QuestionsDieu existe-t-il ?La religion, projection de l'homme
Dieu existe-t-il ?AthéismeCritique de la religion

La religion, projection de l'homme

La religion, projection de l'homme

Ludwig Feuerbach 1804 · 1872Dieu est l'image que l'homme se fait de lui-même, projetée hors de lui.
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Ce qu'il soutient

Dieu n'est pas un être distinct de l'homme : c'est l'essence humaine idéalisée par le désir, projetée hors de l'homme et adorée comme un autre. Le secret de la théologie est l'anthropologie.

Pourquoi

Les qualités attribuées à Dieu (raison, amour, bonté) sont des qualités humaines portées à l'infini : leur sujet est donc humain.

En bref

« La religion, projection de l'homme » est un argument de Ludwig Feuerbach (L'Essence du christianisme (1841 ; 3e éd. 1849), 1841) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Dieu n'est pas un être distinct de l'homme : c'est l'essence humaine idéalisée par le désir, projetée hors de l'homme et adorée comme un autre. Le secret de la théologie est l'anthropologie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'Essence du christianisme (1841 ; 3e éd. 1849)
Valide avec une prémisse implicite

Feuerbach ne commence pas par les preuves de l'existence de Dieu. Il pose une autre question : quand les hommes adorent Dieu, qu'adorent-ils vraiment ? Sa réponse : leurs propres qualités. La raison, la volonté, l'amour, la bonté, la justice sont des qualités humaines. La religion les libère des limites de chaque individu, les porte à l'infini, puis les place hors de l'homme et les adore comme un autre être. Dieu est l'homme idéalisé, projeté dans le ciel. Feuerbach n'est pas un démolisseur : il garde ces qualités, l'amour, la justice, la sagesse, pour divines. Il nie seulement qu'un être distinct de l'homme les possède. Le but est de rendre à l'homme ce qu'il s'est enlevé : « l'homme est un dieu pour l'homme ».

P1Les qualités que la religion attribue à Dieu (raison, volonté, amour, bonté, justice) sont des qualités humaines, libérées des limites de l'individu et portées à l'infini.
P2Un être n'est rien en dehors de ses qualités. Donc si les qualités de Dieu sont humaines, leur sujet aussi est humain.
P3L'homme ne le sait pas : il place son propre être hors de lui, en fait une personne, puis se considère lui-même comme l'objet de cet autre être.
P4Ce qui pousse à cette projection, c'est le cœur : en Dieu, ce que l'homme souhaite devient une réalité certaine.
P5 · prémisse impliciteSi le Dieu qu'on adore est entièrement formé à partir de l'homme et de ses souhaits, aucun être distinct de l'homme ne lui correspond.
Donc Dieu n'est pas un être distinct de l'homme : c'est l'essence humaine idéalisée par le désir, projetée hors de l'homme et adorée comme un autre. Le secret de la théologie est l'anthropologie.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'idée que les hommes se font de Dieu est bien faite de qualités humaines idéalisées, projetées par le désir, et où pourtant un Dieu réel existe : nos images de lui seraient humaines, sans que lui le soit.
Valide avec P5. P1 et P2 sont le cœur de la thèse de Feuerbach : il ne se contente pas de raconter d'où vient l'idée de Dieu, il soutient que tout son contenu est humain. Mais pour aller jusqu'à « aucun être distinct ne lui correspond », il faut P5 : qu'une idée formée à partir de l'homme ne puisse renvoyer à rien d'autre. C'est là que porte la principale objection (le sophisme génétique). Feuerbach accepte d'être dit athée au sens où il nie le sujet, Dieu, mais il garde les prédicats (l'amour, la sagesse, la justice) pour vrais et divins.
Analogie. Quelqu'un regarde dans un miroir sans savoir que c'est un miroir. Il y voit un être plus grand, plus sage, plus aimant que lui, et il l'admire. Feuerbach lui dit : c'est toi, en mieux ; cesse de t'agenouiller et deviens ce que tu admires. Le croyant répondra : un miroir peut aussi montrer quelqu'un qui se tient vraiment derrière moi.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

