QuestionsDieu existe-t-il ?La religion, une illusion née du désir
Dieu existe-t-il ?AthéismeCritique de la religion

La religion, une illusion née du désir

L'avenir d'une illusion

Sigmund Freud 1856 · 1939La religion est une illusion née du désir d'être protégé, comme l'enfant par son père.
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Ce qu'il soutient

Les doctrines religieuses sont des illusions, nées des désirs les plus anciens et les plus forts de l'humanité, et l'on n'a aucune raison de les tenir pour vraies, même si l'on ne peut pas prouver qu'elles sont fausses.

Pourquoi

Les doctrines religieuses répondent exactement aux désirs nés de notre détresse d'enfant : protection, justice, vie après la mort.

La même idée à travers l'histoire
Ludwig Feuerbach1841Feuerbach : Dieu est l'« optatif » du cœur humain ; en Dieu, ce que l'homme souhaite devient réalité.
Sigmund Freud1927Freud reprend l'idée avec les outils de la psychanalyse : la religion prolonge le besoin de l'enfant d'être protégé par un père.
En bref

« La religion, une illusion née du désir » est un argument de Sigmund Freud (L'Avenir d'une illusion, VI (1927), 1927) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Les doctrines religieuses sont des illusions, nées des désirs les plus anciens et les plus forts de l'humanité, et l'on n'a aucune raison de les tenir pour vraies, même si l'on ne peut pas prouver qu'elles sont fausses. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'Avenir d'une illusion, VI (1927)
Valide avec une prémisse implicite

Freud, médecin et fondateur de la psychanalyse, n'est pas philosophe de métier, mais ce petit livre de 1927 est devenu un classique. Il y écrit, sous forme de dialogue avec un contradicteur imaginaire, que les doctrines religieuses sont des illusions. Le mot est précis : une illusion n'est pas une erreur, c'est une croyance que le désir porte. Freud le dit lui-même : on ne peut pas plus réfuter ces doctrines que les prouver, et il ne veut pas juger de leur vérité. Mais il trouve très suspect que le monde décrit par la religion soit exactement celui que nous devons souhaiter. Sa conclusion : on n'a aucune raison de les tenir pour vraies, et l'humanité devrait apprendre à s'en passer.

P1Enfant, l'homme est sans défense : cette détresse a fait naître le besoin d'être protégé et aimé, et c'est le père qui l'a comblé. Adulte, il découvre que cette détresse dure toute la vie.
P2Les doctrines religieuses répondent exactement à ces désirs : la Providence calme la peur des dangers de la vie, un ordre moral promet la justice, une vie après la mort prolonge l'existence.
P3On appelle illusion une croyance dont la motivation principale est l'accomplissement d'un désir, sans juger de son rapport à la réalité.
P4Ces doctrines ne sont pas le résultat de l'expérience ni l'aboutissement d'un raisonnement : elles ne peuvent pas être prouvées.
P5 · prémisse impliciteUne croyance que seul le désir soutient, et que rien d'autre n'appuie, n'a aucune raison d'être tenue pour vraie : le désir n'est pas une raison.
Donc les doctrines religieuses sont des illusions, nées des désirs les plus anciens et les plus forts de l'humanité, et l'on n'a aucune raison de les tenir pour vraies, même si l'on ne peut pas prouver qu'elles sont fausses.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la religion répond bien à nos désirs d'enfant, où elle n'est pas prouvée, et où l'on aurait pourtant une raison d'y croire : par exemple une expérience religieuse, ou un argument que Freud n'examine pas. Freud lui-même donne l'exemple de la jeune fille qui rêve qu'un prince viendra la chercher : cela arrive parfois.
Valide avec P5. P1, P2 et P3 donnent la première partie de la conclusion : ces doctrines sont des illusions, au sens précis de Freud. Mais une illusion peut être vraie. Pour passer à « aucune raison d'y croire », il faut P4 (pas de preuve) et surtout P5 : il ne reste rien d'autre que le désir pour soutenir la croyance. Freud ne l'écrit pas ainsi ; il écrit que l'ignorance ne donne aucun droit de croire. C'est sur P4 et P5 que porte le débat.
Analogie. Un enfant perdu dans la forêt la nuit se persuade qu'une maison éclairée l'attend derrière la colline. Sa croyance vient de sa peur, pas de ce qu'il a vu. Elle peut être vraie, mais elle ne lui donne aucune raison de penser que la maison existe. Le croyant répondra : et si j'avais aussi vu une lumière ?

