La religion, projection de l'homme
La religion, projection de l'homme
Dieu n'est pas un être distinct de l'homme : c'est l'essence humaine idéalisée par le désir, projetée hors de l'homme et adorée comme un autre. Le secret de la théologie est l'anthropologie.
Les qualités attribuées à Dieu (raison, amour, bonté) sont des qualités humaines portées à l'infini : leur sujet est donc humain.
« La religion, projection de l'homme » est un argument de Ludwig Feuerbach (L'Essence du christianisme (1841 ; 3e éd. 1849), 1841) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Dieu n'est pas un être distinct de l'homme : c'est l'essence humaine idéalisée par le désir, projetée hors de l'homme et adorée comme un autre. Le secret de la théologie est l'anthropologie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Feuerbach ne commence pas par les preuves de l'existence de Dieu. Il pose une autre question : quand les hommes adorent Dieu, qu'adorent-ils vraiment ? Sa réponse : leurs propres qualités. La raison, la volonté, l'amour, la bonté, la justice sont des qualités humaines. La religion les libère des limites de chaque individu, les porte à l'infini, puis les place hors de l'homme et les adore comme un autre être. Dieu est l'homme idéalisé, projeté dans le ciel. Feuerbach n'est pas un démolisseur : il garde ces qualités, l'amour, la justice, la sagesse, pour divines. Il nie seulement qu'un être distinct de l'homme les possède. Le but est de rendre à l'homme ce qu'il s'est enlevé : « l'homme est un dieu pour l'homme ».
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'idée que les hommes se font de Dieu est bien faite de qualités humaines idéalisées, projetées par le désir, et où pourtant un Dieu réel existe : nos images de lui seraient humaines, sans que lui le soit.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
HHans Küng (le sophisme génétique) 1978 · attaque la prémisse 5Feuerbach a raison sur un point : nos idées de Dieu portent la marque de nos désirs et de notre image. Mais de là on ne peut rien conclure sur l'existence de Dieu. Qu'un désir existe ne prouve pas que son objet existe, ni qu'il n'existe pas. La projection explique la forme de la croyance, pas la fausseté de ce qu'elle vise. Conclure de l'origine d'une idée à sa fausseté, c'est ce que les logiciens appellent le sophisme génétique.
sans réponse
Feuerbach a raison sur un point : nos idées de Dieu portent la marque de nos désirs et de notre image. Mais de là on ne peut rien conclure sur l'existence de Dieu. Qu'un désir existe ne prouve pas que son objet existe, ni qu'il n'existe pas. La projection explique la forme de la croyance, pas la fausseté de ce qu'elle vise. Conclure de l'origine d'une idée à sa fausseté, c'est ce que les logiciens appellent le sophisme génétique.
KKarl Barth 1927 · attaque la prémisse 1Barth, grand théologien protestant, prend Feuerbach très au sérieux : sa critique frappe juste contre toute théologie qui part de l'homme, de son sentiment religieux et de son expérience. Celle-là ne fait en effet que parler de l'homme en plus grand. Mais la foi chrétienne, selon Barth, ne part pas de l'homme : elle répond à une parole de Dieu qui vient d'ailleurs. Il reproche aussi à Feuerbach de parler de « l'homme » en général, en oubliant la mort et le mal de l'homme réel.
Feuerbach répond
Barth, grand théologien protestant, prend Feuerbach très au sérieux : sa critique frappe juste contre toute théologie qui part de l'homme, de son sentiment religieux et de son expérience. Celle-là ne fait en effet que parler de l'homme en plus grand. Mais la foi chrétienne, selon Barth, ne part pas de l'homme : elle répond à une parole de Dieu qui vient d'ailleurs. Il reproche aussi à Feuerbach de parler de « l'homme » en général, en oubliant la mort et le mal de l'homme réel.
Karl Marx (Thèses sur Feuerbach) 1845 · attaque la prémisse 3Marx ne défend pas Dieu : il pense que Feuerbach s'arrête en chemin. Ramener le ciel à la terre ne suffit pas. Il faut expliquer pourquoi les hommes ont besoin de dédoubler le monde : cela vient des déchirures et des contradictions de leur vie réelle. Et « l'essence humaine » n'est pas une abstraction logée dans chaque individu : c'est l'ensemble des rapports sociaux. Comprendre la religion ne suffit pas, il faut transformer la société qui la produit.
sans réponse
Marx ne défend pas Dieu : il pense que Feuerbach s'arrête en chemin. Ramener le ciel à la terre ne suffit pas. Il faut expliquer pourquoi les hommes ont besoin de dédoubler le monde : cela vient des déchirures et des contradictions de leur vie réelle. Et « l'essence humaine » n'est pas une abstraction logée dans chaque individu : c'est l'ensemble des rapports sociaux. Comprendre la religion ne suffit pas, il faut transformer la société qui la produit.
MMax Stirner 1844 · attaque la conclusionFeuerbach n'en a pas fini avec la religion : il a seulement changé de dieu. À la place de Dieu, il met « l'Homme », l'essence humaine, devant laquelle chaque individu réel doit encore s'incliner et à laquelle il doit se sacrifier. C'est toujours un être suprême hors de moi. La critique de Feuerbach, retournée contre lui, montre que « l'Homme » est lui aussi une projection.
sans réponse
Feuerbach n'en a pas fini avec la religion : il a seulement changé de dieu. À la place de Dieu, il met « l'Homme », l'essence humaine, devant laquelle chaque individu réel doit encore s'incliner et à laquelle il doit se sacrifier. C'est toujours un être suprême hors de moi. La critique de Feuerbach, retournée contre lui, montre que « l'Homme » est lui aussi une projection.