H
Hans Küng (le sophisme génétique) 1978 · attaque la prémisse 5

Feuerbach a raison sur un point : nos idées de Dieu portent la marque de nos désirs et de notre image. Mais de là on ne peut rien conclure sur l'existence de Dieu. Qu'un désir existe ne prouve pas que son objet existe, ni qu'il n'existe pas. La projection explique la forme de la croyance, pas la fausseté de ce qu'elle vise. Conclure de l'origine d'une idée à sa fausseté, c'est ce que les logiciens appellent le sophisme génétique.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1978, après sa mort (1872).
Le débat continue (notre résumé) Un défenseur de Feuerbach répondra qu'il ne fait pas seulement l'histoire d'une idée : il soutient (P1, P2) que tout ce qu'on dit de Dieu est humain. À qui veut garder un Dieu réel, il demande de montrer une seule qualité divine qui ne soit pas humaine. Le croyant cite « créateur », « nécessaire », « éternel » ; Feuerbach y voit des idées de la raison humaine. Le débat se déplace sur P1.
K
Karl Barth 1927 · attaque la prémisse 1

Barth, grand théologien protestant, prend Feuerbach très au sérieux : sa critique frappe juste contre toute théologie qui part de l'homme, de son sentiment religieux et de son expérience. Celle-là ne fait en effet que parler de l'homme en plus grand. Mais la foi chrétienne, selon Barth, ne part pas de l'homme : elle répond à une parole de Dieu qui vient d'ailleurs. Il reproche aussi à Feuerbach de parler de « l'homme » en général, en oubliant la mort et le mal de l'homme réel.

Feuerbach répond
Ludwig Feuerbach 1841 · Ce que Feuerbach écrivait déjà sur la révélation
La révélation n'échappe pas à la règle. Ce que Dieu révèle est toujours taillé à la mesure de la raison et des besoins humains. Dans la révélation, l'homme sort de lui-même pour revenir à lui par un détour.
Le débat continue (notre résumé) Barth répondrait que Feuerbach décrit bien la religion humaine, y compris la religion chrétienne, mais pas la révélation, qui par définition ne vient pas de nous. Le débat porte alors sur une question difficile : comment reconnaître une parole qui ne viendrait pas de nous, sans la juger avec nos propres idées ?
Karl Marx (Thèses sur Feuerbach) 1845 · attaque la prémisse 3

Marx ne défend pas Dieu : il pense que Feuerbach s'arrête en chemin. Ramener le ciel à la terre ne suffit pas. Il faut expliquer pourquoi les hommes ont besoin de dédoubler le monde : cela vient des déchirures et des contradictions de leur vie réelle. Et « l'essence humaine » n'est pas une abstraction logée dans chaque individu : c'est l'ensemble des rapports sociaux. Comprendre la religion ne suffit pas, il faut transformer la société qui la produit.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1845, après sa mort (1872).
Le débat continue (notre résumé) Les Thèses n'ont été publiées qu'en 1888, après la mort de Feuerbach. Elles ne contestent pas sa conclusion athée : elles reprochent à sa critique de rester dans les idées. C'est la suite que Marx donne à l'argument (voir « La religion, opium du peuple »).
M
Max Stirner 1844 · attaque la conclusion

Feuerbach n'en a pas fini avec la religion : il a seulement changé de dieu. À la place de Dieu, il met « l'Homme », l'essence humaine, devant laquelle chaque individu réel doit encore s'incliner et à laquelle il doit se sacrifier. C'est toujours un être suprême hors de moi. La critique de Feuerbach, retournée contre lui, montre que « l'Homme » est lui aussi une projection.

sans réponse
Feuerbach a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Feuerbach a répondu dès 1845 (dans la revue de son éditeur Wigand) que son « homme » n'est pas une idée abstraite, mais l'individu réel dans sa relation à l'autre, le Je et le Tu. Ce texte n'est pas encore dans notre corpus. La question reste vive : remplacer Dieu par l'Humanité, est-ce sortir de la religion ou en fonder une nouvelle ?