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Le sophisme génétique (Freud lui-même le concède) 1927 · attaque la prémisse 5

D'où vient une croyance ne dit pas si elle est vraie. Une croyance née du désir peut très bien être juste. Freud l'écrit lui-même : une illusion n'est pas une erreur, et n'est pas forcément fausse. Il ajoute que ces doctrines, impossibles à prouver, sont aussi impossibles à réfuter. Alors la psychologie du croyant ne tranche rien sur Dieu.

Freud répond
Sigmund Freud 1927 · Ce que Freud répond dans le même chapitre
Il serait certes très beau qu'il y ait un Dieu créateur et bienveillant, un ordre moral et une vie future. Mais il est très frappant que tout cela soit exactement comme nous devons le souhaiter. Et plus étrange encore que nos ancêtres, pauvres, ignorants et peu libres, aient résolu toutes ces énigmes du monde.
Le débat continue (notre résumé) « Suspect » n'est pas « faux ». La remarque de Freud invite à se méfier, mais pour trancher il faut examiner les raisons de croire elles-mêmes (les arguments, les témoignages), pas seulement les motifs du croyant. C'est ce que Freud ne fait presque pas dans ce livre.
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Oskar Pfister 1928 · attaque la prémisse 5

Pfister, pasteur à Zurich qui travaille avec Freud depuis dix-neuf ans, lui répond dans la revue de Freud lui-même, sous un titre retourné : « L'illusion d'un avenir ». Il accorde beaucoup : les idées sur Dieu et l'au-delà sont souvent peintes aux couleurs du désir. Mais il demande : cela explique-t-il toute la pensée religieuse ? Et confondre désir et réalité, est-ce propre à la religion ? La science aussi part de désirs, et doit sans cesse les corriger par le réel. La question n'est donc pas « y a-t-il du désir ? », mais « reste-t-il quelque chose de vrai une fois le désir corrigé ? »

Freud répond
Sigmund Freud 1927 · Réponse anticipée de Freud (chapitre X)
Freud avait prévu l'objection : ses propres espoirs dans la science sont peut-être aussi des illusions. Mais il maintient une différence : ses illusions à lui ne sont pas incorrigibles comme les religieuses. Si l'expérience montre qu'il s'est trompé, ceux qui pensent comme lui y renonceront.
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Oskar Pfister 1928
Pfister retourne alors l'argument : derrière la foi de Freud dans la victoire finale de l'intelligence, n'y a-t-il pas, justement, un désir ? Annoncer la fin d'une illusion, n'est-ce pas en faire avancer une nouvelle, une illusion scientifique ?
Le débat continue (notre résumé) Freud et Pfister restèrent amis. Le débat montre que l'arme du désir coupe des deux côtés : si elle rend la foi suspecte, elle rend aussi suspect l'espoir d'un monde sans religion. Il faut alors revenir aux raisons elles-mêmes.
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Paul C. Vitz 1999 · attaque la prémisse 5

L'argument se retourne. Le psychologue américain Paul Vitz applique la méthode de Freud à l'athéisme : chez beaucoup d'athées célèbres, il relève un père mort tôt, absent, faible ou violent. Rejeter Dieu pourrait donc être, lui aussi, un désir : se débarrasser d'un père. Si l'origine psychologique d'une croyance suffisait à la discréditer, elle discréditerait aussi l'athéisme.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1999, après sa mort (1939).
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Freud répondent que Vitz ne montre pas que Dieu existe : il montre seulement que les deux camps peuvent avoir des motifs cachés. Les explications psychologiques s'annulent, et il reste à juger les preuves. Mais c'est justement ce que Freud disait : la religion n'en a pas assez (P4).