justifient pas encore de croire, car c'est en agissant qu'on obtient les preuves.
Objection anticipée par Clifford attaque la prémisse 5

« Je suis un homme occupé : je n'ai pas le temps de faire de longues études pour devenir assez compétent sur certaines questions, ni même pour comprendre la nature des arguments. »

Clifford répond
Clifford
Dans ce cas, répond Clifford, il n'a pas non plus le temps de croire.
Le débat continue (notre résumé) La réponse est brève et dure. Elle laisse une question : quelqu'un qui n'a pas le temps de se faire une opinion sur un sujet doit-il vraiment ne rien croire, même ce que tout le monde croit autour de lui ? Clifford y répond dans la deuxième partie de son essai, par le témoignage et l'autorité (voir l'objection précédente).
Alvin Plantinga 1983 · attaque la conclusion

La règle de Clifford ne tient pas sur ses propres pieds. Plantinga soutient que l'évidentialisme classique (n'avoir le droit de croire que ce qui est prouvé à partir de croyances sûres) est incohérent : sa règle elle-même n'est ni évidente ni prouvable à partir de ce genre de croyances. Si l'on appliquait la règle à elle-même, il faudrait cesser d'y croire.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1983, après sa mort (1879).
Le débat continue (notre résumé) Clifford n'a pas pu répondre. Un défenseur peut dire que sa règle ne se prétend pas prouvée par les preuves, mais fondée sur ses effets sur les autres (P2 à P4). On peut répondre à son tour que cette raison est elle-même une thèse qu'il faudrait établir par des preuves. Le débat sur ce point est toujours ouvert.