QuestionsDieu existe-t-il ?La Religion de l'Humanité
Dieu existe-t-il ?AthéismeCritique de la religion

La Religion de l'Humanité

Auguste Comte 1798 · 1857Ne connaître que les faits : l'âge positif de la science.
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Ce qu'il soutient

L'Humanité se substitue définitivement à Dieu.

Pourquoi

Les hommes ont besoin d'une religion, mais Dieu est indémontrable ; l'Humanité, réelle, peut jouer le même rôle.

En bref

« La Religion de l'Humanité » est un argument d'Auguste Comte (Catéchisme positiviste (1852), entretiens 1 et 11) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : L'Humanité se substitue définitivement à Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Catéchisme positiviste (1852), entretiens 1 et 11
Valide avec une prémisse implicite

Comte n'est pas un simple adversaire de la religion. Il pense que les hommes en ont besoin : pour se mettre d'accord avec eux-mêmes et pour s'unir entre eux. Ce qu'il refuse, c'est Dieu. Son idée : garder la fonction et changer l'objet. Au lieu d'un être invisible, on aimera et on servira l'Humanité, l'ensemble des êtres humains passés, présents et futurs. Il a même un culte, un calendrier et des prêtres. Une religion sans Dieu est-elle encore une religion, ou la dernière ombre de l'ancienne ? Note : Comte ne dit pas d'abord « Dieu n'existe pas ». Nous classons l'argument en athéisme parce qu'il juge la croyance en Dieu indémontrable et même chimérique, et la remplace.

P1La raison moderne ne peut plus se laisser conduire par des opinions indémontrables et chimériques, comme celles que toute théologie inspire.
P2Les hommes ont pourtant besoin d'une religion, dont la fonction est de régler chaque nature individuelle et de rallier toutes les individualités.
P3La science, complétée par l'étude de l'ordre humain, offre un objet réel pour cette fonction : l'Humanité, un être immense et éternel, qu'on peut aimer et servir.
P4 · prémisse impliciteSi l'on a besoin d'une religion, que l'objet de la religion ancienne est indémontrable et qu'un objet réel peut remplir la même fonction, alors l'objet réel doit prendre sa place.
Donc l'Humanité se substitue définitivement à Dieu.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on a besoin d'une religion, où Dieu est indémontrable, où l'Humanité est un objet réel capable de remplir la même fonction, et où pourtant Dieu garde sa place : par exemple un croyant pour qui la foi n'a pas besoin de preuve, comme chez Pascal ou Kierkegaard.
Avec P4, l'argument est valide. P1 écarte Dieu, P2 garde la religion, P3 propose l'objet de remplacement. P4 réunit les trois : voilà le cœur du raisonnement, que Comte pose sans le démontrer. Un croyant pourrait garder P1, P2 et P3 et nier P4 : l'objet de la religion n'est pas un simple « remplaçant » qu'on choisit parce qu'il remplit une fonction. Notez aussi ce que l'argument ne dit pas : il ne prouve pas que Dieu n'existe pas. Il montre qu'on n'a pas de bonne raison d'y croire, et qu'on peut s'en passer. Le lecteur peut donc le trouver plus proche de l'agnosticisme, puisque Comte juge la question inaccessible à la science. Nous le classons en athéisme parce que P1 qualifie les doctrines théologiques d'« indémontrables » et de « chimériques », et que la conclusion remplace Dieu.
Analogie. Une vieille maison tient encore debout, mais ses murs sont fissurés et personne ne peut en prouver la solidité. Comte construit une maison neuve à côté, avec les mêmes pièces (un lieu pour se retrouver, des fêtes, des règles pour vivre ensemble) et en pierres vérifiables. Le critique demande : est-ce une maison, ou seulement un plan de maison qui ressemble à l'ancienne ?

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Stuart Mill, De la liberté (1859) et Auguste Comte et le positivisme (1865) 1859 · attaque la conclusion

Mill, lecteur admiratif du Cours, refuse la fin de l'œuvre. Dès De la liberté (1859), il reproche au Système de politique positive de viser un despotisme de la société sur l'individu ; plus tard, dans son Autobiographie (1873), il y verra le système de despotisme spirituel et temporel le plus complet jamais sorti d'un cerveau humain. Un clergé qui réglerait les opinions, les sentiments et les actes au nom de l'Humanité détruirait la liberté de penser que la science suppose. Faire d'une idée un objet de culte, c'est la protéger de la critique.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1859, après sa mort (1857).
Le débat continue (notre résumé) Comte est mort en 1857, avant ces livres. Les lignes du Catéchisme vont dans le sens de l'objection : « le positivisme ne reconnaît à personne d'autre droit que celui de toujours faire son devoir » (entretien 10, §3), et l'Humanité y est servie par un sacerdoce. Mill nuance pourtant : dans un essai publié après sa mort (1874), il juge qu'une « religion de l'Humanité » peut remplir le rôle de la religion sans surnaturel. Ce qu'il refuse, c'est le clergé et l'autorité que Comte y attache. Les textes de Mill ne sont pas encore dans notre corpus.
Friedrich Nietzsche, Aurore, § 132, et Le Gai Savoir, § 108 1881 · attaque la prémisse 4

Nietzsche vise Comte par son nom : les libres penseurs français, de Voltaire à Comte, ont voulu égaler l'idéal chrétien, et même le dépasser ; avec sa formule « vivre pour autrui », Comte a « surchristianisé le christianisme » (Aurore, 1881). Un an plus tard, il écrit : Dieu est mort, mais pendant des milliers d'années on montrera encore son ombre dans des cavernes, et il faut vaincre aussi son ombre. Mettre l'Humanité à la place de Dieu, avec un culte, des prêtres et un devoir d'altruisme, serait garder la forme de la religion chrétienne sous un autre nom. Le vrai travail est de se passer de ce qu'elle a laissé derrière elle.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1881, après sa mort (1857).
Le débat continue (notre résumé) Dans le Crépuscule des idoles (« Flâneries », § 5), il s'en prend aussi à ceux qui se débarrassent du Dieu chrétien mais gardent la morale chrétienne, en visant les Anglais, George Eliot en tête. Comte pourrait répondre que sa morale, « vivre pour autrui », est présentée comme un fait de la nature sociale de l'homme (« vivre par autrui »), pas comme un commandement venu d'ailleurs. Nietzsche répondrait que cela revient au même : un devoir qui ne se discute pas.
Augustin, Confessions 400 · attaque la prémisse 3

Un être fini, même immense, ne peut pas combler le cœur humain. Notre inquiétude vient de ce que nous sommes faits pour quelqu'un qui ne passe pas. L'Humanité est un ensemble d'êtres limités, qui vieillissent et meurent : on peut la servir, mais on ne peut pas s'y reposer. Pour Augustin, l'objet de la religion doit être plus grand que nous, et pas seulement plus grand que chacun.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Comte dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Comte ne répond pas à Augustin par son nom. Il écrit, par le Prêtre, que la lutte de l'Humanité contre les fatalités qui la dominent offre « un meilleur spectacle » que la toute-puissance, nécessairement capricieuse, de son précurseur théologique (entretien 1, §35). Il préfère donc un être fini qui lutte à un Dieu tout-puissant, mais il ne discute pas le besoin de « reposer » en Dieu dont parle Augustin. Reste à savoir si l'on peut aimer « sans repos » un être qui ne répond pas, et si c'est un mérite.